La France, malade de sa justice

Introduction

« Pour juger et condamner autrui, il faut être un saint » dit un proverbe russe. Sans attendre de nos magistrats qu’ils soient canonisés de leur vivant, il n’en demeure pas moins que, compte tenu des exigences de sa profession, un bon juge ne peut se contenter d’être un homme comme les autres.
Car la profession de magistrat relève du sacerdoce ou, du moins, devrait l’être. Comme le prêtre, le juge exerce une mission quasi sacrée, au sein de la société, mission qui tolère mal la médiocrité, la compromission ou le laxisme. Le besoin de justice est un des plus forts, des plus ancrés au fond de l’âme humaine, au sein de toute société, avant même la soif de liberté ou la revendication d’égalité. Il est vrai qu’il n’est guère d’égalité sans justice. Justice donc avant toute chose.
Or rendre une justice parfaite est impossible. C’est un idéal inaccessible, comme tout ce qui relève de l’ordre humain. Il n’y a de justice que de justice imparfaite, rendue au gré des circonstances et des idées dans l’air, en vertu d’un droit qui, fut-il gravé dans le marbre ou coulé dans le bronze, fluctue au gré des situations historiques et des modes du moment : « vérité en deçà des Pyrénées, erreur en delà » nous rappelait déjà Pascal. Voilà de quoi ramener nombre de nos magistrats trop sûrs d’eux-mêmes et de leur légitimité à une plus grande modestie.
Mais faute d’espérer une justice parfaite, peut-on s’efforcer au moins de la rendre moins imparfaite ? Faut-il dès lors attendre du juge qu’il ait des vertus surhumaines ? Certainement pas. Mais il ne peut pas non plus se satisfaire d’être un homme ordinaire, sujet à une idéologie ou à des passions communes. Sa fonction devrait le lui interdire.
Or c’est peut-être en cela que réside l’origine du divorce profond entre les Français et leur justice : des hommes trop ordinaires confrontés à une situation politique et sociologique qui sort de l’ordinaire.
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