L’Ukraine et la Crimée : la problématique

L’affaire de l’Ukraine n’a pas fini de faire couler de l’encre. Or il y a plusieurs aspects pourtant importants du problème ukrainien qui n’ont guère attiré l’attention des observateurs. C’est, d’une part, la situation économique de l’Ukraine, pays potentiellement fort riche, mais en situation de faillite virtuelle. Par ailleurs, la Crimée pose un problème épineux de droit international : dans quelle mesure une population faisant partie d’un ensemble national peut-elle faire sécession et proclamer unilatéralement son indépendance du pouvoir central ? Ce que la Crimée vient de faire. En dernier lieu, pour compléter ce tour d’horizon, quels sont les moyens dont disposent éventuellement l’UE et les Etats-Unis pour faire pression sur Poutine et le faire changer d’avis ?

1°Pourquoi l’Ukraine est-elle en état de faillite virtuelle ? Car c’est bien là le nœud du problème. Car si ce pays avait des finances en équilibre avec une économie prospère, il n’aurait pas eu besoin d’appeler à l’aide l’Union européenne, si bien que Poutine n’aurait pas eu l’occasion de venir se mêler des affaires ukrainiennes.

Rappelons que l’Ukraine a un énorme problème d’endettement. Le déficit des paiements extérieurs atteint 8 % du PNB, et au cours des deux prochaines années, en 2014 et 2015, ce sont 35 milliards de dollars qui viennent à échéance. Par ailleurs, les réserves de change sont au plus bas, les banques sont à court de liquidités et l’endettement atteint 180 % du PIB, des taux « grecs ». Notons, au surplus, qu’entre 1996 et 2013, la population de l’Ukraine a perdu 7 millions de personnes en raison d’un des plus faible taux de fécondité d’Europe (1,1 enfant par femme) et, sans doute, d’une forte émigration.

Sur le plan de l‘économie, le tableau n’est guère plus plaisant. Depuis 1991, l’économie de l’Ukraine s’est contractée de 30 % alors même que celle de la Russie augmentait de 20 %. On comprend ainsi pourquoi certaines régions frontalières de l’Ukraine sont tentées de regarder à l’Est plutôt qu’à Kiev.

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La Russie après les Jeux de Sotchi

Les Jeux Olympiques ont une fâcheuse réputation, bien méritée. Ils ont, en effet, tendance à attirer la malédiction sur la tête des régimes qui ont eu la mauvaise idée de les organiser, comme le fer attire la foudre. Comme pour châtier « l’hubris » de leurs dirigeants.

Rappelons-nous les Jeux Olympiques d’Athènes ! Ils ont précédé de peu la débâcle de l’économie grecque, encore aujourd’hui endettée jusqu’au cou. La raison en est simple. Les Jeux sont toujours extraordinairement coûteux et les gouvernements organisateurs, en dépit de leurs allégations, sont contraints, bon gré mal gré, de couvrir les déficits colossaux qui en résultent, la plupart du temps par un endettement accru.

Vladimir Poutine semble, lui aussi, devoir être victime de cette malédiction tenace. Car le coût exorbitant de ces Jeux estimés à 50 milliards de dollars (dont un tiers, dit-on, résultant de la corruption qui sévit à l’état endémique) intervient au moment précis où la croissance de la Russie se ralentit. Elle tournait jusqu’alors à des taux plutôt sympathiques autour de 5 % l’an (à part le recul de -7% de 2010) mais tombe à un taux ramené à 3,8 % en 2012 puis réduit à 1,3 % pour 2013.

Ces Jeux à objectif de prestige ont pour objet premier d’affirmer le retour fracassant de la Russie dans le concert des grandes nations, à l’égal, enfin presque, des Etats-Unis. Vladimir Poutine a voulu démontrer aux yeux du monde que le traumatisme de l’effondrement de l’Empire soviétique était bel et bien effacé. La Russie, la Grande Russie, celle de toujours, grande puissance à la fois respectable et redoutable, était de retour. Car elle avait désormais remis ses affaires en ordre et réglé ses problèmes internes. Elle devait désormais être prise au sérieux après les fantaisies cocasses de la période Eltsine. Ce pari risqué sera-t-il gagné ? Cela n’est pas évident.

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De la Mandelamania à la Mandelahysteria

Faut-il l’avouer, je me méfie toujours instinctivement de ces manifestations d’exaltation unanime qui, pour l’esprit chagrin que je suis, dissimulent toujours une réalité beaucoup moins plaisante à voir. Mandela a fait l’objet, de son vivant, d’une véritable idolâtrie à l’échelle planétaire. Mort, le voici quasiment déifié. Notre société agnostique, qui a perdu la foi chrétienne et l’amour de la patrie, a quand même besoin d’icônes pour se rassurer sur la bonté foncière de la nature humaine et la possibilité pour l’humanité de vivre pour toujours dans la paix et l’harmonie.

De ce point de vue, Mandela a été une icône parfaite, lisse, irréprochable, sans un pli, même si sa vie privée a été quelque peu tourmentée en raison des turpitudes de sa femme, comme le savent certains initiés. Car son visage humain a fini par disparaître sous les couches épaisses de peinture arc-en-ciel que la presse mondiale n’a pas manqué d’appliquer sur ses traits

Nelson Mandela est mort au terme d’une longue vie, à 95 ans, et d’une non moins longue série d’hospitalisations répétitives, pieusement annoncées par une presse mondiale fermement décidée à ne pas rater l’évènement et à le faire savoir au public

Ses funérailles n’ont pas été moins triomphales : il aura connu un enterrement de roi. Tous les grands de ce monde, 70 chefs d’Etat, 5 Prix Nobel, se sont précipités à Johannesburg pour y être et surtout y être vu : la reine d’Angleterre, le Prince Consort, le Prince de Monaco, le président du Luxembourg, l’Evêque coadjuteur de la Principauté d’Andorre, sans oublier Jacques Chirac (qui croyait assister à une virée en Corrèze), Nicolas Sarkozy toujours préparant son grand retour, François Hollande revenu tout exprès du front en battle dress, bref, tout ce que le monde politique compte de visible, d’important, de notable : une véritable exhibition politique médiatisée à l’échelle mondiale venue rendre hommage au vieux leader disparu. Les propos convenus, les discours amphigouriques ont coulé à flots. Il n’y a que Vladimir Poutine, décidément grincheux, qui se sera contenté d’envoyer là-bas une vague représentante diplomatique.

Comment s’expliquer cette stupéfiante hystérie collective en faveur d’un personnage sympathique certes, mais qui, à ma connaissance, n’a nullement bouleversé la carte du monde ni son destin, comme l’ont fait un Gorbatchov ou même un Elstine par exemple ?

Il faut y voir, naturellement, un effet « média », ou effet « boule de neige ». Il y a des évènements où il faut aller coûte que coûte, pour y être vu. Cela compte à l’heure de la communication mondiale instantanée.

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La réélection de Barak Obama

La cause est entendue. Obama a été réélu par les minorités noires et latinos, mais aussi par la fraction de la communauté blanche dite libérale, lisons quasi socialiste, parfaitement incarnée naguère par feu Edwards Kennedy, milliardaire au grand cœur. C’est celle qui ne rêve que d’étendre encore davantage l’emprise de l’Etat fédéral à des fins de justice sociale, entendons par là une redistribution aussi large que possible en faveur des déshérités, celle qui a milité avec acharnement en faveur de la réforme du National Health Service votée voici plus de deux ans.

Aux Etats-Unis comme en France, l’électorat blanc a été victime de l’immigration. En fait, cela était prévisible voici dix ans, lorsque le Bureau of Census américain nous a appris que le dernier bébé né aux Etats-Unis cette année-là changeait la majorité de la population en faveur des minorités. Les blancs d’origine caucasienne devenaient minoritaires pour la première fois dans l’histoire de l’Amérique. Les conséquences électorales n’ont pas tardé à se manifester.

En gros, cette élection a vu le triomphe de l’Amérique sociale et compatissante contre l’Amérique industrieuse et industrielle, l’Amérique du travail, de la compétitivité et de la réussite individuelle contre l’Amérique compatissante soucieuse de la prise en charge par la collectivité de tous les « laissés pour compte de la croissance. Et ils sont nombreux Outre Atlantique où la crise financière a creusé encore davantage le fossé toujours béant des inégalités de la société américaine.

Cette réélection apparaît d’autant plus injustifiée que Obama, en dépit de son évidente bonne volonté et de ses qualités personnelles, a échoué sur toute la ligne, notamment en terme d’emplois et de croissance. La création d’emplois nouveaux reste anémique et la croissance oscille, pour l’instant, autour d’une trajectoire quasi plate et cela en dehors d’un déficit budgétaire qui reste phénoménal et des énormes quantités de liquidités enfournée à tour de bras par Ben Bernanke, le président d’une Fed complaisante devenue une machine à imprimer des billets. En dehors de cela, la crise des crédits hypothécaires n’est toujours pas résolue et bien des ménages modestes continuent à être expulsés sans ménagement de leurs logements.

Bien plus, la réforme du secteur bancaire et financier n’a été menée à bien qu’en partie et les fameux hedge funds recommencent à faire parler d’eux et proliférer ici et là. Les leçons de la dernière crise n’ont manifestement pas été tirées. Une nouvelle « bulle » spéculative de taille colossale est en train de se former. C’est le développement fort inquiétant du « shadow banking » (hedge funds, assurance, fonds de pensions et autres entités financières), ce secteur financier de 67 milles milliards de dollars (vous avez bien lu mille milliards), qui échappe totalement à la règlementation qui s’impose au secteur bancaire traditionnel. Décidément, la spéculation financière a encore de beaux jours devant elle. A quand la prochaine crise ?

Que faut-il attendre de cette réélection ? Il est permis de se demander si, avec la mise à l’écart de Mitt Romney, malgré ses défauts, l’Amérique n’a pas perdu sa dernière chance de se réformer et de remonter la pente. En d’autres termes, il est donc à craindre que les Etats-Unis, qui sont sur une pente hésitante depuis une dizaine d’années, ne vont pas à leur tour emprunter le chemin du déclin, comme la vieille Europe avant eux.

Car les « penseurs » Outre atlantique, et l’on pense ici naturellement au plus vociférant d’entre, le prix Nobel d’économie, mais surtout chroniqueur au New York Time, Paul Krugman, à la barbe fleurie, persistent à ne jurer que par l’évangile selon Keynes, à savoir, des déficits, encore des déficits et toujours des déficits (d’autant plus que comme il est prévisible, le nouveau Health Service qui entrera en œuvre en 2014 va se révéler un insondable gouffre à milliards de dollars (comme notre chère Sécu en Europe).

C’est que financer par le déficit est tellement commode. Aussi longtemps néanmoins que l’hydre de l’inflation ne réapparait pas (elle est contenu, pour l’instant) par le chômage et la compression du revenu moyen des ménages) et que les investisseurs étrangers, japonais mais surtout chinois, continuent, faute de mieux, à acheter les bons du trésor américains qui financent le déficit. Car les Etats-Unis, on le sait bien, disposent du redoutable privilège de battre monnaie internationale.

L’endettement des Etats-Unis va donc continuer à s’élever tranquillement vers le ciel avec cependant une double limite. La première serait si, pour une raison ou pour une autre, la Chine renâclait à financer l’Amérique, ce qui peut intervenir en cas de fâcherie sérieuse, (d’ordre diplomatique ou prudentielle) auquel cas les taux d’intérêt, qui sont restés à un niveau historiquement bas, et disons-le anormalement bas, commençaient à grimper, risquant du même coup d’étrangler dans l’oeuf une reprise économique toujours hésitante.

Il est vrai aussi que si la technique du « fracking » tenait ses promesses, et que les USA redeviennent exportateur net de pétrole et de gaz naturel, ce serait évidemment un ballon d’oxygène en faveur de ce pays qui pourrait à nouveau bénéficier d’un sursis inespéré dans la remise en ordre de son économie et notamment la reconstruction de ses infrastructures terriblement négligées. Mais saura-t-il en profiter ? Pour l’instant, il n’en a guère pris le chemin et il est à craindre que les ressources additionnelles ne soient utilisées pour financer de nouvelles largesses sociales en faveur de la nouvelle majorité, cad les anciennes minorités.

Un second obstacle qui se dresse sur la route du déficit à perpétuité tient à la majorité de la Chambre des Représentants où les Républicains, enragés de leur nouvelle défaite, ne semblent pas disposés au moindre compromis. Mais tout finira bien par s’arranger par un compromis boiteux, comme d’habitude.

C’est dans le domaine de la politique étrangère que le changement pourrait être le plus net. Le président Obama voudra sans doute, -il est né à Hawaii- concentrer son attention sur le Pacifique, face à la Chine, et se désintéresser un peu plus de cette insupportable Europe qui refuse obstinément de financer sa propre défense tout en s’enlisant voluptueusement, mois après mois, dans les méandres infinis de la crise de l’euro.

Par ailleurs, le processus, en route, d’islamisation insidieuse de la vieille Europe n’a certainement pas échappé aux observateurs américains. Entre une Europe plus ou moins islamisée et une Europe encore vaguement chrétienne, il est clair que les USA n’hésiteront pas privilégier la première, pour sauvegarder avant tout leurs intérêts stratégiques de long terme. Comme ils l’ont magistralement fait au Moyen-Orient (avec, il est vrai, des résultats bien ambigus). Et tant pis pour cette vieille Europe qui s’est obstinément montrée incapable de se défendre toute seule.

Par contre, le volcan israëlien risque de se réveiller tout d’un coup, et l’Amérique, pourtant lasse des combats en terres étrangères, pourrait bien se voir happée à contre cœur dans un nouveau champ de bataille au Moyen-Orient. D’autant plus que le brasier syrien flambe de plus belle et que le feu couve sous les cendres en Lybie.

Dure leçon. Il ne suffit pas de gagner de justesse les élections américaines pour que la paix revienne miraculeusement dans le monde.
Dans ce contexte déprimé, une Amérique diminuée pourra-telle rester le grand Arbitre international, le champion des libertés dans le monde ? Voire.

L’affaire Petraeus – An american comedy

Elle commence en farce et finit en tragi comédie.

La farce, c’est cette « romance « entre un général couvert de médailles et blanchi sous le harnois et une dame de la bonne société américaine de province. La tragi-comédie, c’est sa démission peu glorieuse de son poste, névralgique, de directeur de la CIA et les répercussions bien fâcheuses de cette sombre histoire sur l’establishment militaire américain. Quelle merveilleuse comédie de boulevard Feydeau en aurait tiré !

Les acteurs sont désormais bien connus. Petraeus est, ou plus exactement était, un héros militaire comme les Américains aiment à s’en doter : svelte, élégant, visage en lame de couteau, un vrai général d’Hollywood. Bien que n’ayant jamais commandé de troupes au feu, il a volé de postes prestigieux en commandements stratégiques, Irak, Afghanistan, OTAN avant d’être porté à la tête de la plus grande agence d’espionnage au monde, la fameuse CIA (que l’on retrouve dans tous les mauvais coups depuis 50 ans, Baie des Cochons comprise). En fait, à y regarder de plus près, il semblerait bien qu’il ait été avant tout un général « mondain », fort soucieux, semble-t-il, de se ménager les relations utiles à sa carrière.

Elle, mariée s’il vous plait, avec deux enfants, est une-femme-de-lettres en herbe, ambitieuse comme il se doit. Ayant bénéficié d’une formation militaire à West Point (mais elle avait sans doute, séché les cours d’éthique) puis civile à Harvard elle s’est installée avec son radiologue de mari (il faut bien vivre) à Charlotteville, North Carolina, petite ville provinciale, où elle devait s’y ennuyer ferme. Son CV ne comporte pas moins de 6 lignes, depuis « féministe », « surfer », « skieuse », « retraitée de l’armée » pour terminer sur une note attendrissante « Maman ». Il ne lui a manqué que d’avoir été interne à la Maison Blanche, comme Monica Lewinsky. En bref, une héroïne de la série « Desperate Housewives », une de ces innombrables américaines sans emploi dans la société américaine d’aujourd’hui qui débordent d’énergie, de frustrations, d’ambitions non réalisées mais qui se croient tout permis. L’analyse de son ordinateur a quand même révélé nombre d’informations relatives aux déplacements et activités du haut commandement militaire américain, sans compter ceux du général Petraeus, bien entendu. Là, une ligne rouge a été franchie et l’on sort de la frivolité mondaine.

Le tableau de famille ne serait pas complet sans Jill Kelley, (3 enfants, bien sûr), celle par qui le scandale est arrivé. C’est une sorte de Madame Bovary à l’américaine. Ici on a affaire à une « socialite » comme on dit aux USA, une dame du beau monde de Tampa, Floride, qui reçoit énormément de personnalités plus ou moins connues, dans le domaine militaire tout au moins. On songe ici naturellement au « Great Gatsby », le héros du beau roman de Scott Fitzgerald. C’est elle qui a eu l’idée lumineuse d’alerter le FBI, s’il vous plait, après avoir reçu une série de mails jugés menaçants. On croirait assister à un épisode de la saga Treirweiler contre Ségolène Royal.

En fait, ce ménage de haut vol, vu de plus près, apparaît sous des traits moins sympathiques. Sa Fondation contre le cancer semble avoir moins financé la recherche que des dîners de grand standing, des réceptions de haut niveau, de luxueux voyages à l’étranger, sans compter de de généreuses dépenses de fonctionnement. (Cela rappelle étrangement quelque chose de familier chez nous. Mais quoi ?). Mais là où le cas semble s’aggraver, est que ce couple qui recevait tant et si bien du beau monde en uniforme, était endetté jusqu’au cou. Une photo de groupe montre ces deux couples rondouillards en goguette en compagnie du général Petraeus, toujours efflanqué, la casquette vissée sur la tête, tel une asperge plantée dans un champ de navets. Bref, du beau linge.

Mais l’affaire se corse avec la mise en cause du général John Allen, ancien responsable en second du haut commandement central américain à Tampa et qui avait remplacé le général Petraeus en Afghanistan. Les services secrets ont identifié pas moins de de 20 000 à 30 000 mails échangés entre Kelley et ledit général. Apparemment le haut commandement militaire américain dispose de pas mal de loisirs pour l’écriture sentimentale. Du coup, sa nomination, imminente, comme commandant en chef à l’OTAN parait fortement compromis. Quand on vous dit que la femme est la perdition de l’homme.

Mieux encore, l’agent spécial du FBI chargé de l’enquête à ses débuts, l’honorable Frederick Humphries II, a tout fait pour étouffer l’affaire. C’est qu’il avait, lui aussi, une relation spéciale avec Jill Kelly. Décidément, ces quadragénaires américaines sont irrésistibles. O tempora, o mores.

On nage en plein vaudeville.

Là où cela devient moins divertissant est la démission surprise de Petraeus. Il était évident qu’il ne pouvait rester à ce poste de haute responsabilité, mais de vulnérabilité non moins grande, exposé au quotidien à des risque de chantage qui n’auraient naturellement pas manqué de se produire. Mais, du coup, le malheureux président Obama se trouve privé de militaires d’expérience au moment où il en aurait le plus besoin, avec une actualité géopolitique qui commence à se charger sérieusement un peu partout dans le monde, en Syrie, en Lybie, avec le retrait programmé d’Afghanistan, les menaces au Liban, à Gaza, avec l’Iran. Sans compter le remplacement d’Hillary Clinton au Secrétariat d’Etat et l’imprévisible Chine.

Mais cette triste affaire jette aussi une lueur un peu trouble sur la capacité d’Obama de bien choisir ses proches collaborateurs. Et aussi sur les moeurs, valeurs, comportements de certains militaires américains de haut rang, qui semblent plus portés à goûter aux joies de la Dolce Vita de Fellini que de partager la vie rugueuse de leurs soldats engagés sur le terrain. Trop de confort sans doute et manque d’éthique sans nul doute. Certes, la chair est faible, dans le civil comme dans l’armée. Mais quand même. Ce personnel semble malheureusement faire preuve à l’occasion d’une certaine fragilité psychologique joint à une certaine naïveté. On a l’impression d’avoir affaire à des teenagers, des ados immature tirés d’American Graffiti. Que le directeur de la CIA se livre à une débauche de mails compromettants sans prendre la précaution élémentaire de les encoder peut aussi surprendre. De vrais gamins.

Au surplus, ne dit-on pas en français « jamais dans le diocèse »(en allemand : nie im die Kompanie ») ?

Ceci, étant, il n’en demeure pas moins que l’establishment militaire américain ne sort pas grandi de cet épisode quelque peu sordide, d’autant plus que bien des questions non résolues se posent encore. Une affaire à suivre donc.

L’économie mondiale en perte de vitesse

Un économiste célèbre qualifiait naguère la science économique de « dismal science », la discipline lugubre. Et c’est vrai que les économistes (comme d’ailleurs les démographes) ont rarement de bonnes nouvelles à annoncer au public. C’est bien le cas aujourd’hui. Car absorbés dans les délices de leurs consultations électorales en cascade, les Français n’ont pas remarqué que le monde tournait sans eux. Or l’économie mondiale se porte mal. Plusieurs faits remarquables devraient pourtant retenir l’attention.

Un ralentissement général dans le monde.

A tout seigneur, tout honneur, c’est aux Etats-Unis que le malaise est le plus perceptible. Après un début d’année qui laissait entrevoir enfin la sortie de la crise interminable dans laquelle se pays se débat depuis près de 5 ans maintenant, les dernières statistiques, notamment celle de l’emploi, critère essentiel dans la période actuelle, laissent craindre que l’économie américaine pourrait retomber lourdement en récession (double dip recession dans le jargon savant des économistes) et cela en dépit des plans de relance divers et variés mis en place par l’Administration américaine et de l’action incitative vigoureuse du Federal Reserve.

Du coup, la réélection du président Obama, quasi acquise voici encore quelques mois, pourrait être singulièrement compromise. Si bien que Paul Krugman, le conjoncturiste attitré du Herald Tribune, prix Nobel d’Economie s’il vous plait, mais surtout keynésianiste convaincu, ne cesse de hurler à la lune à la une de ce quotidien en réclamant toujours plus de relance, c’est-à-dire plus de dépenses publiques, de déficits fédéral et plus d’endettement, bien entendu. Et de citer en exemple le plan de relance de la Chine. Le problème est que les investisseurs internationaux commencent subrepticement à se détourner de la monnaie américaine. Ce qui pourrait sérieusement compliquer à l’avenir le placement des bons du Trésor américains sur les marchés internationaux.

Malheureusement, le ralentissement économique des Etats-Unis se reflète un peu partout dans le monde. Ainsi les 4 pays du fameux Bric (Brésil, Chine, Russie, Inde, qui forment 20 % de l’économie mondiale), voici peu, ruban bleu de la croissance dans le monde, donnent aussi des signes de faiblesse. Le Brésil, en particulier, retombe à un taux de croissance de 3 % seulement, cependant que l’Inde, empêtrée dans d’inextricables problèmes politiques, enregistre sa plus mauvaise performance depuis des années. Oh certes, ce n’est pas encore la Bérézina de style européen mais quand même. Leur taux de croissance cumulé qui flirtait avec 10 % en 2010 est retombé à 8 %. Ce n’est pas catastrophique mais c’est nettement moins bien. Les Etats-Unis de leur côté, (22% de la production du monde), ont rétrogradé de 3 à 2% de croissance. Quant à la zone euro (18 % de l’économie mondiale), devenue la lanterne rouge du monde, son taux de croissance, déjà médiocre à 2 % voici 2 ans, risque fort de passer en dessous de la barre avec -0,3 % cette année, une croissance négative. Décidément, l’Europe n’a pas fini de payer au prix fort la monstrueuse erreur de la création de l’euro.

Le modèle chinois tire-t-il à sa fin ?

Le cas de la Chine mérite qu’on s’y attarde quelque peu. Les commentateurs américains, avec une certaine « joie mauvaise » (la schadenfreude de nos amis allemands), s’en donnent à cœur joie et se délectent à décliner les difficultés innombrables dans lesquelles, selon eux, la Chine se débat. Et de citer le sort funeste du malheureux Bo Xilai, naguère « petit empereur » de la région de Chongqing, promptement débarqué de son poste de gouverneur pour s’engloutir dans l’abime sans fond du shuanggui mais non sans avoir révélé au grand jour l’étendue de la corruption en Chine. A cela s’ajoute les méfaits d’une économie entièrement tenue par l’appareil d’Etat avec un secteur industriel gorgé de subventions et de prêts bancaires commandités par l’Etat qui investit à tire-larigot dans des secteurs peu rentables ; des taux d’intérêts » et des taux de change étroitement contrôlés ; un marché financier hermétique ; une technologie rustique qui commence à dater et une compétitivité qui s’épuise avec la hausse des salaires. Tout cela résulte dans un énorme gaspillage de ressources (les investissements absorbent presque la moitié du PNB chinois) qui commencent à devenir rares, sans compter les méfaits d’une pollution oppressante (et croissante : le charbon !).

A cela s’ajoute l’impatience grandissante la partie déshéritée de la population (il n’y a pas que des milliardaires en Chine) manifestement excédée par les exactions des potentats locaux du Parti communiste chinois bénéficiant d’une quasi totale impunité, jusqu’à l’affaire Bo. Bref, la Chine ralentit et ressent un certain malaise existentiel. Les observateurs américains estiment que le modèle de développement chinois, d’une remarquable efficacité depuis 30 ans donne désormais des signes d’essoufflement. Robert Zoellick, qui va quitter son poste de président de la Banque mondiale, estime pour sa part que ce modèle est « unsustainable », c.a.d. non durable et que la Chine doit envisager d’adopter un nouveau modèle de croissance plus ouvert et guidé par le marché.

Le « miracle chinois va-t-il tirer à sa fin ? Pour ceux qui ont de la mémoire, tout ceci rappelle singulièrement les caractéristiques du modèle soviétique à bout de souffle des années 80, du temps du président Bréjnev, qui ont abouti à l’implosion de l’URSS dans les années 90. La Chine connaitra-t-elle le même sort ? Cela parait peu probable (à vrai dire, on en disait autant de l’URSS en 1980). Mais le rapprochement est quand même significatif. Ce que préconisent, non sans une certaine dose de naïveté, les Américains est ni plus ni moins une révolution non seulement économique, mais aussi politique et sociale. La Chine y est-elle prête ? Peut-elle s’engager dans cette voie sans s’exposer à l’effondrement du Parti communiste chinois, base inébranlable du régime (avec l’Armée Rouge) ? Il nous manque un nouvel Alain Peyrefitte pour le prédire.

Restent les contradictions inextricables de l’économie mondiale.

Il faut se demander si ce ralentissement constaté plus haut ne reflète pas en partie les contradictions dans lesquelles se débat l’économie mondiale. Qu’on en juge.
Tous les pays au monde, à des titres divers, aspirent désespérément à une reprise forte de la croissance mondiale accompagnée d’une vigoureuse création d’emplois. Fort bien. Mais l’on sait bien aussi que la croissance dépend étroitement d’une énergie disponible à des coûts abordables et en grande quantité. C’est le cas du charbon dont d’immenses gisements se trouvent en Inde, en Chine, aux Etats-Unis aussi. Le hic est que l’exploitation du charbon coûte deux fois plus cher que l’énergie dite conventionnelle, à savoir le pétrole et qu’elle libère aussi d’énormes et intolérables quantités de pollution dans l’atmosphère. On en dirait autant des gisements de pétrole désormais accessibles, soit dans l’océan à des profondeurs inouïes (5 kms et plus), ou de la technique du « fracking » qui rend exploitable les schistes bitumineux (sans parler des sables asphaltiques).

En conséquence, la croissance mondiale ne risque guère désormais d’être étranglée faute d’énergie. Mais le revers de la médaille est que l’exploitation de ces ressources provoque une invraisemblable augmentation de la pollution atmosphérique qui ne peut qu’aggraver considérablement le réchauffement climatique. On en peut désormais mesure l’incidence sur le dérèglement des saisons, sans parler des problèmes d’insalubrité publique provoqués par la pollution, lesquels rendent certaines régions de Chine quasi invivables.

Alors que faire ? Renoncer à la croissance économique pour préserver un environnement salubre ou relancer la croissance au prix de désastres écologiques inévitables ? En fait, il semblerait bien que opinions publiques, et les responsables politiques qui leur ont emboité le pas, ont déjà fait leur choix. Plutôt survivre avec des tornades, et des inondations et la sécheresse que vivre dans un chômage permanent. La contradiction est résolue si bien que l’écologie n’est plus à la mode.

La crise existentielle de l’Europe

Un humoriste américain disait tantôt que l’Europe rassemble des pays qui ne sont plus tout à fait sûrs de vouloir se marier entre eux mais qui décident néanmoins d’ouvrir un compte bancaire commun. Et d’ajouter que la sage Allemagne se désole de voir son amant méditerranéen vider allègrement ledit compte alors que ce dernier déclare hautement être prêt à tous les sacrifices mais à condition que cela ne lui coûte rien. C’est à peine exagéré.

C’est l’occasion, il ne faut pas la rater, de tordre le cou à ce nouveau « buzz word », ce nouveau cliché de la croissance à tout prix qu’il suffit de réclamer pour qu’elle vous tombe dessus comme une manne céleste. Mais de quelle croissance s’agit-il et quel prix faut-il y mettre ?

C’est là que le bât blesse. Car l’Allemagne se déclare prête à porter encore davantage l’énorme poids de l’endettement des pays du Sud (Grèce, Espagne, mais Italie probablement, mais la France aussi, ne l’oublions pas), mais à condition de mettre en place un contrôle rigoureux de la dépense publique dans la zone euro. Sans cela le mécanisme pervers qui a créé l’endettement massif des pays du Sud serait automatiquement relancé. Mais les dits pays endettés se refusent catégoriquement (jusqu’à aujourd’hui tout au moins) à aliéner leur souveraineté budgétaire. Et cela se comprend bien.

Car si, à l’instigation de l’Allemagne, Bruxelles ou tout organisme ad hoc européen, fermaient autoritairement le robinet budgétaire, comment les partis politiques grecs, italiens (ou même français) pourraient-ils revenir paisiblement à leurs chers déficits publics qui alimentent leurs clientèles électorales respectives? C’est à un véritable suicide politique qu’ils sont aimablement conviés. C’est également le sort promis à notre nouveau président de la République fraichement élu. On comprend qu’il renâcle. L’Europe réclamée dans le passé avec tant d’énergie par les socialistes, c’était bien joli tant qu’il s’agissait d’une lointaine vision parée de tous les charmes oniriques aux heureux temps de la prospérité. Mais aujourd’hui, c’est tout autre chose. Il s’agit de compromettre à coup sûr toutes les futures consultations électorales pour cause de rigueur budgétaire. Perspective intolérable. Comment s’en sortir ? Comment retrouver la formule magique du déficit sans pleurs ? La solution est simple pourtant, à portée de la main, concoctée par les cerveaux fertiles de l’entourage présidentiel.

Il s’agit de permettre à la Banque Centrale Européenne, la BCE, de financer généreusement les budgets des pays délinquants par la création monétaire (la fameuse planche à billets), puisqu’ils ne peuvent plus, ou difficilement, se refinancer sur les marchés financiers (sauf à des taux prohibitifs : plus de 7%). Mais ses statuts le lui interdisent formellement. Qu’à cela ne tienne. On va créer un nouvel organisme bancaire européen, un de plus, ou doter le Fond Européen de Stabilisation Financière (FESF) d’un statut bancaire qui lui permettra d’emprunter massivement à la BCE puis de prêter, par le biais des fameux euros bons, aux pays endettés jusqu’au cou. C’est évidemment la fuite en avant dans l’inflation monétaire. La France, et d‘autres encore, y tiennent car c’est une solution de facilité à court terme qui ne coûte rien, politiquement, à court terme. L’Allemagne d’Angela Merkel ne veut pas en entendre parler. Pourquoi ?

A cet égard la presse française, et américaine, font un mauvais procès à la Chancelière allemande. Car elle a d’excellentes raisons de s’opposer fermement à la mise en place de ce mécanisme infernal. Le Allemands n’oublient pas que c’est l’inflation galopante de la République de Weimar qui a amené Hitler aux portes du pouvoir. Mais, en dehors de ces considérations historiques propres à l’Allemagne, il faut bien voir qu’il y a deux sortes de croissance, la fausse et la vraie.

La fausse est celle qui consiste à inonder les marchés de liquidités (par le biais du déficit budgétaire et de l’endettement) et de relancer la croissance par l’inflation. Les prix montent, le public est satisfait, pour un temps. Mais, rongé sournoisement par l’inflation, le niveau de vie ne tarde pas à stagner ou décliner car la production de biens et de services n’augmente pas ou peu. C’est l’illusion monétaire de la croissance, celle que François Hollande veut à toute force mettre en place. Car elle lui permettrait de sortir de l’impasse dans laquelle il est engagé et qu’il n’a rien d’autre à offrir, sauf d’insupportables sacrifices financiers.

Le vraie croissance, la croissance réelle, est celle qui permet d’obtenir une amélioration de la production nationale, le PNB, grâce à de profondes réformes structurelle destinée à rétablir la productivité et la compétitivité. Ce processus vertueux a deux gros défauts aux yeux des pays délinquants : il est lent (plusieurs années) et il est douloureux (comme toute réforme digne de ce nom). Or nos socialistes veulent de l’immédiat et sans douleur : d’où les euro bonds salvateurs. Le conflit avec l’Allemagne est inévitable. Ira-t-on jusqu’à compromettre l’amitié franco-allemande sur l’autel de la vraie/fausse croissance ?

En fait, l’histoire nous apprend que l’inflation exerce immanquablement des effets ravageurs sur la croissance réelle au prix de graves perturbations sociales. Est-cela que le nouveau Président veut offrir aux Français au lendemain de son élection ?

Lettre ouverte à Alain Juppé sur la Syrie

Mon Cher Alain,

Vous savez l’admiration sans bornes, et même l’affection –le mot n’est pas trop fort- que je vous porte depuis le jour où je vous ai rencontré, jeune inspecteur des finances fraîchement émoulu du concours, mais déjà confortablement logé à la Mairie de Paris. Vous en avez fait du chemin depuis cette heureuse époque !

C’est la raison pour laquelle l’ainé que je suis pour vous, -car j’étais déjà haut fonctionnaire à l’OTAN quand vous étiez encore en culottes courtes-, prend respectueusement la liberté de vous donner quelque conseils qui vous seront, j’en suis sûr, fort utiles, dans la période incertaine que nous traversons.

Vous vous interrogiez tantôt sur la raison pour laquelle ces coquins de Chinois et ces fripons de Russes avaient proprement torpillé le 4 février dernier votre projet de résolution sur la Syrie à l’ONU.

Permettez-moi de vous éclairer sur ce point

Ils vous ont tout simplement rendu la monnaie de la pièce.

Car, rappelez-vous, vous les aviez proprement « roulés dans la farine » avec la fameuse résolution 1973 de l’ONU qui vous autorisait à bombarder, du haut des airs, la Libye du colonel Kadhafi pour « sauver des vies humaines ». Pourquoi pas ? L’humanitaire qui fait pleurer les chaumières fait toujours recette dans nos médias. Mais vous en avez profité, toute honte bue, et au mépris du droit international, pour écraser ce malheureux pays sous un tapis de bombes (et ce, avec l’aide occulte des Etats-Unis sans laquelle nos forces n’auraient pas tenu plus de 15 jours, faute de carburant et de munitions, sans compter la destruction des batteries antiaériennes de la Lybie sans laquelle nos forces aériennes auraient sans doute subi des pertes insupportables).

Mais, allant plus loin dans votre logique, vous avez cherché le renversement du régime, et même autorisé indirectement l’assassinat par une foule déchaînée du Colonel Kadhafi, certes, personnage fort peu recommandable, mais quand même. Pour un ministre qui invoque à tout propos « l’honneur de la France » et pour un président qui se réfère à tout instant aux droits de l’homme, avouez que cela n’est pas trop mal.

Or il se trouve que Chinois et Russes, eux, ont conservé la mémoire et qu’ils n’entendent pas voir ce scénario se répéter trop souvent. Et pourquoi ne pas intervenir au Tibet et en Tchétchénie tant que vous y êtes ?

D’autant plus que ces interventions irréfléchies se terminent inévitablement par des désastres. Il ne vous échappera pas que, selon les gazettes, la Libye est au bord du chaos, que la Charia est en voie d’y être rétablie (ah ! la libération des femmes) et que les milices y font la loi. Cerise sur le gâteau, les milices Touareg que vous avez si péniblement délogées sont allées incontinent s’installer au Nord du Mali où elles trouvent naturellement à s’employer pour déstabiliser la région et les régimes qui sont nos amis. Du beau travail en vérité. Cela valait effectivement la peine de rameuter l’Europe à grands cris pour parvenir à un tel résultat. Et tout cela pour gratter quelques points de plus (vite envolés) dans les sondages.

Mais réfléchissez un peu si cet exerce n’est pas trop pénible en période pré électorale. Chaque fois que l’occident a voulu se mêler des affaires d’autrui, au nom des sacro saints droits de l’homme, les conséquences ont été proprement catastrophiques. Voyez la Libye, voyez l’Irak, voyez l’Afghanistan dont nous allons avoir toutes les peine du monde à nous extirper sans trop de dommages. Demain ce sera l’Iran ?

Vous voudriez que la France aille encore se mêler des affaires syriennes ? Certes, le régime du président Bachar el Assad n’est guère un modèle de démocratie et que le personnage lui-même est fort peu sympathique. Le mot est faible. Les abus de pouvoir sont flagrants et la répression, semble-t-il, féroce. Mais, tout d’abord, que savez-vous de la réalité sur le terrain que nous ne connaissons qu’au travers des informations fournies par les insurgés ? Ce qui n’est pas forcément un modèle d’objectivité. Au surplus, que proposez-vous de faire ?

La Syrie, comme nombre de ces pays au Moyen-Orient, et je cite le Yémen, la Jordanie, l’Irak, le Liban, la Somalie, la Libye, et même l’Egypte –excusez-moi du peu- sont autant de pays composé de minorités, souvent de tribus à vrai dire, séparées par d’innombrables et anciennes haines intertribales et religieuses fortement enracinées . Pour la seule Syrie, la minorité alaouite au pouvoir depuis 40 ans, fédère à grand peine la majorité sunnite, mais aussi les minorités druzes, chrétiennes, kurdes, que sais-je encore.

Et vous envisagez, piqué par ce tracassin interventionniste hérité du « droit d’ingérence » du célèbre Bernard Kouchner, d’intervenir dans ce guêpier pour y rétablir sans doute la paix, l’harmonie, la concorde entre ces communautés ennemies, au prix sans doute de pertes humaines dont vous avez perdu le souvenir, comme naguère au Liban avec l’attentat du Drakkar, 58 morts, du temps de François Mitterrand (241 morts pour les Américains à Beyrouth). Certes, la tentation est grande d’aller tailler quelques croupières à l’Iran qui ne cesse de nous causer du chagrin et aussi, à quelques semaines des élections présidentielles, de faire apparaître la France, comme pour la Libye, comme l’ardent défenseur de tous les persécutés dans le monde. Cela nous vaudra bien quelques manchettes dans les journaux et une remontée, que l’on espère n’être pas trop fugace, dans les sondages du lendemain.

Mais admettons que cela ne se passe trop mal. Allez-vous vous installer là-bas pour longtemps, comme naguère au Liban, puis en Afghanistan, puis l’évacuer subrepticement, comme on l’a fait au là et ailleurs, au Vietnam, en Irak et bientôt en Afghanistan, en laissant ce malheureux pays « délivré » par les armes occidentales en proie à une guerre civile qui promet de faire passer les troubles actuels comme de paisibles manifestations ?

Laissez donc les Russes, et pourquoi pas les Chinois, se débrouiller comme ils l’entendent puisqu’ils ont la prétention de s’immiscer dans cette inextricable affaire.

Sachez, mon Cher Alain, que la meilleure politique, dans certaines circonstances, est de savoir s’abstenir et de n’intervenir que lorsque les intérêts fondamentaux du pays, la France en l’occurrence, au cas où vous l’auriez oublié, sont engagés.

En Syrie, c’est loin d’être le cas.

Et abstenez-vous, pour l’amour du Ciel, d’aller chercher conseil auprès de M. Bernard-Henry Levy, l’homme par qui la catastrophe arrive, inévitablement.

Yves-Marie Laulan

Un sommet en trompe-l’oeil de plus ?

Voilà que pour la énième fois depuis 6 mois s’est achevé depuis vendredi soir un-sommet-de-la-dernière-chance-pour-sauver-l’euro », lequel a, décidément, la vie dure.

S’agit-il, une fois de plus, de jeter « de la poudre aux yeux » des marchés et ces derniers vont-ils s’y laisser prendre ? Réponse, sans doute, dans quelques jours, ou après les Fêtes , dans quelques semaines, ou plus tard encore.
Le malheur veut que cet évènement « historique » (le moindre évènement devient historique dans la bouche de nos politiques), à savoir cette pesante réforme institutionnelle, ne règle en rien le problème du moment, celui de la dette de la zone euro, et plus précisément, des échéances toutes proches.

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La mort de Kadhafi, retour à la Barbarie ?

Il est indécent de se réjouir autour d’un cadavre, fut-il celui de votre pire ennemi. Mais cette exécution sommaire, aux allures d’assassinat, appelle bien des interrogations.
Certes, le personnage n’était guère sympathique. Rappelons la cruelle affaire des infirmières bulgares qui a longuement traîné de 1999 à 2007, les attentats de Lockerbie de décembre 1988 et du vol de l’UTA l’année suivante et de bien d’autres encore. Mais Kadhafi, terroriste repenti, avait quand même fait acte de repentance, versé des réparations et des compensations, de façon à redevenir respectable et même fréquentable aux yeux de la communauté internationale. La Libye, Etat souverain, était représentée à l’ONU et Nicolas Sarkozy n’avait pas hésité à recevoir le colonel Kadhafi à l’Elysée en visite officielle en décembre 2007.

Et c’est le moment choisi par Nicolas Sarkozy, en prenant prétexte d’une révolte intertribale inspirée par le fameux printemps arabe, pour prendre la tête, pour des raisons toujours obscures, d’une croisade improvisée contre la Libye.

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Le temps des grands dangers est-il de retour ?

Le temps des grands dangers est-il de retour ? Voilà une question qui aujourd’hui vient bien à son heure, alors que des bruits de bottes se font entendre un peu partout dans le monde – en Corée, en Afghanistan, au Moyen-Orient, en Afrique, dont la Libye. Le tableau est, pour l’immédiat, déjà bien chargé. Assistons-nous au retour de la guerre, comme le craignent certains ? Bien entendu, le pire n’est pas toujours sûr ! Mais le réalisme commande de porter le regard plus loin, sur le long terme, pour avoir une vue d’ensemble. Là, une présence s’impose, d’emblée, celle de la Chine.

Une situation mondiale grosse de conflits potentiels

Grosse d’un milliard et trois cents millions de Chinois actifs, entreprenants, de plus en plus sûrs d’eux-mêmes, voici l’« Empire du Milieu » au cœur de la problématique mondiale et sur tous les plans : au plan monétaire, c’est la guerre larvée des monnaies, yuan contre dollar ; au plan commercial, son colossal excédent condamne les partenaires de la Chine au déficit et à la stagnation ; au plan financier, les puissants investissements chinois sont partout où il ya une place stratégique à occuper : au Pirée, en Espagne, en Afrique, ailleurs ; au plan militaire, c’est une impressionnante et rapide montée en puissance qui commence à inquiéter ses voisins. Enfin la Chine rafle sur tous les points du globe où cela lui est possible, les ressources indispensables à la croissance : pétrole, matières premières, métaux rares, etc. On rencontre désormais la Chine en tout endroit de la planète, carnet de chèques en main.

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