Regard sur le terrorisme ordinaire

Yves-Marie Laulan Le 31 mars 2015
Regard sur le terrorisme ordinaire

L’attentat à la kalachnikov qui a entraîné la mort de 21 touristes étrangers le 18 mars dernier au musée du Bardo en Tunisie nous ramène à une triste réalité de notre temps. A cela fait écho l’attentat du 2 avril au Yémen où l’explosion d’une laiterie par des terroristes Houthis (d’obédience chiite) a provoqué la mort de plusieurs dizaines de personnes . Puis, tout récemment, ce sont 147 morts au Kénya dans un campus universitaire massacrés par les islamistes somaliens d’Al-Chebab.
Que ce soit sous le nom d’Al Qu’Aïda, de Daech ou d’un califat fantôme en voie de réanimation, le terrorisme est sans trêve à la manœuvre. Il fait désormais partie de notre quotidien. Il s’est terriblement banalisé. Il n’est guère de mois, de semaine, de jours même que l’on apprenne un attentat quelque part dans le monde ayant entraîné la mort d’un certain nombre de personnes innocentes, des civils dans la plupart des cas.
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Certes, le terrorisme est né avec l’homme. Il a toujours existé à l’état latent. Mais il a revêtu des formes très diverses au fil du temps. Il frappait naguère le plus souvent des personnes porteuses de symboles de puissance ou de majesté. Il s’attaque de nos jours à des foules anonymes qui ont simplement eu la mauvaise fortune d’être au mauvais moment au mauvais endroit.
Tous les grand conquérants ont eu à divers moments la tentation de recourir à la terreur pour soumettre leurs adversaires, depuis les Mongols jusqu’à Guillaume le Conquérant (pour « pacifier » le Northumberland obstinément rebelle). Mais c’est la secte des « Assassins » qui porté ce genre de méthode de contrôle des populations d’un genre un peu particulier à un niveau de perfection rarement égalé dans l’histoire.
Rappelons que la secte des « Assassins » , dont la terreur était l’arme principale, a été fondée au Moyen Orient –ce n’est pas un hasard- par Hassan, un ismaélite d’obédience chiite. Enfermé dans sa forteresse d’Alamout, ce dernier, puis ses disciples, ont fait régner la terreur pendant pas moins de 150 ans dans tout le Moyen Orient parmi les dignitaires. Ces derniers vivaient dans la crainte permanente de perdre leur vie aux mains des « fédaviès », les exécuteurs proprement dits prêts à tuer et à mourir. C’était un moyen de domination politique fort efficace. Jusqu’au jour où les Mongols, excédés, ont mis un terme à leurs activités en leur donnant systématiquement la chasse afin de les exterminer jusqu’aux derniers. Mais l’on reconnait déjà les caractéristiques des attentats suicides si fréquents de notre temps.
Ces actes fous sont, certes, commis par des fanatiques ou des illuminés, au nom de leurs principes, ou au nom de Dieu. Mais quelles qu’en soient leurs motivations, les moyens sont toujours les mêmes, semer la terreur et intimider l’adversaire de façon à le détourer de son but ou, de l’amener à déguerpir ou tout simplement de le faire disparaître.
Le terrorisme est, par excellence, l’arme des faibles, ceux qui, individus ou groupes, n’estiment n’avoir pas d’autres moyens pour se faire entendre. C’est souvent l’arme du faible au fort, le premier ne reculant devant rien pour faire reculer le second. Son arme principale est l’effet de surprise. Mais ce n’est pas toujours le cas.
Rappelons précisément la « Terreur » pendant la Révolution française qui était bien, n’en déplaise à nos amis socialistes qui se sont complu à la célébrer sous François Mitterrand-, un épisode de terrorisme d’ Etat symbolisé par la guillotine. Il a été méthodiquement appliqué par ceux qui disposaient de la force armée pour combattre leurs adversaires en situation d’infériorité . Cela été aussi le cas lors de la création d’Israël, comme on l’a vu, bien qu’il soit malséant de rappeler aujourd’hui cet épisode peu glorieux qui a marqué la naissance de l’Etat hébreux.
Comme on vient de le voir, le terrorisme peut donc être un moyen de poursuivre une certaine politique (pour paraphraser Clausewitz qui appliquait ce principe à la guerre).
De nos jours, le terrorisme s’est multiplié et modernisé. Il était sélectif. Il est devenu universel. Il était ciblé. Il est devenu aveugle. Il frappe de tous temps, en tous lieux, le plus souvent par surprise, sous les prétextes les plus divers, des plus raffinés au plus stupides. Pourquoi se développe-t-il ainsi ?

René Girard nous explique que le désir mimétique, la volonté d’imiter, et de rivaliser est le fondement de la violence chez l’homme. Incontestablement le terrorisme actuel comporte un effet d’imitation très accentué. C’est devenu une véritable mode morbide et mortifère. Sinon comment expliquer les motivations de ces hommes et ces femmes qui, les uns après les autres, entourent leur ceinture d’explosifs pour aller se faire sauter au milieu d’une foule, pour entraîner le plus grand nombre possible de personnes dans la mort ?
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Pour simplifier grossièrement, en dehors de l’Afghanistan et du Pakistan, le terrorisme intéresse principalement 4 zones, à savoir l’Europe, les Etats-Unis, l’Afrique et le Moyen Orient. Le terrorisme revêt certes des formes variées selon le lieu, avec, cependant, une constante : c’est toujours l’Islam qui est à la manœuvre, jamais le christianisme, le bouddhisme, le taoïsme ou le confucianisme. ll faut y voir sans doute un hasard de l’histoire religieuse de l’humanité . Quoi qu’il en soit, il semblerait bien qu’aujourd’hui comme autrefois, l’Islam génère la violence et l’intolérance, comme la poule pond des œufs ou le pommier produit des pommes.
En Afrique, l’Islam inspire vaguement le terrorisme local qui y trouve une justification commode. Il relève, en fait, largement du banditisme féroce hérité des guerres civiles et tribales qui ont marqué la post colonisation et le départ des Européens.
Pour l’Europe et les Etats-Unis, le terrorisme, toujours, bien entendu, animé par l’Islam, vise moins à déstabiliser des sociétés bien trop enracinées pour se laisser ébranler par quelques tueries occasionnelles vite cantonnées puis sanctionnées, qu’à « punir » les infidèles, les Occidentaux débauchés bien entendu, et notamment , les communautés juives. Celles-ci ont l’immense tort d’être fort bien intégrées. Elles servent opportunément de « boucs émissaires » à des fanatiques qui, précisément, sont incapables de s’intégrer, les malheurs des Palestiniens aux mains d’Israël ne servant que de justificatif commode. C’est l’esprit de vengeance qui domine ici, l’Islam punitif, une variété fort répandue.
Reste le Moyen Orient devenu le « terrain de jeu » par excellence du terrorisme qui y trouve toutes les raisons du monde, conflits entre Etats, entre tribus, entre clans, entre religions, de s’adonner librement à son sport favori. Il consiste à tuer des gens à coup de bombes, de kalachnikovs ou de mines, au nom d’Allah. Tous les moyens sont bons.
Un facteur dominant néanmoins est la rivalité millénaire entre l’Islam chiite, celui de l’Iran, et l’Islam sunnite, représenté par l’Arabie saoudite et une kyrielle de petits Etats secondaires ou satellites. On sait que les musulmans chiites sont fortement minoritaires, 15 % pas plus de la population de la région, contre 85 % pour les Sunnites. Le terrorisme au quotidien, faute de guerres conventionnelles trop lourdes et trop coûteuse, est devenu le moyen normal d’entretenir des relations ordinaires avec le voisin et de régler commodément les différends de frontières qui peuvent surgir.
Les deux acteurs principaux de la région, les deux « poids lourds », sont donc l’Iran et l’Arabie saoudite, l’Egypte ne jouant plus aujourd‘hui qu’un rôle plus effacé. Ce sont eux qui mènent et le jeu directement ou par groupes ou mouvements interposés.
Dans ce cadre régional, le terrain de jeu favori du terrorisme est occupé, au centre, par trois pays structurellement instables et turbulents, le Yémen, l’Irak, la Syrie ( le Liban auparavant), avec, aux extrémités du périmètre ainsi défini, la Somalie des Chébbabs et l’ Afghanistan des Talibans. L’objectif de ces mouvements terroristes est de tenter, à coup d’attentats et de massacres, de déstabiliser encore davantage des structures étatiques encore faibles et flageolantes. C’est ainsi que le Moyen Orient, 70 ans après la dernière guerre mondiale, est maintenu dans un état quasi permanent de turbulences et d’instabilité sans trêve ni repos, une espèce de chaudron infernal où peuvent mijoter à loisir tous les conflits possibles et imaginables entre ethnies, races, religions, clans, tribus et Etats.
En conséquence, faute d’Etats solides, stables et structurés capables de mettre en œuvre une bonne gouvernance, le Moyen Orient n’a pas été en mesure depuis 1945 d’instaurer un ordre étatique stable. Dans ce contexte, la religion est devenue un véritable poison culturel qui mobilise toutes les énergies des élites et les détourne de leur véritable tâche. Elle serait bien évidemment de mettre en œuvre des politiques de développement durable au profit des populations qui stagnent dans une pauvreté abjecte. Ici, l’Islam apparaît, une fois de plus, comme un obstacle culturel quasi insurmontable au progrès et à la modernité .
De ce fait, le Moyen Orient accumule au fil des années un déficit culturel qui paraît de plus en plus difficile à combler en termes d’éducation, d’apprentissage des libertés, et d’amélioration de la condition féminine. A cet égard, dans ces régions, la femme apparaît encore comme un être de statut inférieur, destiné à être mis étroitement sous tutelle dans le cadre de la famille ou de la société musulmane. La femme, et sa place dans la société, sont, en effet, considérées comme le facteur déstabilisant majeur susceptible de porter atteinte à l’équilibre des sociétés musulmanes traditionnelles. C’est notamment le cas en Afghanistan, au Pakistan et même en Egypte. Emanciper les femmes, c’est ouvrir la porte au désordre social, au dépérissement des liens familiaux voire d’attenter à l’Islam.
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A vrai dire, l’Europe ou le Moyen Orient n’ont pas l’exclusivité du terrorisme. Il est planétaire. Les pays où les touristes occidentaux peuvent se promener en toute sécurité couvrent un espace qui se rétréci d’année en année. Peu de sociétés, peu de nations échappent à ce fléau . Il frappe aussi bien la Chine avec les Ouigours que la Russie avec les Tchétchènes et maintenant l’Afrique avec Boko Haram ou la Somalie avec les Al-Chebabs .
Le terrorisme n’a souvent pas de visage. Ou plutôt , il en a plusieurs. Il en a parfois trop. Car beaucoup de ces mouvements extrémistes qui naissent et disparaissent sans cesse relèvent purement et simplement d’une démarche proche d’une anarchie meurtrière, sans objectifs politiques bien définis si ce n’est le désir morbide de tuer . C’est ce qui rend particulièrement ardue la lutte contre le terrorisme. Il n’a pas non plus toujours de territoire bien défini .C’est bien d’ailleurs l’obstacle auquel les Américains se sont heurtés, en vain, en Afghanistan où le combat opposa it une armée régulière à des guérilleros.
Ceci étant, il faut bien reconnaître que le terrorisme moderne présente bien des avantages pour les groupes qui veulent y recourir. Il est commode , bon marché et quasiment à la portée de tous, car remarquablement économe en termes de moyens. Quelques fusils d’assaut démodés, quelques kilos d’explosifs ramassés achetés pour une poignée de dollars dans n’importe quel bazar oriental (ou place Clichy) feront parfaitement l’affaire du terrorisme ordinaire. Reste à trouver les hommes. Ils ne manquent pas. Ils sont aisés à trouver parmi les centaines de milliers, voire les millions de Jeunes désœuvrés, sans emplois, sans formation ni éducation, sans perspectives qui errent dans les rues de tant de cités au Moyen Orient ou même dans les rues de nos cités frappées par le chômage.
En effet, on le rencontre aussi bien chez nous, dans nos quartiers pourtant dotés de toutes les commodités d’un pays moderne . Ici, la recette est différente. Il suffirait, semble-t-il, de motiver les candidats au terrorisme par l’apprentissage de quelques versets sommaires soi-disant tirés du Coran, dans la mosquée du coin , en prison ou sur les réseaux sociaux et l’affaire est faite. On a fabriqué quelques soldats d’Allah supplémentaires prêts à verser le sang de l’infidèle, celui qui habite juste à côté .
A l’inverse, la lutte contre le terrorisme est extraordinairement onéreuse. La guerre en Afghanistan contre les Talibans, guerre au trois quarts déjà perdue, a coûté pendant près de 10 ans, aux USA des sommes fantastiques et, fâcheusement, d’une efficacité douteuse : plusieurs trillons, plusieurs dizaines de milliards de dollars. Aux terroristes, l’opération n’a pratiquement rien coûté : le coût de quelques heures d’entrainement pour apprendre à piloter des avions gros porteurs : une modeste poignée de dollars. Et pour que résultat magnifique! La destruction des deux tours jumelles du World Trade Center et plus de 2000 morts . Comble de satisfaction, c’est l’ennemi lui-même, l’Amérique, qui a fourni les armes pour mener l’opération à bonne fin : les deux avions de l’American Airlines et de l’United Airlines . On ne peut rêver mieux. Et, en France, combien va coûter au budget de la défense nationale le stationnement de quelques 10 000 soldats dans nos rues pendant 6 mois au moins?
Quoiqu’il en soit, il est manifeste que les volontaires de la mort n’ont guère manqué que ce soit au Pakistan, en Irak ou en Libye ou récemment au Yémen ou au Kénya. Tous les motifs, mêmes les plus futiles, les plus invraisemblables, les plus incompréhensibles sont bons pour faire périr son voisin. Le terrorisme frappe ainsi sans discrimination les Chrétiens que les Musulmans ne supportent pas (en Egypte, au Pakistan et un peu partout au Moyen Orient), les Chrétiens contre les Musulmans (au Mali), les Musulmans entre eux, Sunnites contre Chiites, bref, tous individus, toutes collectivités qui ne sont pas en concordance parfaite avec la communauté dominante à laquelle appartiennent les terroristes
Il atteint, là encore sans discrimination, hommes femmes et enfants, dans les lieux de passage fréquentés, ou les lieux de rassemblement, marchés, casernes, les lieux de prières, églises ou mosquées à l’occasion, sachant bien que pour les auteurs de ces atrocités « Dieu reconnaîtra les siens » . En l’occurrence, il s’agit d’Allah. Les hommes sont toujours prompts à mettre Dieu au service de leurs crimes. Cela leur sert de justification.
Le terrorisme n’existe pratiquement plus en terres chrétiennes, après, reconnaissons- le , des siècles de sauvageries en tous genres. N’oublions pas la Saint Barthélémy et les guerres de religion qui ont ensanglanté le sol de l’Europe tout au long du 16° siècle. Là, il s’agissait, il est vrai de faire peur certes, mais aussi purement et simplement d’ éliminer les fidèles de l’autre religion, celle d’en face.
Mais aujourd’hui le terrorisme à caractère religieux est presque exclusivement le privilège des Musulmans, ou plus précisément de cette frange extrémiste désignée sous le vocable d’Islam radical. On tue au nom d’Allah plutôt qu’au nom de Dieu. Piètre satisfaction pour les victimes il est vrai. Il a frappé en France en ce début d’année, aussi en Angleterre en à Madrid précédemment.
Mais nos pays ont été épargnés, grâce au Ciel, pour l’instant de ces machines à tuer en masse que sont les voitures piégées. Là, les morts se comptent par centaines et les blessés par milliers. En revanche, on sait s’il en a été fait grand usage ailleurs, en Irak, en Syrie et maintenant au Yémen. Ce sont des procédés d’autant plus terrifiants que la parade est extrêmement difficile à mettre en œuvre, surtout dans des pays où les ressources budgétaires sont limitées, les services de renseignements rudimentaires et l’appareil policier inadéquat.
Mais, pour l’instant tout au moins, sa terre de prédilection demeure le Moyen Orient, cette zone de turbulences perpétuelles que rien ne semble devoir apaiser . Là, le terrorisme contemporain ne recule devant aucune atrocité, décapitations en série ou à « l’ancienne » ou même le bûcher comme pour ce malheureux pilote jordanien brûlé vif dans une cage de fer. C’est qu’il s’agit de « faire atroce » pour alimenter les images d’épouvante qui iront alimenter les écrans de télévision de par le monde. La télévision est devenue un instrument de choix pour le terrorisme à grand spectacle. Sa cible est évidement les téléspectateurs de nos pays qui ne rechignent pas excessivement à se faire peur devant l’écran, pour autant que le coup ne passe pas trop près.
Voilà donc les fruits amers de ce « printemps » de l’islamisme radical dont nul ne concevait qu’il puisse naître si promptement des cendres du « Printemps arabe » célébré avec bonheur voici peu par les médias extasiés du monde entier. Il est vrai qu’en termes de naïveté la presse occidentale n’a pas son pareil au monde, toujours prête à prendre ses désirs pour des réalités. Comme si les pays étrangers dans le Tiers Monde en quête de changement devaient obligatoirement s’aligner sur le modèle occidental et emprunter les mêmes cheminements que lui. Cette illusion a nourri toutes les interventions françaises et américaines en Libye, en Irak, en Afghanistan, bref un peu partout où nous avons cru bon de mettre les pieds. Aujourd’hui la Libye attaquée par Nicolas Sarkozy, inspiré par un soit- disant philosophe , – est en plein chaos. Al Qu’Aïda s’y taille une place de choix par la terreur. A quand le tour de la Syrie ?
Dès lors que faire ?
Une politique étrangère ne se bâtit pas à coups de bons sentiments ni de morale bourgeoise . Un doigt de cynisme teinté d’un soupçon de réalisme ne messied pas. Nous avons voulu combattre le terrorisme en dehors de nos frontières ? Nous l’avons importé chez nous.
Pour être réaliste il faut prendre conscience, comme les présidents occidentaux, américains ou français auraient intérêt à le faire, de la triste leçon des 30 dernières années. C’est que le meilleur rempart contre le fanatisme religieux et le terrorisme qui lui est étroitement associé sont ces tyrans laïques ou non, disparus ou toujours en place : Saddam Hussein en Irak, Kadhafi en Libye, Bachar el-Assad en Syrie . Inspirés par une bonne conscience bourgeoise inepte nourrie de nos chères valeurs et un aveuglement naïf, nous avons cru indispensable de les faire disparaître ou d’envisager de le faire. Pour mieux voir fleurir les pires atrocités sur leurs ruines. Beau travail …
Après tout, Mustapha Kemal, qui n’était pas un tendre, lorsqu’il a voulu faire de la Turquie un pays moderne, n’a rien trouvé de mieux que d’imposer la laïcité de gré ou de force, en employant la manière forte à l’occasion, si nécessaire pour éliminer ou plus précisément, cantonner un Islam à l’époque omniprésent. Et cela a marché. A l’inverse, avec Erdogan, le Premier Ministre turc actuel, l’Islamisme militant, et donc intolérant, est en passe de reconquérir le terrain perdu.
Sur le plan intérieur, la tâche n’est guère facilitée par la présence, bâtie par nous -mêmes, de communautés plus ou moins soumises à l’influence de l’Islam, et donc susceptibles à tout instant de dériver marginalement, pour des raisons circonstancielles, vers un radicalisme dangereux. Mais il est vrai que nos sociétés ne sont pas sans défense ni dépourvues de moyens techniques efficaces susceptibles d’être mis en œuvre pour contenir la menace.
Reste qu’un équilibre toujours délicat est à observer entre sécurité et liberté. Dans des cas extrêmes, il est assuré que l’opinion sera prompte à renoncer aux libertés en faveur de la sécurité, tant il est vrai qu’aucune société moderne ne peut vivre en permanence dans la crainte quotidienne d’un attentat. Les Pieds Noirs en Algérie pendant la guerre et les Israéliens de nos jours ont connu et connaissent encore ce genre de situation intolérable et difficile à vivre. Il est aisé de prêcher à autrui la morale et la modération à distance dans l’espace et dans le temps.
Sur le plan externe, l’intervention en Afghanistan est l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Après les Russes, les Américains s’y sont cassés les dents et les Talibans sont déjà de retour. L’exemple à suivre vient peut-être, pour une fois, de la Russie soumise au terrorisme tchétchène. La solution a consisté à mettre en place un gouvernement tchétchène musulman, parfaitement étranger à toutes nos normes habituelles de la démocratie. Il est odieux, bigot, arriéré et féroce. La condition féminine y est détestable. Mais le gouvernement de Ranzan A . Kadyran maintient, d’une poigne de fer, l’ordre interne et la paix avec la Russie. Il n’y a plus d’attentats terroristes. Le pouvoir russe ne lui en demande pas plus.
Faisons- en autant. Cessons de vouloir à tout prix implanter la démocratie et les libertés publiques et privées dans des sociétés où elles ne peuvent manifestement pas germer . Il faut pratiquer le droit de non-ingérence, l’anti- Bernard Kouchner en quelque sorte. Nous ne nous en porterons que mieux.
A cet égard, quelle bourde historique magistrale le fameux Laurence d’Arabie a commise dans les années 20 pour aller fédérer les tribus de la péninsule arabique pour les libérer de la tutelle turque ! Cet agité –le Bernard Henri Levy de l’époque- aurait bien mieux fait de les laisser tranquilles et se débrouiller toutes seules. Nous aurions aujourd’hui un Moyen Orient beaucoup plus serein et paisible.
Car, après tout, quel décret divin, quel ordonnance venue du ciel ont fait de nous les justiciers et les réformateurs de tous les pays du monde ? Devons-nous modifier, formater le monde entier à l’image de nos principes, de notre droit, de nos valeurs, de nos habitudes et de nos coutumes ? C’est ici que l’arrogance naïf de l’Occident montre son vrai visage, celui de l’innocence.
Il faut s’y résigner : le monde à l’image de l’Occident, dans ses vertus et ses faiblesses, n’est pas pour demain, n’en déplaise à Francis Fukuyama, dont le livre , « La fin de l’histoire », constitue la plus fabuleuse pitrerie intellectuelle des temps modernes. Il n’est pas étonnant qu’il ait connu un tel succès de libraire. L’esprit de l’homme éclairé est toujours friand de balivernes.

L’islamisation de la France ou la haine de soi

L’islamisation de notre pays est donc avant tout, qu’on le veuille ou non, un phénomène démographique, les conversions à l’islam étant statistiquement en nombre infime. Cette réalité démographique, que l’on peut déplorer ou célébrer, s’inscrit dans les statistiques de la population française. Mais il faut quand même savoir que pendant 30 à 40 ans, cette réalité a été soigneusement occultée, tronquée, dissimulée par les deux institutions administratives chargées de suivre l’évolution de la population de notre pays, à savoir l’INSEE et surtout l’INED.

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La problématique de Vladimir Poutine

Avec l’entrée en récession de la Russie, Vladimir Poutine est aujourd’hui confronté à une crise systémique dont il ne faut pas se dissimuler la gravité. Les troubles qu’il entretient plus ou moins ouvertement dans le Sud-Est de l’Ukraine en espérant y trouver un dérivatif ou un palliatif pour les difficultés propres à la Russie, en sont une des manifestations. Considérée sous cet angle, la démarche de Vladimir Poutine et parfaitement logique et rationnelle. Elle se justifie en termes d’économie de moyens et de ressources.

Les années euphoriques

Pendant une quinzaine d’années, à la suite de l’effondrement de l’empire soviétique et du de chaos de la période de Boris Eltsine, parvenu au pouvoir pour donner un nouveau souffle à la Russie, Vladimir Poutine semblait bénéficier d’excellentes chances de réussir dans son entreprise.

Mais, depuis les Jeux de Sotchi, qui devaient affirmer aux yeux du monde « que la Russie était de retour », cette tentative de redressement commence à donner des signes de faiblesse et même à marquer le pas.

Au départ, avec une bonne tenue des prix du pétrole et une croissance moyenne à 5% l’an pendant une quinzaine d’années, les objectifs de l’entreprise de restauration lancée par le nouveau maître de la Russie paraissaient raisonnablement accessibles.

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Ces Français renégats qui partent faire le Djihad

1° Mais il faut au préalable rappeler une évidence que l’on aurait tendance à perdre de vue. Ce triste phénomène, qui fait la Une des médias,- est-, en fait, parfaitement banal et marginal. Marginal, car il ne concerne qu’une poignée de jeunes crétins désœuvrés et désorientés, dépourvus de cœur et de cervelle. On en aurait identifié formellement deux ou trois et on parle allègrement de plusieurs centaines. Mais qu’en sait-on exactement ? De toute façon, sur une population de 63 millions de personnes, c’est quand même fort peu. L’effet grossissant de la télévision et des médias qui adorent gonfler les chiffres à plaisir pour frapper les esprits est évidemment ici à l’œuvre. Banal, car on sait que la nature humaine est, dans certaines circonstances, capable des pires atrocités. Cela s’est vu en tout temps et en tous lieux. Notre époque n’y fait nullement exception. En troisième lieu, ces manifestations sordides qui exercent sur nous une sorte de fascination perverse, sont largement le fruit de l’action d’internet et des médias. Il est tellement plaisant de frissonner d’horreur devant son écran de télévision.
Sans cela, ces épisodes sinistres cesseraient d’attirer l’attention et seraient promptement ramenés à leur place, celle d’un petit tas d’ordures sans intérêt. Il y a clairement une mise en scène médiatique. C’est exactement ce que cherchent ces malheureux.

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Le chômage en France : Un phénomène culturel ?

La France est-elle mariée avec le chômage ? D’aussi loin que je me rappelle, depuis que j’ai commencé à m’intéresser à l’économie et à la situation de l’économie française, j’ai été impressionné par la persistance du chômage en France. En fait, je n’ai jamais connu la France délivrée du problème du chômage. De nos jours, le défi dans notre pays n’est plus, s’il l’a jamais été, d’éradiquer la plaie du chômage, mais de faire en sorte de le stabiliser, ou pour le moins de prévenir son aggravation.

Si bien que l’on est en droit de parler d’une « préférence nationale » pour le chômage au sens keynésien du terme. Le chômage est clairement un phénomène culturel typiquement français.

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De la Mandelamania à la Mandelahysteria

Faut-il l’avouer, je me méfie toujours instinctivement de ces manifestations d’exaltation unanime qui, pour l’esprit chagrin que je suis, dissimulent toujours une réalité beaucoup moins plaisante à voir. Mandela a fait l’objet, de son vivant, d’une véritable idolâtrie à l’échelle planétaire. Mort, le voici quasiment déifié. Notre société agnostique, qui a perdu la foi chrétienne et l’amour de la patrie, a quand même besoin d’icônes pour se rassurer sur la bonté foncière de la nature humaine et la possibilité pour l’humanité de vivre pour toujours dans la paix et l’harmonie.

De ce point de vue, Mandela a été une icône parfaite, lisse, irréprochable, sans un pli, même si sa vie privée a été quelque peu tourmentée en raison des turpitudes de sa femme, comme le savent certains initiés. Car son visage humain a fini par disparaître sous les couches épaisses de peinture arc-en-ciel que la presse mondiale n’a pas manqué d’appliquer sur ses traits

Nelson Mandela est mort au terme d’une longue vie, à 95 ans, et d’une non moins longue série d’hospitalisations répétitives, pieusement annoncées par une presse mondiale fermement décidée à ne pas rater l’évènement et à le faire savoir au public

Ses funérailles n’ont pas été moins triomphales : il aura connu un enterrement de roi. Tous les grands de ce monde, 70 chefs d’Etat, 5 Prix Nobel, se sont précipités à Johannesburg pour y être et surtout y être vu : la reine d’Angleterre, le Prince Consort, le Prince de Monaco, le président du Luxembourg, l’Evêque coadjuteur de la Principauté d’Andorre, sans oublier Jacques Chirac (qui croyait assister à une virée en Corrèze), Nicolas Sarkozy toujours préparant son grand retour, François Hollande revenu tout exprès du front en battle dress, bref, tout ce que le monde politique compte de visible, d’important, de notable : une véritable exhibition politique médiatisée à l’échelle mondiale venue rendre hommage au vieux leader disparu. Les propos convenus, les discours amphigouriques ont coulé à flots. Il n’y a que Vladimir Poutine, décidément grincheux, qui se sera contenté d’envoyer là-bas une vague représentante diplomatique.

Comment s’expliquer cette stupéfiante hystérie collective en faveur d’un personnage sympathique certes, mais qui, à ma connaissance, n’a nullement bouleversé la carte du monde ni son destin, comme l’ont fait un Gorbatchov ou même un Elstine par exemple ?

Il faut y voir, naturellement, un effet « média », ou effet « boule de neige ». Il y a des évènements où il faut aller coûte que coûte, pour y être vu. Cela compte à l’heure de la communication mondiale instantanée.

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Lettre ouverte à M. Barbier, directeur de l’Express, sur l’immigration

Paris, le 22 décembre 2012

Monsieur Christophe Barbier
Directeur
L’Express

Cher Monsieur,

Vous savez l’estime que je vous porte, depuis toujours. Aussi ai-je été extrêmement surpris de prendre connaissance du dernier numéro de l’Express consacré aux « coûts de l’immigration » et notamment à votre éditorial de ce même numéro.

Pour simplifier, vous développez deux idées, à dire vrai qui ne sont pas neuves, car la gauche, dont vous êtes le porte parole, ne cesse de les ressasser inlassablement depuis 30 ans, à savoir :

1° Les immigrés rapportent plus qu’ils ne coûtent.

2° Grâce à l’immigration, la France pourra tenir tête à l’Allemagne, et même l’emporter sur notre rivale de toujours.

La démonstration est éblouissante. Le malheur veut qu’elle n’a ni queue ni tête car fondée sur des éléments faux, incomplets, tronqués, ou déformés. Excusez-moi du peu.
Cela s’appelle, en bon français, de la désinformation comme le pratiquaient jadis certains régimes autoritaires de sinistre mémoire dont vous vous souvenez peut-être.

Reprenons votre démonstration, point par point. Ici, le modeste lecteur de l’Express que je suis, car je n’ai pas ni votre formation intellectuelle, ni votre vaste expérience des problèmes démographiques (voir cependant mon CV ci-joint), ne peut s’empêcher de penser que vous avez commis deux erreurs majeures, en fait, peu dignes de la direction d’un grand hebdomadaire comme l’Express.

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Retraites : remettre les seniors au travail

Le problème du financement des retraites ne sera, on le sait,  que très provisoirement résolu par la récente réforme des retraites si difficultueusement adoptée contre l’opposition bornée et obstinée des syndicats et des partis de gauche.

Car, à terme, le problème de leur financement reste entier, comme on va le voir.

Différentes  pistes, qu’il faudra explorer sans en écarter aucune,  ont été évoquées sauf, pour l’instant, celle de la diminution des retraites. Il sera pourtant nécessaire  de l’envisager  un jour, sous une forme  ou sous une autre. En effet, avec le vieillissement de la population et l’arrivée de quelques dix millions de nouveaux retraités, le poids des engagements public au titre des retraites va vite devenir littéralement écrasant ( près de neuf fois le PNB en Grèce , mais aussi plus de cinq fois en France). Cependant, avant d’en venir là, outre l’allongement de l’âge légal de la retraite (que l’Espagne envisage de porter à 67 ans ! mais jusqu’où peut-on aller ?) il y en a une autre, moins douloureuse et plus juste, qui mériterait examen.

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L’idée est simple, presque banale. Puisque les progrès de la médecine se traduisent par 15 à 20 années supplémentaires de vie en bonne santé, et donc de la capacité de travailler, pourquoi ne pas en tirer les conséquences pour le financement des retraites ? Pourquoi ne pas inciter   les « seniors », ceux qui  ont bénéficié d’une « aubaine » conjoncturelle exceptionnelle, la possibilité de  partir très tôt à la retraite, de revenir sur le marché du travail, tant qu’ils en ont  la capacité physique et, bien entendu, s’ils en ont le désir ?

Ces derniers ont, en effet,  bénéficié dans le passé de dispositions  généreuses adoptées dans un climat d’euphorie économique et démographique tout différent de celui d’aujourd’hui. N’est-il pas un peu choquant de voir des personnes bénéficier d’une retraite pendant 20 ou 25 ans, soit une période d’une durée qui se rapproche  de celle de leur vie active (encore davantage pour les agents de  la SNCF ou d’EDF ) ?

En fait, au moment de prendre leur retraite, seul un tiers des salariés sont encore en activité. Le taux d’emploi des seniors de plus de 60 ans, soit 38 %, est un des plus faibles d’Europe (45 % en moyenne).

Ne serait-il pas   maintenant légitime, au nom de la solidarité nationale, de suggérer à ces jeunes retraités de reprendre une activité professionnelle,  sous une forme ou sous une autre, et avec des modalités, bien  entendu, adaptées, de façon à contribuer à financer eux-mêmes, ne serait-ce que partiellement, leur propre retraite.

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Car la situation actuelle dissimule de criantes injustices au profit des retraités et au détriment des jeunes dont beaucoup sont frappés par le chômage et vivent dans la précarité.

En premier lieu, chacun sait que le déficit des retraites, soit 40 milliards d’euros aujourd’hui, est financé par l’endettement. Or qui va payer cette dette si ce ne sont les jeunes que l’on prétend, avec une louable hypocrisie, défendre  haut et fort ?

En réalité, les retraités sont, en quelque sorte, bénéficiaires de perpétuels congés payés au détriment de leurs voisins des « étages d’en  dessous » dans la pyramide des âges, notamment les plus jeunes qui sont les grandes victimes de la situation actuelle. C’est à cette iniquité qu’il importe de porter remède au plus vite, sous peine de voir tôt ou tard une  guerre des générations s’installer dans notre pays.

Car la moyenne des retraités perçoit une retraite fort convenable qui lui permet de vivre très confortablement. Dans certains cas, plus fréquents qu’on le pense, ces derniers bénéficient même d’une retraite supérieure à leurs revenus  en période d’activité. Comme l’argent ne tombe pas du ciel, il en ressort que cette différence est prélevée sur le volume des salaires versés aux actifs, notamment les plus jeunes, qui sont ici clairement les victimes  d’une inégalité manifeste.

De fait, la situation de naguère où beaucoup de retraites souffraient d’une douloureuse insuffisance de ressources pour vivre a été remplacée par l’excès inverse où les revenus perçus au titre des retraites l’emportent sur les salaires des personnes en activité. D’autant que la plupart sont propriétaires de leur logement.

Et cela sans tenir compte de nombreux avantages annexes consentis en faveur des personnes âgées, réductions sur les transports en commun, sur les spectacles, sur les voyages à l’étranger et séjours à prix avantageux , avantages en matière de fiscalité, qui ont aussi un coût financier , ce que l’on oublie souvent. Il est ainsi permis d’affirmer aujourd’hui sans crainte de se tromper :« Heureux comme un retraité en France [1]:» 

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Certes, ce tableau idyllique cache des zones d’ombre comme certaines catégories sociales, par exemple dans l’agriculture, où les certains pensionnés perçoivent à peine  de  quoi se sustenter. Mais cela  est l’exception. La plupart  des retraités vivent bien et longtemps car les inévitables ennuis de santé liés à l’âge, grâce aux progrès de la médecine, se manifestent plus tard et se supportent mieux.

En conséquence, beaucoup  se satisfont sans trop se poser de questions d’une inactivité  qu’ils estiment avoir bien mérité, (même s’ils ont peu ou pas cotisé du tout).

Car Il faut bien voir qu’à côté de retraités qui se lancent avec ardeur et sérieux dans le bénévolat pour y faire œuvre utile, un bon nombre préfèrent ne rien faire du tout, come en témoigne les parties de pétanque sur la place de nos villages ou l’encombrement de nos aéroports par de hordes de retraités âgés  en partance joyeuse pour les îles Galapagos.

D’autres enfin cherchent un exutoire à  leur ennui existentiel en se livrant à des activités à caractère plus ou moins fictif ou ludique,  universités du 3° âge (il n’est jamais trop tard pour apprendre),   innombrables  associations dépourvues d’ objet social significatif,  [2] ou encore   conseils municipaux de nos villages   peuplés de retraités en quête d’un semblant de reconnaissance sociale..

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Dans un tel contexte, est-il raisonnable de proposer aux seniors de revenir sur le marché du travail et comment? Pour éclairer ce débat, parlons  chiffres.

On sait que les retraites représentent environ 250 milliards d’euros, soit environ 13 % du PIB,   pour 14 millions de retraités. Le nombre de ces derniers pourrait augmenter de 60 % d’ici 2050. Par ailleurs, le déficit de financement des retraites,  dont on parle tant, tourne autour de 40 milliards mais pourrait atteindre en 2050 entre 70 et 115 milliards selon les hypothèses retenues.

On peut estimer à 22 millions le nombre de personnes activement employées en France qui contribuent à la création de richesses. Par ailleurs, sur 14 millions de retraités, le chiffre des personnes qui se situent dans la tranche d’âge de 60 à 70 ans s’élèvent à environ 6 millions. On peut admettre qu’au-delà de 70 ans , les capacités physiques  ou intellectuelles des individus tendent à s’estomper peu à peu, encore que chacun connaisse parmi ses proches ou ses amis des exemples de personnes  qui  portent gaillardement le poids des ans bien au-delà de cette limite. Mais passons.

Admettons encore que sur ces 6 millions de retraités un tiers, soit 2 millions, soient inaptes à assumer un travail quelconque du fait d’un handicap quelconque résultant de leurs gènes, de leur activité professionnelle antérieure ou d’un accident de la vie. Encore qu’il soit difficile de croire que ceux des employés de la SNCF, d’EDF, de la police ou de l’armée qui ont passé leur vie dans les  bureaux de l’entreprise soient  porteurs de toute la fatigue du monde moderne. Le temps de la « machine à feu » de Zola appartient à la légende. Mais passons encore. La France, on le sait est le pays des avantages acquis qui ont fâcheusement tendance à se graver dans le marbre ou à se couler dans le bronze.

Quoiqu’il en soit, voilà donc 4 millions, soit près d’un 1/5 de la population active française , de jeunes retraités, ou de « jeunes vieux » pour reprendre l’heureuse expression du regretté Jacques Dupâquier, qui seraient  susceptibles de venir renforcer le nombre des personnes productives et de contribuer au financement de leur propres retraites à hauteur de 50 milliards, et bien davantage  sans doute, pour peu qu’on sache les inciter à le faire dans des conditions convenables.[3] Il en résulte qu’une telle mesure, si elle était mise en œuvre,  permettrait de combler le déficit  des retraites pour de nombreuses années . Mais nullement pour toujours. Pourquoi ?

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Tout simplement parce que si le problème se pose aujourd’hui, c ‘est  parce  que des générations de Français[4], égoïstes  ou inconscients, au cours des 30 ou 40 dernières années n’ont pas eu le courage élémentaire d’élever suffisamment d’enfants, laissant aux pères et aux mères de familles nombreuses, de moins en moins nombreux d’ailleurs, de le faire pour leur compte.  Ils ont préféré, et on les comprend, aller au Club Méditerranée ou promener leur chien le dimanche. C’est évidement plus confortable que d’élever des nichées de gosses braillards et de leur payer des études toujours plus chères.

La conséquence de tout ceci est que le ratio des actifs, qui financent nos retraites, aux inactifs, qui en vivent, n’a cessé de se dégrader au fil des années, passant de 1 à 4 naguère à 1 à 3 de nos jours et peut-être un jour de 1 à  1, comme au Japon. Et ce ratio va continuer à se dégrader inexorablement, quelles que soient les dispositions adoptées aujourd’hui, lesquelles ne feront que retarder les échéances inéluctables. Autant qu’on le sache. Car la vie   économique a ceci de fâcheux qu’elle vous rattrape, tôt ou tard.

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Certains experts, jamais à court d’imagination, ont cru trouver une solution bien  commode au problème [5]: les immigrés allaient payer nos retraites come les croyants de jadis ont dévotement construit nos cathédrales.

Il est exact que les jeunes issus de l’immigration peuvent dans une certaine mesure compenser partiellement les trous creusés dan la pyramide des âges de la France par la sous fécondité française. Mais pas entièrement, loin de là. Pour deux raisons.

En première est que  faute d’une assimilation trop longtemps négligée, ces jeunes,  quelle que soit leur bonne volonté,  sont majoritairement sous qualifiés. Or il  tombe sous  le  sens que les cotisations d’une femme de ménage ne sont qu’une  fraction de celles acquittées par un médecin ou un ingénieur. En second lieu, même s’ils étaient plus nombreux, ces jeunes, qui ne se sentent nullement solidaires des générations de  « souchiens[6] » retraités qui les ont précédés, vont tôt ou  tard refuser  de  payer pour eux. Là encore une révolte  entre générations doublée d’une rébellion entre communautés prendra place inévitablement . On peut compter sur certains démagogues pour les éveiller à cette question.

Il ne faut pas se leurrer. La seule solution à long terme au financement de nos chères retraites réside  dans la relance de la natalité française. Mais, de cette impérieuse nécessité, pas un mot dans le discours  public, que ce soit au gouvernement ou dans l’opposition. Il ne faut surtout pas prononcer les mots qui fâchent. On en est donc réduit, faute de mieux,  à des palliatifs de portée forcément provisoire.

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Quoiqu’il en soit, un impératif s’impose : Il ne faut pas écraser les juniors sous le poids des « seniors ».

Certes, certains retraités , la conscience en paix, se complaisent dans ces perpétuelles vacances  que la société, et les circonstances, leur a si généreusement octroyé. Les inciter à changer de mode de vie et de comportement ne sera pas  chose aisée. Il faudra y parvenir pourtant, sauf à être contraint de le faire dans la douleur sous la pression de la nécessité

C’est dans cette optique que les dispositions déjà existantes dans le  domaine fiscal  devraient   être précisées, renforcées et  complétées par d’autres mesures sociales,  notamment dans  le droit du travail de façon à encourager un nombre croissant de « seniors » déjà partis à la retraite à revenir sur le marché du travail.  Cela suppose aussi un gigantesque effort en termes d’aménagement des carrières, des conditions de travail et de formation. Le chantier est immense. Il a été à peine entrouvert. Le volume de la population active, et celui  du PIB,  s’en trouverait  ainsi fortement augmenté et les charges du financement des retraites  allégées d’autant.

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Yves-Marie LAULAN

Président de l’Institut de Géopolitique des Populations,

ancien professeur  à l’université de Paris II

ancien haut fonctionnaire international

 

 

 

 



[1] Dicton inspiré du  fameux proverbe allemand : « heureux comme un juif en France ».

[2] Ou  les luttes pour un pouvoir dérisoire  ne sont pas rares et chaque mètre carré de bureau âprement disputé

[3] Ces calculs  sont évidemment effectués « à la hache ». Il ne s’agit ici bien entendu que de donner des ordres de grandeur

[4] Ou d’Européens.

[5] On songe ici inévitablement au vénérable Jacques Delors

[6] Heureuse expression forgée par certains représentants des populations immigrées

L’Europe trahie par ses « élites » (ou « comment en est-on arrivé là ? »)

L’Europe entière connaît un profond malaise, bien antérieur à l’actuelle crise économique, largement lié à la présence de minorités de plus en plus présentes et bien déterminées à s’affirmer par tous les moyens au sein des populations d’origine. Ce problème dépasse largement celui de la présence africaine en Europe, même si elle en constitue un des aspects les plus visibles.

Il porte sur le désarroi d’une soi-disant élite intellectuelle européenne, bureaucrates, essayistes, journalistes, enseignants, hommes politiques et philosophes de tout poil, qui projettent sur l’Europe toute entière leur désarroi et leur vide intérieur. C’est bien cette « élite » qui doute d’elle-même, de son identité, de son histoire, et, en fin de compte, de son propre destin, qui a construit le naufrage européen des trente dernières années.

Ce désarroi se focalise aujourd’hui sur le phénomène le plus visible qui est celui de l’immigration, notamment en provenance d’Afrique noire, qui n’en est pourtant, à tout prendre, que le prolégomène[3].

Car l’Europe, repue et rassasiée d’une longue croissance quasi ininterrompue, sûre d’elle-même, de sa sécurité interne et externe, s’était voulue pendant plus de trente ans ouverte à tous les courants du monde et dispensatrice d’un message généreux à l’usage de l’humanité toute entière.

Elle s’était voulue accueillante sur son sol à tous, sans distinction de race, de religion, de coutumes ou de mœurs, convaincue qu’elle était de son invulnérabilité culturelle et de sa capacité à absorber sans heurts ni frictions ces populations hétérogènes venues des coins les plus reculés de la planète. Au demeurant, le Nouveau Monde n’était-il pas là pour faire la leçon à l’Ancien et lui donner le secret magique d’une intégration réussie et porteuse de bonheur, de puissance et de prospérité ?

Allant plus loin sur le chemin du renoncement, l’Europe avait prétendu forger une nouvelle identité sur les décombres des sociétés et des nations qui la composent.

Elle a été victime d’une prodigieuse naïveté sciemment entretenue par ses élites ignares et amplifiée par des médias complaisants sur les bienfaits supposés d’une immigration de masse destinée à combler le déficit des naissances, payer les retraites et sauver la croissance, tout en réalisant une coexistence heureuse entre autochtones et allochtones[4].

Le réveil sera cruel. Car l’Europe se réveille de ce long sommeil onirique profondément menacée de l’intérieur et sans doute bientôt de l’extérieur. Tant il est vrai « qu’aucune civilisation n’est détruite du dehors sans s’être tout d’abord ruinée elle-même, aucun empire n’est conquis de l’extérieur, qu’il ne se soit préalablement suicidé… Une société, une civilisation ne se détruisent de leurs propres mains que lorsque elles ont cessé de comprendre leurs raisons d’être »[5].

 

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La « trahison des clercs » et l’idéologie dominante

Comment l’Europe en est-elle arrivée là ? Gramsci a montré le chemin en démontrant comment une idéologie dominante peut littéralement transformer une société de l’intérieur. Il faut donc dénombrer les courants complexes qui ont constitué l’idéologique dominante des trente dernières années en Europe avant d’explorer les mécanismes de propagation de cette idéologie dans l’ensemble de la population.

Schématiquement, on peut en identifier trois principaux : la haine de soi ou le rejet de son identité propre ; la croyance dans le caractère universel des valeurs de l’Occident ; et, ce qui en constitue le fer de lance, la religion des droits de l’homme, l’arme incapacitante par excellence, qui permet de pénétrer par effraction dans tous les systèmes de défense sociaux érigés par la société pour sa survie. Ces courants s’entremêlent en se renforçant mutuellement, la haine de soi nourrissant et justifiant l’universalisme.

 

La haine de soi

Elle est magnifiquement illustrée par un texte de Jacques Attali publié dans Le Monde en date de 1997 sous le titre de « Géopolitique de l’immigration ». Le jeune conseiller d’État[6] ose écrire sans rougir que « La France, en raison de ses choix géopolitiques antérieurs, est une nation musulmane »[7]. Et voilà le représentant d’une des institutions les plus vénérables de l’administration d’État qui raye d’un trait de plume 2000 ans d’histoire de France et du christianisme.

Il est vrai que ce chemin lui avait été déjà tracé par rien de moins que Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, lequel déclarait tout de go en 2005 : « Il ne serait pas anormal qu’un étranger puisse voter »[8], reprenant sans vergogne une des 110 propositions de François Mitterrand énoncées en 1981[9]. Ce clin d’œil à la gauche n’avait évidemment pour objet que d’inaugurer, déjà, une politique d’ouverture à la gauche visant à démanteler le PS[10]. Mais c’était néanmoins fermer bien imprudemment les yeux sur le poids des mots, en ignorant que le vote accordé aux étrangers ne revient, ni plus ni moins, qu’à éroder encore davantage la notion de citoyenneté, déjà bien écornée, et celle d’appartenance à la nation par des liens autres que ceux de la Sécurité sociale ou du code de la route[11].

D’où l’affirmation, tant de fois répétée par d’autres beaux esprits depuis, que l’Europe est, par destination, musulmane et le refus opposé par l’ancien président Jacques Chirac de reconnaître dans le projet de Constitution européenne les racines chrétiennes de l’Europe.

Mais c’est curieusement dans les pays scandinaves que la haine de soi a atteint des sommets. Elle reposait sur une vision grandiose fondée sur un superbe dédain pour les notions de culture, de religion et d’histoire propres à une nation. L’idée d’assimiler l’étranger venu d’ailleurs paraissait même insupportable. Car une telle entreprise aurait été porteuse de « racisme ». N’impliquait-elle pas subrepticement, horreur, la notion d’une supériorité culturelle de la population d’accueil sur celle de l’étranger ? L’on retrouve ici un des effets collatéraux d’un complexe de culpabilité collective résultant du triste héritage de l’idéologie nazie abhorrée.

 

L’universalisme

L’autre versant de la haine de soi repose sur la conviction bien ancrée de l’universalisme des valeurs élaborées au cours des siècles en Occident, démocratie, égalité, liberté, tolérance à autrui et à ses opinions. Elle a longtemps fleuri aux Pays-Bas, pays d’accueil par excellence. Selon ce nouvel évangile que Rousseau n’aurait pas récusé, les valeurs de l’Occident étaient, par définition, universelles et donc communes à toute l’humanité. Il suffisait, en conséquence, d’avoir recours à des recettes éprouvées[12], l’éducation, la libéralisation des institutions sociales et politiques, la démocratie et le respect des droits de l’homme, pour que les populations musulmanes immigrées aux Pays-Bas puissent enfin accéder à leur tour à la vérité révélée : la tolérance en Hollande ou — sous d’autres cieux — la démocratie en Irak. L’unité de l’humanité autour de ce fonds culturel commun à l’homme sur la planète n’était plus qu’une question de temps[13].

En réalité, cette idéologie angélique a longtemps oscillé sans vraiment choisir entre deux modèles également inaccessibles : soit l’idéal d’une assimilation susceptible de faire dans l’instant de tout immigré venu du fin fond de l’Afrique « une fille ou un fils de la République » selon l’heureuse expression de Jacques Chirac ; soit la constitution d’une société multiculturelle formée d’individus séparés mais égaux entre eux, comme aux Pays- Bas ou en Grande-Bretagne. Les deux modèles ont l’un et l’autre piteusement échoué.

Car cette vision onirique de la nature de l’humanité ferme complaisamment les yeux sur l’infinie complexité de la nature humaine et notamment le fait que l’homme est plus souvent guidé par la passion que par la raison[14].

Il a donc fallu déchanter. L’irruption répétée de la violence au quotidien a contraint une fraction de l’élite européenne à s’éveiller lentement, péniblement, douloureusement à la réalité. Le retour au bon sens a été puissamment aidé par le déchaînement de violence et de haine constaté non seulement aux États-Unis avec les attentats du 11 septembre 2001 mais aussi ceux de Madrid du 11 mars 2004, enfin ceux de Londres du 7 juillet 2005, sans compter, en France, les émeutes de novembre 2005. Décidément non, l’immigration de masse n’était donc pas toujours une bénédiction tombée du ciel.

 

La doctrine des droits de l’homme

Mais l’idéologie dominante a la peau dure et la religion des droits de l’homme refuse encore de céder le terrain, malgré les coups répétés portés à sa crédibilité par l’actualité au quotidien.

Cela s’explique. Tout d’abord, les droits de l’homme s’insèrent astucieusement dans un des principes les plus profondément ancrés dans la conscience de l’humanité, le sens de la justice. Depuis les temps les plus reculés, l’homme réclame justice avant toute chose.

Par ailleurs, toujours avec beaucoup d’opportunité, cette revendication fondamentale, quelques soient les abus qui en ont été faits au fil du temps, a été inscrite dans le droit international. Ce qui lui confère, de ce fait, une sorte d’impunité juridique coulée dans le bronze, car protégée par d’innombrables conventions, traités, protocoles, tous plus contraignants et catégoriques les uns que les autres.

Désormais le recours aux droits de l’homme permet tout, justifie tout, explique tout, quel qu’en soit le domaine d’application, notamment en matière d’immigration. Certaines institutions internationales s’en sont même fait une spécialité comme le Conseil de l’Europe ou l’Office international des migrations dont c’est devenu le fonds de commerce principal.

Le principe de base qui régit la démarche de ces institutions est d’une simplicité biblique. À quelques variantes près, il affirme que tout homme, quel qu’il soit et quels que soient ses motifs, a le droit de s’installer partout sur la planète dans le pays qui lui convient. Et cela sans tenir le moindre compte des frontières, du droit local, de la politique du pays choisi ou des préoccupations des populations d’accueil concernées. La doctrine des droits de l’homme est commodément là pour fournir une justification juridique bien rodée à un état de fait. À partir de cela, tout devient possible, immigration, légale ou clandestine, droit d’asile, regroupement familial, lutte contre la pauvreté, ou simple convenance personnelle. Car innombrables sont les motifs qui peuvent justifier l’installation d’une personne, d’une famille ou d’un groupe sur le territoire du pays de son choix.

Omniprésente et omnipotente, cette doctrine des droits de l’homme a fleuri en Europe pendant une trentaine d’années, en fait jusqu’en 2005-2006, pour justifier des flux migratoires toujours plus importants. Il a fallu la vague d’attentats de cette période, et aujourd’hui la crise économique pour observer un reflux, tout d’ailleurs relatif, de l’idéologie des droits de l’homme[15].

 

Les viviers de la doctrine : les institutions nationales ou internationales

Les institutions nationales ou internationales ont joué et jouent encore un rôle important dans l’élaboration et la propagation de la doctrine dominante[16]. Battue en brèche sur le terrain et contestée dans les enceintes nationales fâcheusement exposées aux aléas des opinions publiques, cette doctrine trouve un refuge dans ces milieux protégés. Il y aurait, d’ailleurs, une étude sociologique intéressante à mener sur ces milieux clos, quiets et irresponsables, fermés au fracas et aux désordres de la rue, où s’élaborent dans la tranquillité des belles consciences de nobles et généreux principes à usage d’autrui.

Au niveau international, c’est évidemment l’ONU peuplée de fonctionnaires généreux et menant une existence confortable, car dotés de salaires opulents non soumis à l’impôt, circonstance fortuite qui favorise évidemment la générosité intellectuelle. Mais c’est à Genève, à l’Office international des migrations, que l’on trouvera un des plus beaux fleurons de cette bonne conscience bureaucratique pétrie d’irresponsabilité quiète. Cette organisation, toujours ardente à défendre par voie de presse ou de colloques toujours plus d’immigration légale ou non, toujours plus de meilleures conditions d’accueil pour les immigrés déjà installés est au premier rang du lobby « immigrationniste ». Jacqueline Wecker, sociologue avertie, conseiller auprès de cette estimable institution, ne voulait-elle pas étendre le bénéfice du regroupement familial, au-delà de la famille biologique, à la famille élargie, amis, connaissances, voisins, etc. En effet, un village africain ne constitue-t-il pas une grande famille ?

Le Conseil de l’Europe n’est nullement en reste dans ce grand concert humanitaire. Refuge recherché d’hommes et de femmes politiques recalés ou retraités de la vie politique, il est un des réceptacles privilégiés où mûrit la pensée unique loin des tristes réalités du quotidien.

Cette institution se veut l’autorité européenne en charge du respect des droits de l’homme. La recommandation 1449, édictée en l’an 2000, stipule ainsi expressément que l’immigration est un des droits fondamentaux de l’homme. En conséquence, elle récuse le droit d’un pays de refuser l’entrée sur son territoire d’immigrés clandestins et réclame l’accroissement des flux migratoires autorisés. Elle s’autorise à ce titre une ingérence constante dans les affaires intérieures des pays européens comme, par exemple, à l’encontre de l’Italie qui prétendait en juin 2008, prendre des dispositions pour mieux connaître les déplacements des Roms. En mai 2009, le commissaire aux droits de l’homme, Thomas Hammasberg, critique vertement l’initiative de l’Italie refoulant vers la Libye 500 émigrés clandestins venus de la mer[17]. Et le « droit d’asile » — s’étrangle d’indignation M. Hammasberg, lequel n’est évidemment pas chargé de les accueillir, les loger, les nourrir, les subventionner, etc., etc.

Au niveau national, le paysage n’est pas triste non plus. Rappelons simplement le célèbre arrêt Montcho du Conseil d’État en date du 11 juillet 1980 étendant sans vergogne le bénéfice du regroupement familial aux familles polygames au motif que cette situation — la polygamie — « ne constituait nullement un trouble à l’ordre public ». Voilà de quoi renforcer le respect dû à la plus haute instance administrative française. Il a fallu les lois Pasqua de 1993 pour mettre un terme à cette aberration.

Mais le cas du Conseil d’Etat mérite qu’on s’y arrête. Créé par Napoléon en 1809, il est la plus haute instance juridique et administrative de notre pays. C’est, aux côtés du Conseil constitutionnel, le juge des lois. Il recrute dans la fine pointe de la « botte » du concours de sortie de l’École nationale d’administration, donc parmi les esprits les plus fins, les plus aiguisés, les plus subtils d’une de nos meilleures écoles, les meilleurs d’entre les meilleurs. Et voilà que, dans la tiédeur d’une après-midi d’été, cette noble institution foule allégrement aux pieds, comme en s’amusant, un des principes les mieux établis du droit de la famille. Il participe ainsi tristement au dérèglement des consciences et à la corruption des valeurs fondamentales de la société[18].

Le Conseil constitutionnel, de création plus récente, fait également preuve d’excellentes dispositions dans ce domaine. Depuis qu’il s’est arrogé le droit de juger pratiquement toutes les lois de la République grâce au droit de saisine élargi institué par Valéry Giscard d’Estaing, et à la « doctrine Badinter », le Conseil constitutionnel n’a cessé de combattre ou de censurer toutes les dispositions visant à maintenir l’ordre public et à endiguer les flux migratoires. Ainsi, entre 1977 et 1993, sur treize décisions concernant l’immigration, les fraudes au mariage ou au droit d’asile, pas moins de huit ont été jugées contraires à la Constitution et cinq acceptées du bout de lèvres, c’est-à-dire assorties de réserves qui aboutissent à les vider de leur contenu de façon à les rendre inopérantes.

Cela a été notamment le cas récemment pour ce qui concerne le rejet des tests ADN en matière de regroupement familial visant à limiter les nombreuses fraudes constatées en ce domaine qui faisaient de ce droit une des filières les plus fructueuses pour l’immigration illégale. La proposition 13 présentée par le député Thierry Mariani concernant la loi du 23 octobre 2007 a été jugée non conforme à la Constitution, et donc rejetée.

Last but not least, la Commission de Bruxelles, l’institution la plus malthusienne de la planète, pourtant riche en espèces de ce genre, l’emporte sur toutes les autres. L’Europe de Bruxelles célèbre l’homosexualité, ignore la famille et encourage l’immigration de masse. Le commissaire Franco Frattini, chargé de la Justice et des Affaires intérieures, rappelait naguère que l’économie européenne compterait bientôt un déficit de 20 millions de personnes de la population active et de réclamer à cor et à cri « des flux migratoires plus soutenus »[19]. Pas question bien évidemment d’évoquer une solution d’évidence : relancer une politique familiale européenne susceptible de favoriser la natalité.

Cela ne devrait pas surprendre. Relisons les traités fondateurs de l’Europe, le traité de Maastricht ou d’Amsterdam. On n’y trouvera rien sur la démographie, rien sur l’enfant, rien sur la famille. Mais ces textes se préoccuperont abondamment de l’égalité des sexes, du droit d’asile, de l’immigration, de la Sécurité sociale des migrants et même, au passage, du bien-être des animaux. On ne peut songer à tout. Et les rédacteurs de ces textes prétendent ingénument s’intéresser au développement durable, devenu à la mode, sans s’interroger au préalable sur la relève des générations.

 

Les relais de la doctrine dominante

Ces mécanismes sont bien connus, au moins en France, qui a toujours été en tête du peloton européen dans ce domaine. Ce travail de fond a d’ailleurs porté ses fruits à la longue comme en témoigne le refus obstiné de fournir des statistiques ethniques, par peur de la vérité sans doute.

À tout seigneur, tout honneur, il faut décerner le prix d’excellence à l’INSEE qui n’a cessé depuis 30 ans d’abreuver la presse, et les médias, et l’opinion, de statistiques byzantines —entendons par là rigoureusement inaccessibles au grand public — quand elles n’étaient pas tronquées, mutilées ou carrément mensongères. Son frère jumeau est l’INED qui, sous la férule de François Héran, est devenu, d’un centre de recherches démographiques respecté dans le monde entier qu’il était du temps d’Alfred Sauvy, une officine de propagande pitoyable au service du lobby de l’immigration.

Mais il y a bien d’autres canaux multiples et hautement vascularisés de la diffusion de cette idéologie mortifère qui a régné sur la France depuis 30 ans : partis de gauche, le PS au premier rang, mais ardemment secondé par le PC ou ce qu’il en reste ; syndicats, quelle qu’en soit la couleur, toujours prêts à prendre le parti des immigrés au mépris des intérêts des travailleurs qu’ils ont la prétention de défendre ; associations de gauche — Ligue des droits de l’homme, Licra, SOS racisme — toujours promptes à se porter au secours des « sans-papiers », évidemment persécutés sans raison; « intellectuels » de gauche virulents à la plume abondante et facile, assurés qu’ils sont d’avoir toujours une tribune ouverte dans la presse de gauche (comme les « artistes » de Proust avaient en permanence leurs couverts mis chez Mme Verdurin) ; belles consciences du XVIe comme les « bobos » du VIIe disposés à s’enflammer pour toute cause noble pourvu qu’elle soit dépourvue de tout danger ; personnalités et artistes du monde du spectacle voulant à tout prix et à tout propos se hisser sur les barricades pour s’y faire photographier et exhiber leurs bons sentiments aux yeux du public ; et bien sûr, les grands médias, radios et télévision, dont les journalistes interprètent le monde au travers de lunettes spécialement taillées sur mesure, à gauche naturellement.

Il serait injuste de ne pas mentionner dans cet inventaire le CNRS qui recèle en ses flancs toute une armée de réserve de parasites sociaux, sociologues, politologues, psychologues, anthropologues, et autres brontosaures de la pensée unique. Peu payés mais ayant des tâches qui leur laissent d’immenses loisirs, ces « chercheurs » peuvent s’adonner en toute impunité à une œuvre de base dont l’essentiel consiste à saper les fondements traditionnels de la société qui les nourrit[20].

Une mention spéciale doit être réservée à la presse française dont le rôle dans l’anéantissement de la pensée libre grâce à l’omerta, l’arme du silence, empruntée, et à juste titre, à la mafia sicilienne, mérite d’être salué.

Citons au premier rang de la presse de gauche camouflée, Le Monde, le grand quotidien du soir dégénéré tombé de haut du piédestal où l’avait juché son fondateur Beuve-Méry. Ce journal n’a-t-il pas mis 25 ans pour découvrir un soir de novembre 2005 que les « jeunes » tant célébrés à longueur de colonnes n’étaient pas tous des petits saints ?[21]

Mais le crime ne paie plus. Ainsi La Croix tombe en quenouille entre les mains d’un directeur qui avait voulu en faire l’organe des chrétiens de gauche bien-pensants, au grand dam de son compte d’exploitation ; Libération, recapitalisé, est sauvé in extremis du naufrage par un riche banquier promu sauveteur de la presse de gauche ; cependant que le père fondateur du Nouvel Observateur voit avec inquiétude ses recettes d’abonnement fondre comme neige au soleil. Le gotha de la « gauche caviar » parisienne serait-il enfin rattrapé par la réalité ?

 

Les temps ont changé

Ce que des années de publications, de discours et de colloques n’avaient pas réussi à faire, des attentats féroces et stupides comme l’assassinat de Pym Fortuyn en 2002 puis de Théo van Gogh en 2004 aux Pays-Bas l’ont obtenu en un clin d’œil[22]. L’Europe si sûre d’elle-même se découvre frileuse. Les « bobos » ne tiennent plus le haut du pavé et leurs bobards se vendent mal.

Le « retour de bâton » a été sévère en France avec les deux lois du 26 juillet 2006 puis celle du 23 octobre 2007 voulues par Nicolas Sarkozy. Mais on retrouve les mêmes tendances aux Pays-Bas (où les ressortissants étrangers sont désormais fichés), au Danemark, en Angleterre et en Italie. Les immigrés ne sont plus les bienvenus et l’intégration à marche forcée des immigrés déjà installés se met en route. L’Union européenne se ferme à l’immigration et envisage enfin des règles communes .

Le message a été bien reçu par les communautés immigrées qui ont mis, pour l’instant, un bémol à leurs démonstrations et à leurs revendications. Pas un attentat n’est venu troubler l’ordre public depuis 2006. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps[23].

Du côté des « intellos », le temps de la contrition n’est pas encore venu, même si le Handelsblat hollandais reconnaît piteusement : « Nous prétendons inculquer notre identité propre à nos immigrés mais nous ne sommes même pas sûrs d’en avoir conservé une ». Bel aveu.

Ceci étant le mal est fait. Un sondage de 2008 publié par l’International Herald Tribune fait état d’une hostilité forte et croissante envers les musulmans dans les pays européens, ce qui présage assez mal d’un avenir commun. Le chemin à parcourir ensemble risque d’être long et difficile.

 

 


[1]. Titre évidemment inspiré du célèbre ouvrage de Julien Benda, publié en 1922, La Trahison des clercs.

[2]. Président, Institut de Géopolitique des Populations (20, rue d’Aguesseau, Paris 75008)

 

[3]. Pour la France seule, Guy Desplanques de l’INSEE, note en 2006 une « poussée migratoire importante des dix dernières années » avec une augmentation (officielle) de 45 % en 5 ans (sans compter les clandestins).

[4]. Expression qui nous vient des Pays-Bas.

[5]. René Grousset dans Bilan de l’histoire.

[6]. Né à Alger en 1943.

[7]. On aurait aimé au passage que ce précoce et brillant géopoliticien veuille bien préciser les choix géopolitiques antérieurs qui justifient une immigration de masse provenant, entre autres pays, de Turquie, du Zaïre ou de Chine.

[8]. Le Monde du 25 octobre 2005.

[9]. Avant de prendre son neveu au gouvernement Fillon III en juin 2009.

[10]. L’excuse toujours invoquée pour justifier cette invraisemblable proposition était qu’il ne s’agissait que des élections municipales, oubliant commodément que les maires sont aussi les grands électeurs du Sénat, ce qui n’a rien de local.

[11]. Songeons ici, parmi tant d’autres, à l’ouvrage de Bernard Stasi, L’immigration, une chance pour la France ou aux multiples déclarations de Jacques Delors sur ce sujet.

[12]. On pourrait ajouter le libéralisme et l’économie de marché — dont les excès sont à l’origine de l’actuelle crise économique — à ce cocktail roboratif.

[13]. Fukuyama avait écrit, avec le succès que l’on sait, des choses admirables à ce sujet dans La Fin de l’histoire, Flammarion, 1992. Il semblerait néanmoins que l’histoire continue, malgré tout.

[14]. Il est au passage divertissant de retrouver ici dans ce messianisme naïf les accents des missionnaires chrétiens allant naguère évangéliser les populations « sauvages » des continents encore plongés dans l’obscurité du paganisme en Afrique ou en Asie.

[15]. À cet égard, il est significatif de voir le secrétariat d’État aux Droits de l’homme passer allègrement à la trappe dans le gouvernement Fillon III. Il est vrai que la carrière de Bernard Kouchner étant assurée, point n’était besoin désormais de ce véhicule encombrant, source inépuisable d’incidents diplomatiques à répétition.

[16]. « Le poisson pourrit par la tête », dit un proverbe chinois.

[17]. L’Italie en 2008 a vu débarquer sur ses rivages 36 900 immigrés clandestins soit 75 % de plus qu’en 2007.

[18]. On ne peut s’empêcher de penser ici au Sénat de la Rome du IIIe siècle dont la corruption a entraîné irrémédiablement la ruine de l’Empire romain.

[19]. Obligeamment chiffrée à 159 millions de personnes par l’ONU en janvier 2000.

[20]. Une éminente sociologue du CNRS ne prétendait-elle pas effrontément tantôt sur les écrans, sans que personne ne la contredise bien entendu, que les immigrés à la retraite rentraient tous au pays ? La CNAV disait expressément le contraire quelques semaines plus tard.

[21]. Et de gémir aujourd’hui à longueur de colonnes sur les méfaits de ces braves jeunes gens à Cavaillon, par exemple : Le Monde du 16 septembre 2009. Mais c’est la faute à la mairie de droite naturellement. Tartufe est toujours parmi nous.

[22]. L’assassin de van Gogh, Muhammad Bouyeri, fils d’un immigré marocain, avait ingénument tenu des propos particulièrement révoltants : « Ce meurtre est justifié car la loi islamique m’oblige à couper la tête à quiconque insulte Allah ou son prophète » (sic). Pour faire bonne mesure, il déclare à la mère effondrée de van Gogh : « Je n’éprouve aucune compassion pour vous car vous êtes une infidèle ». Voilà qui a dû la réconforter grandement.

[23]. Encore que l’affaire de la burka vienne opportunément nous rappeler que la frange la plus radicale des musulmans vivant chez nous n’a nullement renoncé à nous imposer leurs mœurs et peut-être, un jour, leurs lois. Et cela d’autant plus que les tendances démographiques jouent clairement en leur faveur.

Justes guerres et métier de soldat

La réflexion sur le métier de président des Etats-Unis,  commandant en chef des forces armées américaines, et la notion de guerre « juste », qui figurent dans   le  discours de Barak OBAMA à Oslo, digne d’Abraham Lincoln, mérite d’être poursuivie. Il faut le lire.  Tout y est.

Il en ressort que les guerres justes ne sont pas forcément nécessaires

Que les guerres nécessaires ne sont pas forcément justes.

Ceci étant, rappelons, en guise d’exorde, une constatation d’une affligeante banalité, à savoir que la notion de ce qui est juste ou non varie du tout au tout selon les époques et les sociétés humaines. Ce qui était justifié hier ne n’est plus aujourd’hui et le sera moins encore demain. Dont acte.

Par ailleurs, les guerres d’aujourd’hui ne sont pas celles d’hier, ni celles de demain. Comment va-ton réagir demain dans l’hypothèse d’une guerre nucléaire ? Allons plus loin. Une guerre nucléaire peut-elle être juste ?

En fait, aucune guerre n’est jamais juste dans la mesure où elle provoque forcément la mort de civils d’innocents, surtout pour ce qui concerne les guerres contemporaines.

Certes, c’était déjà largement le cas dans le passé. Songeons aux bombardements  dévastateurs de Coventry, d’Hambourg, d’Hiroshima et de Nagasaki.

Mais c’est encore plus vrai depuis la dernière guerre mondiale. Les conflits « modernes », dans leur majorité (sauf la guerre de Corée et celle du golfe) ne mettent plus aux prises des armées régulières agissant en corps constitués. Ce sont  des guerres de type post colonial, entendons par là le fait qu’elles mettent en présence des forces régulières qui affrontent le plus souvent des guérillas noyées dans la masse de la population civile (guerre d’Israël au Liban et dans la bande Gaza, guerre d’Algérie, guerre d’Indochine, puis du Vietnam, guerre d’Irak après la chute de Saddam Hussein, innombrables guerres civiles africaines, terrorisme au Liban, en Somalie, en Afghanistan,  que sais-je encore ?).

Ces guerres comportent forcément des « bavures » ou des « dégâts collatéraux » largement imprévisibles, pour ne pas dire  inévitables, qu’elles que soient les bonnes intentions des acteurs.

Notons au passage que ce sont des guerres pratiquement « ingagnables » (no-win wars comme le disent nos amis américains). Car les forces régulières ne sont pas armées sur le plan moral pour les affronter sans dommages moraux ou psychologiques démesurés, et souvent irréversibles,  ni équipées sur le plan opérationnel pour l’emporter définitivement sur le terrain et aussi que nos opinions publique se lassent vite d’une guerre prolongée.  Comment, en effet,  se faire aimer des populations locales tout en les bombardant régulièrement de jour comme de nuit (c’est le cas en Afghanistan avec les « drones ») ? Personne n’a encore trouvé la recette.

C’est donc la raison pour laquelle l’Occident -qui ne comprend jamais les leçons de son propre passé -est condamné à perdre régulièrement ce genre de guerre. C’est bien ce qui risque fort de se passer tôt ou tard en Afghanistan (les récits publiés dans la presse par d’anciens soldats américains revenus de ce pays sont éloquents à ce sujet).

En fait, le soldat, ou l’homme politique du temps de guerre, sont confrontés à des choix quasi insolubles : fallait-il renoncer au bombardement nucléaire d’Hiroshima au risque de condamner à mort un million supplémentaire de soldats américains ? Fallait-il renoncer à faire pleuvoir sur Hambourg  d’innombrables bombes incendiaires et retarder d’autant la délivrance des déportés agonisant dans les camps de concentration nazis ? Faut-il renoncer à extirper d’un prisonnier  suspecté de terrorisme,  par des moyens « que la morale réprouve », les renseignements qui permettront  de sauver les enfants de l’école voisine ? (rappelons  à ce sujet le beau film « L’honneur d’un capitaine » de Pierre Schoendoerffer). Combien de  morts, combien de souffrances peuvent-elles justifier d’autres morts, d’autres souffrances plus nombreuses ou plus terribles encore ?

En réalité, les choix de ce genre sont largement dictés par de considérations  d’opportunité qui s’imposent dans l’instant et sur le terrain. Qu’on le veuille ou non, les savantes exégèses des  textes  philosophiques ne peuvent guère éclairer le soldat dans l’action du  combat.

Ce n’est que  dans le calme de leur bureau, et rétroactivement, que censeurs et moralistes  peuvent tranquillement se prononcer   selon les principes de leur conscience et s’ériger en juges d’un passé qu’ils n’ont pas vécu.

Au final, toutes les  guerres, notamment celles de notre temps,  comportent nécessairement une fraction  d’injustice plus ou moins étendue. C’est la malédiction de  notre condition humaine, hier comme aujourd’hui. Mais le Droit et la morale sont heureusement là pour limiter et réduire au minimum, la plupart du temps a posteriori, cette part d’injustice inhérente à la guerre.

Yves-Marie Laulan

Président

Institut de Géopolitique des Populations