L’OTAN, l’Europe et la sécurité de la France

Depuis quelque temps, l’armée française est à l’honneur, du moins en apparence.

Après une longue période d’hibernation, la voilà enfin présente sur tous les fronts, (sauf en Irak évidemment), en Afghanistan, en Côte d’Ivoire et en Libye[1]. Faut-il s’en réjouir ? En fait, ce réveil de l’armée s’articule en trois séquences distinctes, chacune ayant ses motivations circonstancielles propres et ses liens de causalité avec la suivante. On peut ainsi considérer que le retour à l’OTAN rendait quasi inévitable l’engagement de la France en Afghanistan puis difficilement évitable la tentation de porter les armes en Libye.

Le retour à l’OTAN

Etait-il obligatoire ou nécessaire ? Comment l’expliquer ou le justifier ? De fait, cette décision, prise personnellement par Nicolas Sarkozy fraichement élu à la présidence, a procédé de deux types de motivations fort différentes[2]. La première, commune à la plupart des chefs d’Etat en début de mandat, est de « faire différent » et, si possible, à moindre coût. Pour Sarkozy il convenait devant son électorat, de « marquer le coup », de faire montre, de façon spectaculaire, d’une volonté de rupture avec la position de ses prédécesseurs[3].

La deuxième motivation, plus sérieuse, a été la volonté de s’aligner sur l’Amérique, pour le meilleur et pour le pire. Ce n’est pas pour rien que la presse avait cru devoir affubler le nouveau président du sobriquet de « Sarko l’Américain ». En réalité, on aurait pu en dire presqu’autant de ses prédécesseurs à l’Elysée. Ces derniers n’avaient pas agi autrement lorsque l’heure était grave. Songeons au soutien inconditionnel du Général de Gaulle aux Etats-Unis à l’occasion de la crise des fusées à Cuba en octobre 1962 ou de l’attitude de François Mitterrand, bien des années après, dans des circonstances analogues, lors de la crise des fusées Pershing de 1983. Lire la suite

Guerre en Libye : motifs ambigus ; conséquences imprévisibles

Aurons-nous une guerre fraîche et joyeuse ? Voire…

On sait comment commencent les guerres et jamais comment elles finissent (voir sur ce chapitre le Vietnam, l’Irak, l’Afghanistan, et d’autres encore). Certes, Nicolas Sarkozy a obtenu, à l’arraché, cette guerre tant ardemment désirée, malgré une Allemagne réticente[1] (le mot est faible), des Américains fort réservés, des Russes et des Chinois franchement hostiles. Mais à quel prix ! Les dégâts collatéraux sont déjà là, trop visibles : citons l’embryonnaire diplomatie européenne, avec une Lady Ashton qui, de diaphane est devenue invisible, le couple franco- allemand une fois de plus mis à mal, sans compter le malheureux Juppé désavoué à peine nommé aux Affaires étrangères.

Et dans quel but ? Le président veut-il redorer son blason par cette action d’éclat ? Faire grimper du nadir au zénith sa courbe de popularité ? Gagner l’affection des pays arables ulcérés par son coupable aveuglement lors des révolutions en cours au Moyen-Orient ?

Et par quel coup de baguette magique l’honorable Kadhafi, reçu en grande pompe à Paris en décembre 2007, gardes républicains sabres au clair, ne serait-il mué en en personnage diabolique voué aux gémonies par la communauté internationale [2]? Pour avoir osé prendre les armes pour se défendre contre des insurgés armés, comme l’ont fait ou le font le Yémen, l’Arabie Saoudite, Bahreïn etc.) au lieu de se laisser gentiment éconduire vers les vestiaires ?

Ou alors, derrière les grands et nobles principes affichés à l’ONU, l’objectif est-il tout simplement de couper la Libye en deux en gardant le contrôle de la partie « utile », là où sont les champs de pétrole et de gaz naturel ?

Mais voyons les choses d’un peu plus près. Lire la suite