Des statistiques torturées

Article paru dans Valeurs  Actuelles du 24 novembre 2011

« Les statistiques sont des êtres fragiles qui, à force d’être torturés, finissent par avouer tout ce que l’on veut leur faire dire ». Cette remarque amusée du grand démographe disparu, Alfred Sauvy, s’appliquerait bien à la question controversée des coûts de l’immigration. Cela se comprend. Car l’enjeu est majeur. Si l’immigration se solde par des coûts nets importants, elle est néfaste pour l’économie, surtout en période de « vaches maigres », comme maintenant. Si, à l’inverse, l’immigration présente une balance positive, les bénéfices l’emportant sur les coûts, la pensée de gauche triomphe. Car voilà ses thèses inlassablement ressassées : « les immigrés paieront pour nos retraites » ou « l’immigration, une chance pour la France »,  enfin confortées par des chiffres.

Pour ma part, j’avais organisé en 2005 avec l’Institut de Géopolitique des Populations un colloque,- le premier du genre- sur « Immigration/Intégration : Un essai d’évaluation des coûts économiques et financiers », publié  à l’Harmattan-, avec le concours d’économistes reconnus , notamment Jacques Bichot de Lyon 3 ou Gérard Lafay de Paris 2. Nos travaux avaient abouti à un coût de 36 milliards d’euros  pour l’année 2004. J’ai récemment réactualisé ces chiffres pour tenir compte, sur 7 ans, de l’inflation, de l’ immigration  et  des naissances d’origine immigrée. On obtient ainsi un chiffre situé dans une fourchette de 70 à 80 milliards d’euros, proche du déficit budgétaire d’aujourd’hui. Nos travaux ont été par la suite valorisés par un journaliste de talent,  Jean-Paul Gourevitch qui arrive, lui, à un chiffre de 30,4 milliards,  proche de celui que nous avions calculé voici 7 ans.

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