Le retour au franc. Comment cela risque de se passer

Ca y est : on laisse l’euro et retourne au Franc.

Que va-t-il se passer ?

1° Tout dépend du contexte : retour aux monnaies nationales tous ensemble ou chacun pour soi dans le désordre ? Savamment préparé dans la concertation ou dans l’improvisation et le chaos ? Cela change tout. Tout le monde sera concerné, depuis « la veuve de Carpentras » jusqu’à Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France. Mais à des degrés divers. Trois fléaux sont à éviter dans tout changement monétaire : la pagaille, la panique et la fraude (la spéculation). Comment s’y prendre ?

2° L’affaire va se dérouler en deux temps : l’échange des pièces et des billets sur le plan interne ; puis l’ajustement aux monnaies redevenues étrangères.

Pour Mme Michu, rien de plus simple. Elle va porter ses billets en euros à la banque (ou à la Banque de France) et recevoir en échange des pièces et billets en NF(nouveaux francs) , une carte bancaire et des carnets de chèques tout neufs, cependant que ses dépôts changeront d’écriture sans qu’elle-même qu’elle s’en aperçoive (sauf au taux de change adopté, probablement 10 NF pour un euro). Elle recevra son salaire (ou sa pension) en NF qu’elle dépensera au marché de même. Et le tour est joué. Sauf si elle va à l’étranger où il lui faudra échanger ses francs aux bureaux de change de la ville ou à la frontière (comme elle le fait déjà pour la Suisse ou l’Angleterre). Ce n’est pas un monde !

Pour notre « veuve de Carpentras », épargnante, cela pourrait se passer différemment. Peut-être lui demandera-t-on de ne pas retirer ses dépôts d’un coup, mais en plusieurs fois, avec un plafond. Cela dépendra de la situation pour éviter une fuite devant la monnaie, caractérisée par des retraits massifs des dépôts en banque en cas, peu probable, de panique.

Ma boulangère fera de même, sauf qu’il lui faudra acheter une nouvelle calculette. Les banques vont s’ajuster dans l’instant : c’est leur métier. Peut-être vont-elles même recruter. Elles devront cependant changer leurs billetteries. Le métro et la SNCF aussi. Mais Achtung. Il faudra instituer dare-dare un certain contrôle des mouvements de capitaux. Sinon le petits malins (et Dieu sait les Français sont malins) s’empresseront vite fait de placer leurs épargnes à l’étranger pour les rapatrier ensuite (ou les laisser) avec un confortable bénéfice, après l’inévitable dévaluation.

3° La vraie différence, et elle est de taille, viendra plus tard. Car il faut s’attendre à une poussée d’inflation (comme pour le passage à l’euro, mais en sens inverse) limitée, on peut l’espérer, à 5 à 10 % Les commerçants seront trop contents de profiter de l’aubaine pour se refaire une petite santé. Attention aux prix alimentaires. D’autant plus que le retour à un certain contrôle des prix, hautement souhaitable, ne sera guère possible tout de suite, faute de moyens : tout a été démantelé.

Il faut s’attendre à une dévaluation assez forte pour ne pas avoir à refaire trop vite l’opération : disons 20 à 25 %. Mme Michu, grande voyageuse, aura intérêt à passer ses vacances en métropole et non à Las Végas. Mais il faut prévoir une seconde vague de hausse des prix. Car nous achèterons plus cher nos produits importés mais vendrons moins chers, donc plus facilement, nos exportations. D’où la réduction de notre déficit commercial. Donc plus de croissance et plus d’emplois (surtout pour nos jeunes), mais au prix de plus d’heures de travail moins payées : l’inverse du fameux slogan présidentiel : « travailler plus pour gagner moins ». Que de belles grèves en perspectives.

Evidemment, notre niveau de vie ne peut que se ressentir du retour de l’inflation. C’est le prix à payer pour le retour au plein emploi. Et tant pis pour nos inactifs, titulaires de revenus fixes, fonctionnaires et retraités. Ils paieront pour les autres. Cela leur apprendra.

Bonne vacances

Des statistiques torturées

Article paru dans Valeurs  Actuelles du 24 novembre 2011

« Les statistiques sont des êtres fragiles qui, à force d’être torturés, finissent par avouer tout ce que l’on veut leur faire dire ». Cette remarque amusée du grand démographe disparu, Alfred Sauvy, s’appliquerait bien à la question controversée des coûts de l’immigration. Cela se comprend. Car l’enjeu est majeur. Si l’immigration se solde par des coûts nets importants, elle est néfaste pour l’économie, surtout en période de « vaches maigres », comme maintenant. Si, à l’inverse, l’immigration présente une balance positive, les bénéfices l’emportant sur les coûts, la pensée de gauche triomphe. Car voilà ses thèses inlassablement ressassées : « les immigrés paieront pour nos retraites » ou « l’immigration, une chance pour la France »,  enfin confortées par des chiffres.

Pour ma part, j’avais organisé en 2005 avec l’Institut de Géopolitique des Populations un colloque,- le premier du genre- sur « Immigration/Intégration : Un essai d’évaluation des coûts économiques et financiers », publié  à l’Harmattan-, avec le concours d’économistes reconnus , notamment Jacques Bichot de Lyon 3 ou Gérard Lafay de Paris 2. Nos travaux avaient abouti à un coût de 36 milliards d’euros  pour l’année 2004. J’ai récemment réactualisé ces chiffres pour tenir compte, sur 7 ans, de l’inflation, de l’ immigration  et  des naissances d’origine immigrée. On obtient ainsi un chiffre situé dans une fourchette de 70 à 80 milliards d’euros, proche du déficit budgétaire d’aujourd’hui. Nos travaux ont été par la suite valorisés par un journaliste de talent,  Jean-Paul Gourevitch qui arrive, lui, à un chiffre de 30,4 milliards,  proche de celui que nous avions calculé voici 7 ans.

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Sortir de l’euro : et après ? Crise structurelle, endettement et révolution copernicienne

Les gouvernements, en Europe comme aux Etats-Unis, sont obstinément « à côté de la plaque ». Ils persistent à interpréter comme une crise conjoncturelle de courte durée ce qui, en réalité,  est une crise structurelle de long terme. Dans  de telles conditions, il ne faut s’étonner si les remèdes appliqués, de part et d’autre de l’Atlantique, avec des  plans de soutien ici, des plans de relance là bas, sont autant d’emplâtres sur une  jambe de bois. Ils ne servent rigoureusement à rien, si ce n’est à gagner un peu de temps, dans la mesure où ils ne s’attaquent  nullement aux fondements de la crise.

Expliquons-nous.

Un endettement aussi massif, aux USA comme en Europe (l’Allemagne exceptée) ne peut s’analyser que comme un déséquilibre structurel profond et durable entre l’offre et la demande.

Du côté de la demande, l’Occident a résolument choisi depuis fort longtemps, (pour d’évidentes raisons de démagogie électoraliste) de privilégier la consommation comme moteur de la croissance  au lieu de fonder aussi la croissance sur l’investissement (le modèle chinois) ou l’exportation (le modèle allemand). La démocratie n’a pas que des avantages. Le résultat ne s’est pas fait attendre : un gouffre prodigieux s’est ouvert entre les demandes d’une consommation frénétiquement dopée par le crédit et les capacités de l’économie à y répondre, d’où l’appel à l’étranger  avec un déficit commercial chronique  provoquant un endettement massif.

Du côté de l’offre, les dérives de la doctrine libérale ont imposé contre vents et marée une mondialisation tous azimuts qui a eu pour conséquence la multiplication des délocalisations à l’étranger, (Chine et Inde en étant les principaux bénéficiaires) d’où une profonde désindustrialisation  aux Etats-Unis[1] comme en Europe (sauf en Allemagne qui a su rester capable de produire les biens d’équipement dont les pays émergeants sont gourmands).

Mais tout d’abord, à quel prix pourrait-on réduire notre endettement ?

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La crise de l’euro va-t-elle casser l’Europe ?

Un beau matin du printemps 1860, sept étudiants munichois, bons alpinistes, partirent encordés tous ensemble pour tenter l’ascension d’un modeste sommet dans les Alpes suisses. Aucun ne revint. L’un d’entre eux ayant trébuché, la corde, qui devait les assurer, entraina, au contraire, les sept malheureux dans le vide. C’est l’histoire de l’euro.

Car si la Grèce n’avait pas fait partie de la zone euro, elle aurait promptement dévalué la drachme, procédé à une restructuration, avec ou sans l’aide du FMI, et l’affaire en serait restée là.

C’est ici que l’on mesure l’immense sottise de la création de l’ euro dans l’enthousiasme idéologique des années 80, comme prélude obligé à une citoyenneté européenne pleine et entière.[1]

Car, aujourd’hui, la chute de la Grèce, puis celle de l’Irlande, demain celle du Portugal peut-être suivie de l’Espagne et qui d’autre encore[2] , menace de jeter à bas tout l‘édifice européen, amitié franco allemande comprise. Beau travail en vérité.

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L’euroland, une zone hautement fragile

La crise grecque a mis en relief l’extraordinaire fragilité économique et financière de « l’euroland » et aussi de l’Europe dans son ensemble, Grande Bretagne comprise. Voici pourquoi.

Acte I La mise au monde d’un plan de stabilisation sans précédent.

A. Les chefs d’Etat européens ont fiévreusement « accouché » d’un plan de stabilisation gigantesque de l’euro de 750 milliards d’euros[1] pendant le week-end du 8/9 mai destiné à calmer la fièvre spéculative des marchés. De quoi s’agit-il au juste ?

Il s’agit, pour l’essentiel, d’une monnaie virtuelle, soyons précis, de crédits virtuels, qui n’existent pas ou du moins pas encore, sauf sur le papier, à l ‘usage des journalistes et des opérateurs du marché, à mettre en œuvre au coup par coup, selon les besoins. Il fallait frapper un grand coup médiatique pour enrayer un début de panique et c’est ce qui a été fait avec beaucoup de brio.

Ce plan se décompose de la façon suivante :

– 250 milliards promis par le FMI

– 60 milliards de la Commission (emprunts sur le marché garantis par le budget européen)

– 440 milliards d’emprunts (sur le marché des capitaux) garantis à mettre dans une « enveloppe » ad hoc à créer, le « fond de stabilisation intergouvernemental » (fond qui serait, en principe, conditionnel, à l’image des concours du FMI).

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Comment régler la crise grecque ? Quelques voies de sortie

Il n’y a pas que le volcan islandais au nom imprononçable : Eyjaföll. Un autre volcan, d’ordre financier celui-là, gronde aux flancs de l’ « Euroland » au risque de la faire exploser : la crise grecque.

I Le constat

A. Les chiffres, dans leur aridité, révèlent l’ampleur de la crise et la très grande difficulté à la juguler sans de graves dommages collatéraux.

– déficit public : 13,6 % du PNB (rappelons que les critères de Maastricht imposaient 3 %)

– dette publique : 273 milliards d’euros, soit 115 % du PNB

– intérêts de la dette (sur 5 ans) :97 milliards d’euros

– prêts venant à échéance dans les 12 prochains mois : 40 milliards d’euros

– taux d’intérêt exigés par les marchés : près de 10 %(3,5 % pour l’Allemagne)

– cerise sur le gâteau, les engagements publics au titre des retraites représentent 9 fois le montant du PNB.

B. En face de ce bilan de faillite virtuelle, l’Europe et le FMI proposent une aide (sous forme de prêts bilatéraux, faute de ressources pour la Banque centrale européene, « banque croupion » s’il en fût ) de 45 milliards d’euros, dont 15 du FMI ( et 8,4 fournis par l’Allemagne, le plus gros et plus exigeant contributeur). Mais on se contentera d’observer que ce modique viatique suffirait à couvrir à peine les prêts venant à échéance dans l’année qui vient et la moitié des intérêts venant à courir dans les 5 prochaines années. C’est un cas d’école de trop peu et trop tard devant une urgence.

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Comment la France a traversé la crise

Il est permis de considérer que, somme toute, la France s’en est assez bien tirée (en comparaison des Etats-Unis, de l’Espagne, la Grèce, l’Italie, et même de l’Allemagne).

Comment cela a-t-il été rendu possible ?

1°Il faut saluer une assez bonne gestion de la crise par le gouvernement lequel a, très tôt, compris la gravité du problème et pris un certain nombre de mesures opportunes (soutien de l’Etat aux banques, nomination d’un « médiateur » du crédit aux entreprises, lequel  aurait « sauvé » 150 000 emplois, plan de relance du 5 décembre 2009 de 26 milliards d’euros sur deux ans, généreuse augmentation du déficit public pour soutenir la demande, le logement et l’emploi, etc.)

2°Mais il faut aussi bien voir que la France a été protégée de la crise par la structure même de son économie :

-étant moins dépendante des exportations, elle  a moins souffert que l’Allemagne des fluctuations des marchés extérieurs,

-à l’inverse de l’Espagne et de l’Irlande, son économie est moins liée à la construction et au tourisme,

-au contraire de la Grande Bretagne,  elle n’a pas tout misé sur les services financiers.

3°Au surplus, la France a tiré avantage  de ses faiblesses : avec 54 % du PNB pour la dépense publique (les fonctionnaires représentent 25% de l’emploi ; à cela s’ajoute le secteur social : retraites,  santé et indemnisation du chômage), la France a pleinement  bénéficié de ce que les économistes  appellent,  dans leur jargon, les « amortisseurs  automatiques », même en l’absence de toute intervention de l’Etat.

La France est-elle pour autant tirée d’affaire ? Hélas non, et il est trop tôt pour se réjouir. Car l’économie française est en état de faux équilibre. Voilà que resurgissent les vieux démons du passé que sont un déficit public devenu quasi chronique, un endettement « à l’ italienne », et peut-être , pour plus tard, le grand retour de l’inflation. Sans compter un chômage qui ne se résorbe pas.

En effet, comment ne pas se préoccuper de ce que :

-le déficit public sera, sans doute, à 8,2 % du PNB en 2010 (il devrait être  à 3,5 % selon les normes européennes)

-l’endettement public était de 22 % du PNB sous François Mitterrand en 1981 ; il était passé à 64 % en 2007 ; il est prévu à 81,5 % en 1010.

L’inquiétant est que la moitié au moins de ce déficit n’est pas conjoncturel mais structurel : insuffisance de l’effort fiscal[1], déficit chronique de la Sécu, pensions et retraites. Or ces dépenses sont quasiment incompressibles sans de profondes réformes (politiquement insupportables, comme on le voit en Grèce).

En conséquence, deux conclusions s’imposent : depuis 30 ans, c’est l’endettement public qui a nourri la croissance et l’économie sociale. La France a vécu au dessus de ses moyens (productivité trop faible,  investissements inadéquats, durée du travail insuffisante[2], etc. etc.)

S’il n’y est pas promptement remédié, la France risque de se retrouver bientôt dans la même catégorie que la Grèce, l’Italie, le Portugal, bref , les « mauvais élèves de la classe européenne ». Or  l’Allemagne ne pourra (et ne voudra surement pas) porter seule, tel Atlas, le poids d’une Europe défaillante (dont la France au premier chef).[3]

Conclusions. Elles ne sont pas forcément réjouissantes.

La France ne pourra pas faire l’économie d’un effort fiscal considérable associé au relèvement des impôts et  des charges sociales, ce qui va inévitablement provoquer une stagnation (ou la baisse ) du  niveau de vie, un vif mécontentement de la population et des troubles sociaux plus ou moins accentués. Dans un deuxième temps, l’Etat devra, sous contrainte, réformer le système des prestations de retraites et des dépenses de santé  qui pèsent lourdement sur les finances publiques.

C’est que le secteur social -qui fait l’admiration de Paul Krugman-[4], a largement rongé de l’intérieur, et cela depuis des années, la substance économique de la France (et l’effort de défense !). Si bien que, si rien n’y est porté remède,  il est fortement à craindre que, avec le vieillissement de la population dans les prochaines années, l’Etat n’en soit réduit à se contenter de financer au jour le jour les dépenses de fonctionnement de l’économie française Il risque même d’être contraint, faute de ressources,  de renoncer à tout programme public de grande envergure, ceux  qui avaient fait  la  modernisation, -et la force-,  de notre  économie dans le passé (programme nucléaire ; plan téléphone ; autoroutes ; TGV etc.)[5].


[1] Le produit de l’impôt est tombé d’environ 46  milliards d’euros, le tiers du déficit actuel.

[2] Avec une pensée émue pour Madame Aubry qui a plus fait pour augmenter les inégalités en France que 100 ans de libéralisme « sauvage ».

[3] Il faut se rappeler l’épisode oublié du gouvernement Juppé frappé, déjà, de suspicion légitime par les  marchés en juillet 1995, et contraint de virer de bord à toute allure pour éviter la débâcle. Mais, à l’époque, la France n’était pas dans l’euro.

[4] Economiste américain prix Nobel d’économie

[5] On notera, sans joie, que les Etats-Unis sont logés à la même enseigne avec le renoncement par l’Administration Obama du grand programme spatial vers la Lune ou Mars.