Lettre ouverte à M. Barbier, directeur de l’Express, sur l’immigration

Paris, le 22 décembre 2012

Monsieur Christophe Barbier
Directeur
L’Express

Cher Monsieur,

Vous savez l’estime que je vous porte, depuis toujours. Aussi ai-je été extrêmement surpris de prendre connaissance du dernier numéro de l’Express consacré aux « coûts de l’immigration » et notamment à votre éditorial de ce même numéro.

Pour simplifier, vous développez deux idées, à dire vrai qui ne sont pas neuves, car la gauche, dont vous êtes le porte parole, ne cesse de les ressasser inlassablement depuis 30 ans, à savoir :

1° Les immigrés rapportent plus qu’ils ne coûtent.

2° Grâce à l’immigration, la France pourra tenir tête à l’Allemagne, et même l’emporter sur notre rivale de toujours.

La démonstration est éblouissante. Le malheur veut qu’elle n’a ni queue ni tête car fondée sur des éléments faux, incomplets, tronqués, ou déformés. Excusez-moi du peu.
Cela s’appelle, en bon français, de la désinformation comme le pratiquaient jadis certains régimes autoritaires de sinistre mémoire dont vous vous souvenez peut-être.

Reprenons votre démonstration, point par point. Ici, le modeste lecteur de l’Express que je suis, car je n’ai pas ni votre formation intellectuelle, ni votre vaste expérience des problèmes démographiques (voir cependant mon CV ci-joint), ne peut s’empêcher de penser que vous avez commis deux erreurs majeures, en fait, peu dignes de la direction d’un grand hebdomadaire comme l’Express.

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Pour une politique migratoire de survie, pour une droite réunie

Pour une politique de redressement démographique

La France est en guerre, une guerre démographique bien sûr, une guerre que nous sommes en train de perdre, par aveuglement, par sottise, par idéologie, par lâcheté surtout. En telle enseigne que dans 20 ou 30 ans, la France, telle que nous la connaissons, n’existera plus. C’est dire à quel point ces problèmes d’immigration sont d’une importance vitale pour la survie même de notre pays. Et tout le reste est littérature.

Dans ce contexte, quelle pourrait être une politique d’immigration de survie ?

Immigration et politique migratoire de nos jours.

C’est le phénomène par lequel des populations étrangères, ou d’origine étrangère, envahissent progressivement, pacifiquement, mais en masse, de l’intérieur ou de l’extérieur, un territoire pour être en mesure de s’en assurer, à terme, le contrôle. Il suffit de lire les diverses déclarations des responsables de ces communautés pour en prendre conscience. Le message est clair.

En corollaire, une politique d’immigration est celle qui permet à un parti politique, en l’occurrence le parti socialiste, de s’emparer du pouvoir de façon parfaitement légale par le biais du processus électoral, pour être en position de le garder à perpétuité. Quitte à jouer le rôle de l’apprenti sorcier.

En matière d’immigration, pour faire simple, deux démarches sont concevables C’est plus ou moins le laisser faire, le laisser aller, la politique du « chien crevé au fil de l’eau ». On a déjà reconnu la politique de Nicolas Sarkosy : on expulse à grand coups de trompe deux malheureux Afghans (à un coût de 10 000 euros par tête), mais on laisse rentrer quasiment sans contrôle environ 250 000 personnes par an, clandestins compris.

Ou alors, on institue des mécanismes de contrôle à fois quantitatifs et qualitatifs qui permettent de réguler plus ou moins bien le volume et la qualité culturelle de la population étrangère admise sur le territoire en fonction des besoins de l’économie et du maintien d’un équilibre démographique relatif. C’est la politique du Canada, de la Nouvelle Zélande, de l’Australie.

En France, on ne sera pas surpris de savoir que nous avons fabriqué, -le génie français pour la fabrication d’usines à gaz -, un système bâtard qui mélange à la fois certains contrôles administratifs largement inefficaces d’ailleurs, pour le droit d’asile par exemple, mais surtout des droits automatiques à caractère légal, ou institutionnels, désormais coulés dans le bronze, le regroupement familial, l’immigration nuptiale, catégories pour lesquelles il n’existe véritablement aucuns contrôles quantitatifs. Si demain il venait fantaisie à un grand nombre d’Algériens français nouvellement naturalisés d’aller « se marier au bled », rien ne pourrait les empêcher le plus légalement du monde de ramener en France leurs nouvelles épousées qui auraient, bien sûr, vocation, à devenir françaises, et donc électrices, quelques années après. Et l’on peut aisément deviner dans quel sens elles vont alors voter. Il suffit d’analyser les résultats des dernières élections présidentielles, et législatives, où les populations d’origine immigrée, souvent à majorité musulmane, ont massivement voté à gauche, à plus de 80 %.

Ce qui amène à affirmer avec force que l’immigration n’est nullement une démarche humanitaire, comme on s’acharne sottement à le proclamer, ni une démarche économique, avec plus de 3 millions de chômeurs, c’est une évidence. Il s’agit bel et bien d’une démarche politique délibérée qui vise à chasser durablement la Droite du pouvoir et de permettre à la gauche de se constituer, aux frais du contribuable, une forteresse électorale quasi inexpugnable, c’est-à-dire d’assurer à la Gauche la capacité de s’emparer du pouvoir et le conserver pour longtemps, très longtemps. Avec, au passage, le mort de notre pays. Mais quel homme politique s’en soucie vraiment?

Dès lors, il reste aux droites, le choix difficile, mais vital, de s’unir pour survivre ensemble ou de mourir chacune de son côté.
Dans ce contexte, quelle politique pourrait permettre de rassembler ces droites diverses, aux contours fuyants, autour d’une politique d’immigration de survie démographique et politique?

D’abord les chiffres

En matière d’immigration, quelles sont les grandes masses, celles qui font véritablement problème ?

– l’immigration familiale : 82 235 titres de séjour mais 98 646 en 2006.En fait, au cours des cinq années sarkoziennes, l’immigration familiale a oscillé d’année en année entre 85 000 et 87 000 titres de séjour

– l’immigration nuptiale. Tout de suite après, le deuxième poste migratoire le plus important est l’immigration nuptiale avec 46 661 personnes en 2010 mais 50 350 en 2006. Là encore, cette catégorie a varié entre 47000 / 48 000 personnes par an.

Ces deux masses, à elles seules, représentent près des deux tiers des flux migratoires annuels.

Le reste, en comparaison, fait pâle figure. Les demandes d’aile certes s’élèvent à 41 619 en 2010 mais sur ce total 10 377 seulement sont agrées. Mais là attention. Car il est bien connu qu’en majorité, les demandeurs non acceptés disparaissent instantanément dans la nature et gonflent d’autant le nombre des « sans papiers ». D’autant plus que la République, bonne mère, accorde sans discrimination la gratuité des soins de santé, grâce à la CMUC, plus de 220 000 de bénéficiaires par an, sans compter la scolarité gratuite pour les enfants et des allocations de séjour pour les parents par l’ATA, l’allocation temporaire d’attente (un beau pléonasme administratif au passage). Qui voudrait s’en retourner au pays, avec ou sans papiers, dans de telles conditions ?

C’est une des formes de l’immigration clandestine et non des moindres. Car, pour 2010, 52 000 moins 10 000 donne environ 40 000. Ce qui explique pourquoi l’Etat chaque année régularise plus ou moins discrètement environ 30 000 clandestins. De toute façon, plus de 80 % des arrêtés de reconduite à la frontière ne sont pas exécutés.

Pour être complet, il faudrait ajouter :

– l’immigration dite humanitaire, qui tourne autour de 20 000 par an et les titres de séjour des étudiants étrangers, proche de 60 000

– et, ce que l’on oublie toujours, l’immigration Outre-mer, antichambre de l’immigration en métropole, qui nourrit une population illégale estimée à 110 00 personnes

– à ce total il faut ajouter l’immigration de travail qui varie de 10 à18 000 par an, laquelle va bientôt s’enrichir de quelques dizaines de milliers de « Gens du Voyage » qu’il importe d’insérer sur le marché du travail.

Nous arrivons bien au total à un chiffre égal ou supérieur à 250 000 immigrés.

Mais ce torrent migratoire nourrit directement, ne l’oublions pas, les naturalisations, celles qui augmentent le volume des nouveaux électeurs, de gauche en majorité.

Là encore, rappelons les chiffres. Ils sont éloquents. ils concernent trois catégories :

– les naturalisations par décrets, soit 94 573 en 2010,

– les naturalisations par déclaration auprès du ministère de l’Intérieur, soit 21 923 en majorité par mariage comme on l’a vu,

– les acquisition par déclaration auprès du ministère de la Justice, soit 26 779. Il s’agit pour l’essentiel d’étrangers nés en France

Nous arrivons ainsi à un total de 143 275 de nouveaux électeurs effectifs ou potentiels qui vont peser sur la balance des élections. Mais les décisions annoncées par la ministre de l’Intérieur laissent entrevoir que ce total sera prochainement porté à un niveau supérieur.

Un calcul rapide montre ainsi montre ainsi que, sur 5 ans, le temps d’un mandat présidentiel, en additionnant le croît naturel des populations immigrées et l’arrivée des nouveaux venus, l’heureux élu socialiste peut espérer accroître son capital électoral d’environ 12 %, et cela sans rien faire d’autre que d’ouvrir un peu plus largement les frontières de la France.

Il n’est guère surprenant dans ces conditions que la France étouffe littéralement sous le poids des dépenses sociales et du chômage qui en découle. Le coût de l’immigration a été estimé par l’Institut de Géopolitique des Populations à plus 73 milliards par an. Dans ces conditions, la réduction puis la suppression du déficit budgétaire n’est pas pour demain. Le rêve passe.

Voilà le défi auquel les Droites réunies seront confrontées pour élaborer une politique de survie électorale et politique.

Quels pourraient être les objectifs d’une telle politique ?

Le but d’une véritable politique de contrôle de l’immigration susceptible de rallier les suffrages d’une droite rassemblée, d’une droite au sens large du terme, allant du Front national au centre, UMP comprise, devrait être celle qui permettrait d’assurer la survie de la France, pour longtemps, sinon pour toujours, en terme d’identité nationale, d’identité culturelle mais aussi de sécurité intérieure, de progrès économique, de cohésion sociale. C’est cette France-là qui est compromise par une immigration massive et bien trop rapide. Car une intégration réclame du temps pour réussir. Sinon, c’est le chaos.

Cette politique de survie devrait se décliner nécessairement en termes quantitatifs et qualitatifs. Car c’est toujours le nombre qui, en fin de compte, fait problème. Mais à quel chiffre arrêter le curseur ? Le Front national, jadis, avec nostalgie parlait d’un objectif d’immigration zéro. Plus près de nous, Henri de Lesquen, président de Radio Courtoisie. rappelait les prophéties d’un grand Anglais, Enoch Powell, lequel appelait de ses vœux une ré immigration qui aurait permis selon lui, de ramener la part des étrangers dans la population britannique, à des proportions plus raisonnables. On peut toujours rêver.

Alors faut-il déterminer le chiffre optimal à l’aveuglette, comme on joue à la roulette ?

Il importe impérativement de s’appuyer sur un « guideline », un repère si l’on préfère. On peut le trouver dans les travaux antérieurs de Philippe Bourcier de Carbon. Ce dernier à l’occasion d’un précédent colloque en 2008, avait procédé à un certain nombre de projections sur le thème : « que se passera-t-il si les flux migratoires en provenance de Turquie, d’Afrique noire et du Maghreb, sont maintenus à 200 000 par an, ou s’ils sont ramenés à un chiffre inférieur ? »
Il serait fastidieux d’entrer dans le détail de ces calculs, fort remarquables par ailleurs. Il en ressort, et on s’en doutait un peu, qu’à un chiffre de 200 000 par an, la France sera promptement noyée, submergée, engloutie irrémédiablement sous le flux de ces immigrés venus d’ailleurs, mais majoritairement musulmans ou sous l’influence ne serait-ce que culturelle de l’Islam. On voit d’ailleurs déjà ce que cela donne dans certains quartiers ou certaines villes.
Par contre, toujours selon la même source, si l’immigration était ramenée à 100 00 personnes par an, la France devrait pouvoir survivre tant bien que mal, au moins pour un certain temps.

Bien sûr, les problèmes d’intégration subsisteraient. Il n’y a pas de miracle. Mais la France devrait normalement se montrer être capable d’assimiler cet afflux de population, pour autant que la proportion d’étrangers hors UE soit stabilisée à un niveau raisonnable. Il faut savoir donner du temps au temps, comme François Mitterrand aimait à le rappeler. Au-delà, elle dépérira puis elle mourra.

Ce chiffre de 100 000 immigrés hors UE par an devrait donc être le point de départ des négociations à entreprendre pour l’élaboration d’une politique de compromis avec les divers partenaires d’une future droite plurielle.

Les moyens

Mais comment y parvenir ? C’est là que le bât blesse. Car dans l’état actuel de notre arsenal législatif et règlementaire, cet objectif est rigoureusement impossible à atteindre
Il faudra donc nécessairement réécrire le décret Giscard / Chirac de juillet 1994 portant institution du regroupement familial et soumettre à des conditions plus rigoureuses le droit au mariage des Français avec des étrangers. Ce qui ne sera pas une mince affaire. Car à l’heure des divorces en masse, du PACS et bientôt du mariage « joyeux » (le mariage gay), les membres du Conseil constitutionnel persistent à prêter religieusement au mariage un caractère institutionnel quasi magique. Quelle pantalonnade. Ce qui en fait néanmoins un boulevard pour l’entrée en France d’une masse croissante de nouveaux mariés pour l’occasion.
De plus, il conviendrait de renforcer considérablement les conditions d’accession à la nationalité, pour les immigrés certes, aussi pour les jeunes nés sur le sol français Ces conditions devraient être subordonnées à une parfaite connaissance de la langue, de l’histoire, de la culture de notre pays, comme c’est le cas au Canada, par une série d’examens échelonnés dans le temps. Emmanuel Valls se prose de faire exactement tout le contraire. Ce n’est pas un hasard.

L’immigration intérieure

Mais ce n’est pas tout. Le contrôle de l’immigration comporte en fait deux volets : l’immigration venue de l’extérieur, comme on vient de le voir, et l’immigration intérieure, de loin la plus importante, celle qui est née sur notre sol.
Il s’agit des jeunes nés de l’immigration, ceux de la deuxième et troisième génération, ceux qui font problème, les jeunes désoeuvrés de nos cités, ceux d’Echirolles ou d’ailleurs, les Merah connus ou inconnus qui se dissimulent avant de frapper. Car il faut savoir qu’aujourd’hui un enfant sur 4 ou 5 nés sur le sol français est d’origine étrangère, c’est à dire majoritairement africaine ou maghrébine et souvent musulmane. Or les vieux sont chez nous et les « Jeunes » de l’autre côté. Autrement dit, maîtriser l’immigration de l’extérieur est bien, mais cela ne règle qu’en partie le problème. Inutile de fermer partiellement un robinet si à côté un autre reste largement ouvert
Cette l’immigration intérieure, celle que l’on ne maîtrise absolument pas, provient de populations à la fécondité deux ou trois supérieure à la nôtre. En 2008 ils représentaient 165 000 naissances sur une totale de 810 000 naissances. Ils doivent aujourd’hui représenter quelques 180 000 naissances sur un total de naissances de 800 000.

Le drame de la France est de réunir des populations ayant un comportement démographique et culturel totalement opposé. D’un côté, il y a les Françaises, qui constituent une population post « transition», comme les démographes aiment à le dire, à fécondité apaisée, tournant autour de 1,6 enfant par femme. De l’autre se trouvent des populations avant transition, à fécondité forte ou très forte, allant de 2,7 à 4,2 enfants par femme dans les cas extrêmes. Le résultat de ce taux différentiel est clair. Le premier groupe tend à s’amenuiser d’année en année alors que le deuxième ne cesse de croître. Ce qui, à terme, ne peut manquer d’engendrer de graves troubles sociaux. Il importe de rééquilibrer ces deux groupes.

Ici il n’existe qu’un seul moyen de maîtriser cette immigration intérieure de façon à inciter ces familles à rejoindre les taux de fécondité de l’ensemble de la population : limiter sévèrement les allocations familiales aux familles, quelle que soit leur origine, qui dopent artificiellement leur fécondité. Ces allocations seraient réservées au 1+ et 2° enfants et rien, ou pratiquement rien, au-delà.

Pour couronner ce dispositif de redressement démographique, on ne peut manquer de prendre en compte la loi Simone Veil/Roudy. Cette loi avait hypocritement pour objet de supprimer les avortements. Sancta simplicitas. Le nombre des avortements cavalcade allègrement entre 200000 et 250 000 par an selon les années. Mais, grâce à Dieu, Simone Veil trône honorablement à l’Académie française en récompense des bons et loyaux services rendus à la nation.

Quoiqu’il en soit, si l’on veut faire sérieux, une politique de survie ne pourra laisser cette loi de « suicide démographique » inchangée.

Quelles sont les chances de voir un jour cette politique de survie adoptée ? Chacun pourra en juger par lui-même. Mais son indice de probabilité est sans doute égal à celui qui calculerait la probabilité de voir François Hollande gravir l’Everest en solitaire, sans bouteille d’oxygène.

Quoi qu’il en soit, la France vit clairement sur un volcan démographique. Et elle ne le sait pas. Et, plus précisément, ne veut pas le savoir. Mais ce volcan va tôt ou tard entrer en éruption.

Les coûts macro économiques de l’immigration

Introduction

A côté des coûts budgétaires, que l’on pourrait qualifier de micro économiques, bien caractérisés par des écritures comptables inscrites dans un budget -ce qu’ont fait avec talent les intervenants précédents- on peut identifier des coûts macro économiques, diffus, quasi invisibles car noyés dans la masse, qui se reflètent dans les agrégats macro économiques de la France ou dans la comptabilité nationale. Mais qui existent bien quand même.

Les immigrés constituent désormais un segment important de la population française, soit 12,6 % de la population totale Or, quand une large partie de la population change sous l’effet d’une immigration rapide, intense et prolongée, -c’est le cas de la France-, on peut imaginer aisément que cette nouvelle population d’immigrés, et de leurs descendants, va exercer une influence significative d’une part, sur les divers agrégats macro-économiques : Consommation, Epargne, Investissement, qui constituent le produit national, et d’autre part, sur les grands équilibres économiques qui conditionnent son évolution : endettement, chômage, niveau des salaires, productivité ; sans compter le coût des biens sociaux majeurs que sont la santé, l’éducation et le logement. Lire la suite

Des statistiques torturées

Article paru dans Valeurs  Actuelles du 24 novembre 2011

« Les statistiques sont des êtres fragiles qui, à force d’être torturés, finissent par avouer tout ce que l’on veut leur faire dire ». Cette remarque amusée du grand démographe disparu, Alfred Sauvy, s’appliquerait bien à la question controversée des coûts de l’immigration. Cela se comprend. Car l’enjeu est majeur. Si l’immigration se solde par des coûts nets importants, elle est néfaste pour l’économie, surtout en période de « vaches maigres », comme maintenant. Si, à l’inverse, l’immigration présente une balance positive, les bénéfices l’emportant sur les coûts, la pensée de gauche triomphe. Car voilà ses thèses inlassablement ressassées : « les immigrés paieront pour nos retraites » ou « l’immigration, une chance pour la France »,  enfin confortées par des chiffres.

Pour ma part, j’avais organisé en 2005 avec l’Institut de Géopolitique des Populations un colloque,- le premier du genre- sur « Immigration/Intégration : Un essai d’évaluation des coûts économiques et financiers », publié  à l’Harmattan-, avec le concours d’économistes reconnus , notamment Jacques Bichot de Lyon 3 ou Gérard Lafay de Paris 2. Nos travaux avaient abouti à un coût de 36 milliards d’euros  pour l’année 2004. J’ai récemment réactualisé ces chiffres pour tenir compte, sur 7 ans, de l’inflation, de l’ immigration  et  des naissances d’origine immigrée. On obtient ainsi un chiffre situé dans une fourchette de 70 à 80 milliards d’euros, proche du déficit budgétaire d’aujourd’hui. Nos travaux ont été par la suite valorisés par un journaliste de talent,  Jean-Paul Gourevitch qui arrive, lui, à un chiffre de 30,4 milliards,  proche de celui que nous avions calculé voici 7 ans.

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Hommes et territoire

Avec la mondialisation et la construction de l’Europe couronnée par la mise en place de l’espace de Schengen, notre époque a eu tendance, avec une grande légèreté, à faire fi de la notion de frontière, voire à la vouer aux oubliettes de l’histoire. Les frontières ne sont plus désormais considérées comme la limite sacrée qui borne et marque le sol de la patrie. Elles apparaitraient plutôt une entrave indésirable, ou même insupportable, à la liberté de mouvements, des marchandises, des capitaux et, naturellement, des hommes, d’où les flux migratoires de notre temps.

Or la frontière définit un territoire, et les hommes qui y vivent, par opposition à ceux, les candidats à l’immigration, qui, nés ailleurs, veulent y pénétrer pour s’y installer à demeure, de gré ou de force. On est ici en présence d’un sujet gravissime. Il est au cœur de la problématique qui se pose en ce début de siècle à la France, à l’Europe et à la Russie. Il soulève, en effet, le problème fondamental de la légitimité de l’occupation d’un territoire par des hommes et de leur capacité à le défendre pour pouvoir y vivre paisiblement.

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Inverser les flux migratoires ?

Un homme politique britannique fort connu, Enoch Powell, l’a, en effet, proposé, voici plus de 40 ans, dans un discours prononcé à Birmingham le 20 avril 1968, rendu fameux par la presse d’Outre-Manche, sous le sobriquet du discours « des fleuves de sang ». En réalité, l’orateur, latiniste érudit, faisait ici allusion aux prophéties de la Sybille, tirée de l’Enéïde de Virgile, sur le « Tibre écumant de sang ». Il voulait, par cette expression frappante, qui ne pouvait guère passer inaperçue, attirer l’attention sur les dangers terribles à attendre de l’immigration, de l’époque…Sa carrière politique fut naturellement brisée incontinent. La recherche de la vérité, et le courage, ont toujours un prix à payer en politique.

Il vaut la peine de citer, non pas le discours en entier, mais les trois points qui nous intéressent ici.

a) Nul n’est en mesure d’estimer le nombre de ceux qui, moyennant une aide généreuse, choisiraient soit de retourner dans leur pays d’origine, soit d’aller dans d’autres pays désireux de recevoir la main-d’oeuvre et le savoir-faire qu’ils représentent.

b) Nul ne le sait, car on n’a jamais essayé un tel programme, jusqu’à présent.

c) Si un tel programme était adopté et mis en oeuvre, avec la détermination que justifie la gravité de la situation, les flux sortants qui en résulteraient pourraient sensiblement modifier les perspectives
Mais avant d’évaluer les chances de réussite de « l’aide au retour », car c’est bien de cela qu’il s’agit, voyons comment se présentent à travers l’histoire les allers et retours de communautés immigrées ou déplacées.

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Les coûts actualisés de l’immigration

Marine Le Pen aurait, m’a-t-on dit, évoqué récemment le chiffre des coûts de l’immigration. Le colloque de l’Institut de Géopolitique des Populations avait, faut-il le rappeler, estimé ce chiffre à cette époque, à 36 milliards d’euros. Mais avant de l’actualiser, il convient de rappeler les chiffres de l’immigration légale.

1° L’immigration légale, selon Maxime Tandonnet, s’élevait à une moyenne de 209 000 personnes par an entre 2001 et 2004

Le coût de l’immigration et de l’intégration

I Sachant que :

1- le coût annuel de l’immigration et de l’intégration est aujourd’hui d’environ 70 à 80 milliards d’euros (voir en annexe les chiffres du colloque de l’IGP de 2005, repris par diverses sources depuis lors, qui estimait –p.92- le coût minimum à l’époque à 36 milliards),
2- que la population d’origine immigrée atteint environ 7 à 8 millions de personnes,
3- qu’il rentre environ 250 000 immigrés supplémentaires chaque année dans notre pays.

II La question est alors de savoir :

1° Combien coûte l’immigré supplémentaire qui rentre en France
2° Combien coûtent les 250 000 immigrés annuels.

III La réponse à la question ainsi posée est évidement :

– coût annuel de l’immigré supplémentaire : 10 000 euros
– coût annuel de l’immigration supplémentaire à son rythme actuel : 2,5 milliards.

On a supposé ici que le coût marginal était équivalent au coût marginal.

A l’heure où le déficit budgétaire « flirte » avec 90 milliards d’euros et où le gouvernement cherche désespérément à « gratter » ici et là quelques milliards d’euros pour ne pas voir la France perdre son « triple A ») (ce qui provoquerait dans l’instant un gonflement prodigieux du coût de la dette), cette question n’est pas dépourvue d’un certain intérêt.
En fait, tout se passe come si les gouvernements successifs avaient pris le parti de financer le coût d’installation de ces populations en France par l’endettement plutôt que par l’impôt.

Reste à calculer les recettes procurées par les immigrés et leurs descendants en termes de recettes budgétaires et de production de biens et de services qui sont certainement non négligeables, bien que fort délicates à apprécier.

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La vérité sur la fécondité en France en 2010

Le 19 janvier 2011, le très sérieux Figaro publiait en première page, illustrée par 9 adorables nourrissons blancs :
– qu’avec 830 000 naissances en 2010, la fécondité est à un niveau record (plus de 2 01 enfant par femme), du jamais vu depuis 35 ans,
– la France compte 65 millions d’habitants, plus que la Grande Bretagne,
– les mères d’origine étrangère ne contribuent que faiblement à ce chiffre, soit 0, 02 % ou encore
16 000 naissances.

Nous voilà rassurés et la France porte bien sur le plan démographique, à ceci près que :
– sans les DTOM, la France métropolitaine ne compte que 63 million d’habitants, autant, mais pas plus que la Grande Bretagne. Dont acte.
– faute de recensement (supprimé en 2002 par Lionel Jospin et Jacques Chirac), la population française n’est connue que de façon approximative, sous-estimée d’environ 2 à 3 millions de personnes, si bien le chiffre de la fécondité est, lui-même son tour, une approximation surestimée de l’ordre de 5 %. Ceci étant, il faut souligner que la fécondité moyenne française est fortement relevée par la fécondité des ménages d’origine immigrée que l’on estime généralement au double de celle de la population autochtone en métropole.
– le chiffre de 16 000 naissances d’origine étrangère calculé par l’INSEE est à rapprocher du chiffre, plus significatif, de 150 000 naissances métropolitaines en 2010 issues de la population des ménages immigrés en métropole originaires du Maghreb, d’Afrique noire ou de Turquie observée au recensement exhaustif de 1999, soit de l’ordre de près d’une naissance sur cinq mise au monde en France métropolitaine.

Sinon, comment expliquer que, selon Michelle Tribalat, Directeur de Recherches à l’INED, en 2005 37 % des Jeunes de moins de 20 ans en Ile-de-France sont d’origine étrangère(hors Union européenne), 18,1 % pour la France métropolitaine ? Sont-ils tombés du ciel ou nés dans des choux ?
En fait, tout se passe comme si l’Insee (et l’Ined), avec la complicité bienveillante du gouvernement et de la presse, avaient honte de faire connaître à l’opinion publique la part croissante des communautés d’origine immigrée dans la fécondité, la natalité et la population dans son ensemble.

Ou alors, peut-être cherchent-ils délibérément à la tromper.

L’Europe trahie par ses « élites » (ou « comment en est-on arrivé là ? »)

L’Europe entière connaît un profond malaise, bien antérieur à l’actuelle crise économique, largement lié à la présence de minorités de plus en plus présentes et bien déterminées à s’affirmer par tous les moyens au sein des populations d’origine. Ce problème dépasse largement celui de la présence africaine en Europe, même si elle en constitue un des aspects les plus visibles.

Il porte sur le désarroi d’une soi-disant élite intellectuelle européenne, bureaucrates, essayistes, journalistes, enseignants, hommes politiques et philosophes de tout poil, qui projettent sur l’Europe toute entière leur désarroi et leur vide intérieur. C’est bien cette « élite » qui doute d’elle-même, de son identité, de son histoire, et, en fin de compte, de son propre destin, qui a construit le naufrage européen des trente dernières années.

Ce désarroi se focalise aujourd’hui sur le phénomène le plus visible qui est celui de l’immigration, notamment en provenance d’Afrique noire, qui n’en est pourtant, à tout prendre, que le prolégomène[3].

Car l’Europe, repue et rassasiée d’une longue croissance quasi ininterrompue, sûre d’elle-même, de sa sécurité interne et externe, s’était voulue pendant plus de trente ans ouverte à tous les courants du monde et dispensatrice d’un message généreux à l’usage de l’humanité toute entière.

Elle s’était voulue accueillante sur son sol à tous, sans distinction de race, de religion, de coutumes ou de mœurs, convaincue qu’elle était de son invulnérabilité culturelle et de sa capacité à absorber sans heurts ni frictions ces populations hétérogènes venues des coins les plus reculés de la planète. Au demeurant, le Nouveau Monde n’était-il pas là pour faire la leçon à l’Ancien et lui donner le secret magique d’une intégration réussie et porteuse de bonheur, de puissance et de prospérité ?

Allant plus loin sur le chemin du renoncement, l’Europe avait prétendu forger une nouvelle identité sur les décombres des sociétés et des nations qui la composent.

Elle a été victime d’une prodigieuse naïveté sciemment entretenue par ses élites ignares et amplifiée par des médias complaisants sur les bienfaits supposés d’une immigration de masse destinée à combler le déficit des naissances, payer les retraites et sauver la croissance, tout en réalisant une coexistence heureuse entre autochtones et allochtones[4].

Le réveil sera cruel. Car l’Europe se réveille de ce long sommeil onirique profondément menacée de l’intérieur et sans doute bientôt de l’extérieur. Tant il est vrai « qu’aucune civilisation n’est détruite du dehors sans s’être tout d’abord ruinée elle-même, aucun empire n’est conquis de l’extérieur, qu’il ne se soit préalablement suicidé… Une société, une civilisation ne se détruisent de leurs propres mains que lorsque elles ont cessé de comprendre leurs raisons d’être »[5].

 

*

 

 

La « trahison des clercs » et l’idéologie dominante

Comment l’Europe en est-elle arrivée là ? Gramsci a montré le chemin en démontrant comment une idéologie dominante peut littéralement transformer une société de l’intérieur. Il faut donc dénombrer les courants complexes qui ont constitué l’idéologique dominante des trente dernières années en Europe avant d’explorer les mécanismes de propagation de cette idéologie dans l’ensemble de la population.

Schématiquement, on peut en identifier trois principaux : la haine de soi ou le rejet de son identité propre ; la croyance dans le caractère universel des valeurs de l’Occident ; et, ce qui en constitue le fer de lance, la religion des droits de l’homme, l’arme incapacitante par excellence, qui permet de pénétrer par effraction dans tous les systèmes de défense sociaux érigés par la société pour sa survie. Ces courants s’entremêlent en se renforçant mutuellement, la haine de soi nourrissant et justifiant l’universalisme.

 

La haine de soi

Elle est magnifiquement illustrée par un texte de Jacques Attali publié dans Le Monde en date de 1997 sous le titre de « Géopolitique de l’immigration ». Le jeune conseiller d’État[6] ose écrire sans rougir que « La France, en raison de ses choix géopolitiques antérieurs, est une nation musulmane »[7]. Et voilà le représentant d’une des institutions les plus vénérables de l’administration d’État qui raye d’un trait de plume 2000 ans d’histoire de France et du christianisme.

Il est vrai que ce chemin lui avait été déjà tracé par rien de moins que Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, lequel déclarait tout de go en 2005 : « Il ne serait pas anormal qu’un étranger puisse voter »[8], reprenant sans vergogne une des 110 propositions de François Mitterrand énoncées en 1981[9]. Ce clin d’œil à la gauche n’avait évidemment pour objet que d’inaugurer, déjà, une politique d’ouverture à la gauche visant à démanteler le PS[10]. Mais c’était néanmoins fermer bien imprudemment les yeux sur le poids des mots, en ignorant que le vote accordé aux étrangers ne revient, ni plus ni moins, qu’à éroder encore davantage la notion de citoyenneté, déjà bien écornée, et celle d’appartenance à la nation par des liens autres que ceux de la Sécurité sociale ou du code de la route[11].

D’où l’affirmation, tant de fois répétée par d’autres beaux esprits depuis, que l’Europe est, par destination, musulmane et le refus opposé par l’ancien président Jacques Chirac de reconnaître dans le projet de Constitution européenne les racines chrétiennes de l’Europe.

Mais c’est curieusement dans les pays scandinaves que la haine de soi a atteint des sommets. Elle reposait sur une vision grandiose fondée sur un superbe dédain pour les notions de culture, de religion et d’histoire propres à une nation. L’idée d’assimiler l’étranger venu d’ailleurs paraissait même insupportable. Car une telle entreprise aurait été porteuse de « racisme ». N’impliquait-elle pas subrepticement, horreur, la notion d’une supériorité culturelle de la population d’accueil sur celle de l’étranger ? L’on retrouve ici un des effets collatéraux d’un complexe de culpabilité collective résultant du triste héritage de l’idéologie nazie abhorrée.

 

L’universalisme

L’autre versant de la haine de soi repose sur la conviction bien ancrée de l’universalisme des valeurs élaborées au cours des siècles en Occident, démocratie, égalité, liberté, tolérance à autrui et à ses opinions. Elle a longtemps fleuri aux Pays-Bas, pays d’accueil par excellence. Selon ce nouvel évangile que Rousseau n’aurait pas récusé, les valeurs de l’Occident étaient, par définition, universelles et donc communes à toute l’humanité. Il suffisait, en conséquence, d’avoir recours à des recettes éprouvées[12], l’éducation, la libéralisation des institutions sociales et politiques, la démocratie et le respect des droits de l’homme, pour que les populations musulmanes immigrées aux Pays-Bas puissent enfin accéder à leur tour à la vérité révélée : la tolérance en Hollande ou — sous d’autres cieux — la démocratie en Irak. L’unité de l’humanité autour de ce fonds culturel commun à l’homme sur la planète n’était plus qu’une question de temps[13].

En réalité, cette idéologie angélique a longtemps oscillé sans vraiment choisir entre deux modèles également inaccessibles : soit l’idéal d’une assimilation susceptible de faire dans l’instant de tout immigré venu du fin fond de l’Afrique « une fille ou un fils de la République » selon l’heureuse expression de Jacques Chirac ; soit la constitution d’une société multiculturelle formée d’individus séparés mais égaux entre eux, comme aux Pays- Bas ou en Grande-Bretagne. Les deux modèles ont l’un et l’autre piteusement échoué.

Car cette vision onirique de la nature de l’humanité ferme complaisamment les yeux sur l’infinie complexité de la nature humaine et notamment le fait que l’homme est plus souvent guidé par la passion que par la raison[14].

Il a donc fallu déchanter. L’irruption répétée de la violence au quotidien a contraint une fraction de l’élite européenne à s’éveiller lentement, péniblement, douloureusement à la réalité. Le retour au bon sens a été puissamment aidé par le déchaînement de violence et de haine constaté non seulement aux États-Unis avec les attentats du 11 septembre 2001 mais aussi ceux de Madrid du 11 mars 2004, enfin ceux de Londres du 7 juillet 2005, sans compter, en France, les émeutes de novembre 2005. Décidément non, l’immigration de masse n’était donc pas toujours une bénédiction tombée du ciel.

 

La doctrine des droits de l’homme

Mais l’idéologie dominante a la peau dure et la religion des droits de l’homme refuse encore de céder le terrain, malgré les coups répétés portés à sa crédibilité par l’actualité au quotidien.

Cela s’explique. Tout d’abord, les droits de l’homme s’insèrent astucieusement dans un des principes les plus profondément ancrés dans la conscience de l’humanité, le sens de la justice. Depuis les temps les plus reculés, l’homme réclame justice avant toute chose.

Par ailleurs, toujours avec beaucoup d’opportunité, cette revendication fondamentale, quelques soient les abus qui en ont été faits au fil du temps, a été inscrite dans le droit international. Ce qui lui confère, de ce fait, une sorte d’impunité juridique coulée dans le bronze, car protégée par d’innombrables conventions, traités, protocoles, tous plus contraignants et catégoriques les uns que les autres.

Désormais le recours aux droits de l’homme permet tout, justifie tout, explique tout, quel qu’en soit le domaine d’application, notamment en matière d’immigration. Certaines institutions internationales s’en sont même fait une spécialité comme le Conseil de l’Europe ou l’Office international des migrations dont c’est devenu le fonds de commerce principal.

Le principe de base qui régit la démarche de ces institutions est d’une simplicité biblique. À quelques variantes près, il affirme que tout homme, quel qu’il soit et quels que soient ses motifs, a le droit de s’installer partout sur la planète dans le pays qui lui convient. Et cela sans tenir le moindre compte des frontières, du droit local, de la politique du pays choisi ou des préoccupations des populations d’accueil concernées. La doctrine des droits de l’homme est commodément là pour fournir une justification juridique bien rodée à un état de fait. À partir de cela, tout devient possible, immigration, légale ou clandestine, droit d’asile, regroupement familial, lutte contre la pauvreté, ou simple convenance personnelle. Car innombrables sont les motifs qui peuvent justifier l’installation d’une personne, d’une famille ou d’un groupe sur le territoire du pays de son choix.

Omniprésente et omnipotente, cette doctrine des droits de l’homme a fleuri en Europe pendant une trentaine d’années, en fait jusqu’en 2005-2006, pour justifier des flux migratoires toujours plus importants. Il a fallu la vague d’attentats de cette période, et aujourd’hui la crise économique pour observer un reflux, tout d’ailleurs relatif, de l’idéologie des droits de l’homme[15].

 

Les viviers de la doctrine : les institutions nationales ou internationales

Les institutions nationales ou internationales ont joué et jouent encore un rôle important dans l’élaboration et la propagation de la doctrine dominante[16]. Battue en brèche sur le terrain et contestée dans les enceintes nationales fâcheusement exposées aux aléas des opinions publiques, cette doctrine trouve un refuge dans ces milieux protégés. Il y aurait, d’ailleurs, une étude sociologique intéressante à mener sur ces milieux clos, quiets et irresponsables, fermés au fracas et aux désordres de la rue, où s’élaborent dans la tranquillité des belles consciences de nobles et généreux principes à usage d’autrui.

Au niveau international, c’est évidemment l’ONU peuplée de fonctionnaires généreux et menant une existence confortable, car dotés de salaires opulents non soumis à l’impôt, circonstance fortuite qui favorise évidemment la générosité intellectuelle. Mais c’est à Genève, à l’Office international des migrations, que l’on trouvera un des plus beaux fleurons de cette bonne conscience bureaucratique pétrie d’irresponsabilité quiète. Cette organisation, toujours ardente à défendre par voie de presse ou de colloques toujours plus d’immigration légale ou non, toujours plus de meilleures conditions d’accueil pour les immigrés déjà installés est au premier rang du lobby « immigrationniste ». Jacqueline Wecker, sociologue avertie, conseiller auprès de cette estimable institution, ne voulait-elle pas étendre le bénéfice du regroupement familial, au-delà de la famille biologique, à la famille élargie, amis, connaissances, voisins, etc. En effet, un village africain ne constitue-t-il pas une grande famille ?

Le Conseil de l’Europe n’est nullement en reste dans ce grand concert humanitaire. Refuge recherché d’hommes et de femmes politiques recalés ou retraités de la vie politique, il est un des réceptacles privilégiés où mûrit la pensée unique loin des tristes réalités du quotidien.

Cette institution se veut l’autorité européenne en charge du respect des droits de l’homme. La recommandation 1449, édictée en l’an 2000, stipule ainsi expressément que l’immigration est un des droits fondamentaux de l’homme. En conséquence, elle récuse le droit d’un pays de refuser l’entrée sur son territoire d’immigrés clandestins et réclame l’accroissement des flux migratoires autorisés. Elle s’autorise à ce titre une ingérence constante dans les affaires intérieures des pays européens comme, par exemple, à l’encontre de l’Italie qui prétendait en juin 2008, prendre des dispositions pour mieux connaître les déplacements des Roms. En mai 2009, le commissaire aux droits de l’homme, Thomas Hammasberg, critique vertement l’initiative de l’Italie refoulant vers la Libye 500 émigrés clandestins venus de la mer[17]. Et le « droit d’asile » — s’étrangle d’indignation M. Hammasberg, lequel n’est évidemment pas chargé de les accueillir, les loger, les nourrir, les subventionner, etc., etc.

Au niveau national, le paysage n’est pas triste non plus. Rappelons simplement le célèbre arrêt Montcho du Conseil d’État en date du 11 juillet 1980 étendant sans vergogne le bénéfice du regroupement familial aux familles polygames au motif que cette situation — la polygamie — « ne constituait nullement un trouble à l’ordre public ». Voilà de quoi renforcer le respect dû à la plus haute instance administrative française. Il a fallu les lois Pasqua de 1993 pour mettre un terme à cette aberration.

Mais le cas du Conseil d’Etat mérite qu’on s’y arrête. Créé par Napoléon en 1809, il est la plus haute instance juridique et administrative de notre pays. C’est, aux côtés du Conseil constitutionnel, le juge des lois. Il recrute dans la fine pointe de la « botte » du concours de sortie de l’École nationale d’administration, donc parmi les esprits les plus fins, les plus aiguisés, les plus subtils d’une de nos meilleures écoles, les meilleurs d’entre les meilleurs. Et voilà que, dans la tiédeur d’une après-midi d’été, cette noble institution foule allégrement aux pieds, comme en s’amusant, un des principes les mieux établis du droit de la famille. Il participe ainsi tristement au dérèglement des consciences et à la corruption des valeurs fondamentales de la société[18].

Le Conseil constitutionnel, de création plus récente, fait également preuve d’excellentes dispositions dans ce domaine. Depuis qu’il s’est arrogé le droit de juger pratiquement toutes les lois de la République grâce au droit de saisine élargi institué par Valéry Giscard d’Estaing, et à la « doctrine Badinter », le Conseil constitutionnel n’a cessé de combattre ou de censurer toutes les dispositions visant à maintenir l’ordre public et à endiguer les flux migratoires. Ainsi, entre 1977 et 1993, sur treize décisions concernant l’immigration, les fraudes au mariage ou au droit d’asile, pas moins de huit ont été jugées contraires à la Constitution et cinq acceptées du bout de lèvres, c’est-à-dire assorties de réserves qui aboutissent à les vider de leur contenu de façon à les rendre inopérantes.

Cela a été notamment le cas récemment pour ce qui concerne le rejet des tests ADN en matière de regroupement familial visant à limiter les nombreuses fraudes constatées en ce domaine qui faisaient de ce droit une des filières les plus fructueuses pour l’immigration illégale. La proposition 13 présentée par le député Thierry Mariani concernant la loi du 23 octobre 2007 a été jugée non conforme à la Constitution, et donc rejetée.

Last but not least, la Commission de Bruxelles, l’institution la plus malthusienne de la planète, pourtant riche en espèces de ce genre, l’emporte sur toutes les autres. L’Europe de Bruxelles célèbre l’homosexualité, ignore la famille et encourage l’immigration de masse. Le commissaire Franco Frattini, chargé de la Justice et des Affaires intérieures, rappelait naguère que l’économie européenne compterait bientôt un déficit de 20 millions de personnes de la population active et de réclamer à cor et à cri « des flux migratoires plus soutenus »[19]. Pas question bien évidemment d’évoquer une solution d’évidence : relancer une politique familiale européenne susceptible de favoriser la natalité.

Cela ne devrait pas surprendre. Relisons les traités fondateurs de l’Europe, le traité de Maastricht ou d’Amsterdam. On n’y trouvera rien sur la démographie, rien sur l’enfant, rien sur la famille. Mais ces textes se préoccuperont abondamment de l’égalité des sexes, du droit d’asile, de l’immigration, de la Sécurité sociale des migrants et même, au passage, du bien-être des animaux. On ne peut songer à tout. Et les rédacteurs de ces textes prétendent ingénument s’intéresser au développement durable, devenu à la mode, sans s’interroger au préalable sur la relève des générations.

 

Les relais de la doctrine dominante

Ces mécanismes sont bien connus, au moins en France, qui a toujours été en tête du peloton européen dans ce domaine. Ce travail de fond a d’ailleurs porté ses fruits à la longue comme en témoigne le refus obstiné de fournir des statistiques ethniques, par peur de la vérité sans doute.

À tout seigneur, tout honneur, il faut décerner le prix d’excellence à l’INSEE qui n’a cessé depuis 30 ans d’abreuver la presse, et les médias, et l’opinion, de statistiques byzantines —entendons par là rigoureusement inaccessibles au grand public — quand elles n’étaient pas tronquées, mutilées ou carrément mensongères. Son frère jumeau est l’INED qui, sous la férule de François Héran, est devenu, d’un centre de recherches démographiques respecté dans le monde entier qu’il était du temps d’Alfred Sauvy, une officine de propagande pitoyable au service du lobby de l’immigration.

Mais il y a bien d’autres canaux multiples et hautement vascularisés de la diffusion de cette idéologie mortifère qui a régné sur la France depuis 30 ans : partis de gauche, le PS au premier rang, mais ardemment secondé par le PC ou ce qu’il en reste ; syndicats, quelle qu’en soit la couleur, toujours prêts à prendre le parti des immigrés au mépris des intérêts des travailleurs qu’ils ont la prétention de défendre ; associations de gauche — Ligue des droits de l’homme, Licra, SOS racisme — toujours promptes à se porter au secours des « sans-papiers », évidemment persécutés sans raison; « intellectuels » de gauche virulents à la plume abondante et facile, assurés qu’ils sont d’avoir toujours une tribune ouverte dans la presse de gauche (comme les « artistes » de Proust avaient en permanence leurs couverts mis chez Mme Verdurin) ; belles consciences du XVIe comme les « bobos » du VIIe disposés à s’enflammer pour toute cause noble pourvu qu’elle soit dépourvue de tout danger ; personnalités et artistes du monde du spectacle voulant à tout prix et à tout propos se hisser sur les barricades pour s’y faire photographier et exhiber leurs bons sentiments aux yeux du public ; et bien sûr, les grands médias, radios et télévision, dont les journalistes interprètent le monde au travers de lunettes spécialement taillées sur mesure, à gauche naturellement.

Il serait injuste de ne pas mentionner dans cet inventaire le CNRS qui recèle en ses flancs toute une armée de réserve de parasites sociaux, sociologues, politologues, psychologues, anthropologues, et autres brontosaures de la pensée unique. Peu payés mais ayant des tâches qui leur laissent d’immenses loisirs, ces « chercheurs » peuvent s’adonner en toute impunité à une œuvre de base dont l’essentiel consiste à saper les fondements traditionnels de la société qui les nourrit[20].

Une mention spéciale doit être réservée à la presse française dont le rôle dans l’anéantissement de la pensée libre grâce à l’omerta, l’arme du silence, empruntée, et à juste titre, à la mafia sicilienne, mérite d’être salué.

Citons au premier rang de la presse de gauche camouflée, Le Monde, le grand quotidien du soir dégénéré tombé de haut du piédestal où l’avait juché son fondateur Beuve-Méry. Ce journal n’a-t-il pas mis 25 ans pour découvrir un soir de novembre 2005 que les « jeunes » tant célébrés à longueur de colonnes n’étaient pas tous des petits saints ?[21]

Mais le crime ne paie plus. Ainsi La Croix tombe en quenouille entre les mains d’un directeur qui avait voulu en faire l’organe des chrétiens de gauche bien-pensants, au grand dam de son compte d’exploitation ; Libération, recapitalisé, est sauvé in extremis du naufrage par un riche banquier promu sauveteur de la presse de gauche ; cependant que le père fondateur du Nouvel Observateur voit avec inquiétude ses recettes d’abonnement fondre comme neige au soleil. Le gotha de la « gauche caviar » parisienne serait-il enfin rattrapé par la réalité ?

 

Les temps ont changé

Ce que des années de publications, de discours et de colloques n’avaient pas réussi à faire, des attentats féroces et stupides comme l’assassinat de Pym Fortuyn en 2002 puis de Théo van Gogh en 2004 aux Pays-Bas l’ont obtenu en un clin d’œil[22]. L’Europe si sûre d’elle-même se découvre frileuse. Les « bobos » ne tiennent plus le haut du pavé et leurs bobards se vendent mal.

Le « retour de bâton » a été sévère en France avec les deux lois du 26 juillet 2006 puis celle du 23 octobre 2007 voulues par Nicolas Sarkozy. Mais on retrouve les mêmes tendances aux Pays-Bas (où les ressortissants étrangers sont désormais fichés), au Danemark, en Angleterre et en Italie. Les immigrés ne sont plus les bienvenus et l’intégration à marche forcée des immigrés déjà installés se met en route. L’Union européenne se ferme à l’immigration et envisage enfin des règles communes .

Le message a été bien reçu par les communautés immigrées qui ont mis, pour l’instant, un bémol à leurs démonstrations et à leurs revendications. Pas un attentat n’est venu troubler l’ordre public depuis 2006. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps[23].

Du côté des « intellos », le temps de la contrition n’est pas encore venu, même si le Handelsblat hollandais reconnaît piteusement : « Nous prétendons inculquer notre identité propre à nos immigrés mais nous ne sommes même pas sûrs d’en avoir conservé une ». Bel aveu.

Ceci étant le mal est fait. Un sondage de 2008 publié par l’International Herald Tribune fait état d’une hostilité forte et croissante envers les musulmans dans les pays européens, ce qui présage assez mal d’un avenir commun. Le chemin à parcourir ensemble risque d’être long et difficile.

 

 


[1]. Titre évidemment inspiré du célèbre ouvrage de Julien Benda, publié en 1922, La Trahison des clercs.

[2]. Président, Institut de Géopolitique des Populations (20, rue d’Aguesseau, Paris 75008)

 

[3]. Pour la France seule, Guy Desplanques de l’INSEE, note en 2006 une « poussée migratoire importante des dix dernières années » avec une augmentation (officielle) de 45 % en 5 ans (sans compter les clandestins).

[4]. Expression qui nous vient des Pays-Bas.

[5]. René Grousset dans Bilan de l’histoire.

[6]. Né à Alger en 1943.

[7]. On aurait aimé au passage que ce précoce et brillant géopoliticien veuille bien préciser les choix géopolitiques antérieurs qui justifient une immigration de masse provenant, entre autres pays, de Turquie, du Zaïre ou de Chine.

[8]. Le Monde du 25 octobre 2005.

[9]. Avant de prendre son neveu au gouvernement Fillon III en juin 2009.

[10]. L’excuse toujours invoquée pour justifier cette invraisemblable proposition était qu’il ne s’agissait que des élections municipales, oubliant commodément que les maires sont aussi les grands électeurs du Sénat, ce qui n’a rien de local.

[11]. Songeons ici, parmi tant d’autres, à l’ouvrage de Bernard Stasi, L’immigration, une chance pour la France ou aux multiples déclarations de Jacques Delors sur ce sujet.

[12]. On pourrait ajouter le libéralisme et l’économie de marché — dont les excès sont à l’origine de l’actuelle crise économique — à ce cocktail roboratif.

[13]. Fukuyama avait écrit, avec le succès que l’on sait, des choses admirables à ce sujet dans La Fin de l’histoire, Flammarion, 1992. Il semblerait néanmoins que l’histoire continue, malgré tout.

[14]. Il est au passage divertissant de retrouver ici dans ce messianisme naïf les accents des missionnaires chrétiens allant naguère évangéliser les populations « sauvages » des continents encore plongés dans l’obscurité du paganisme en Afrique ou en Asie.

[15]. À cet égard, il est significatif de voir le secrétariat d’État aux Droits de l’homme passer allègrement à la trappe dans le gouvernement Fillon III. Il est vrai que la carrière de Bernard Kouchner étant assurée, point n’était besoin désormais de ce véhicule encombrant, source inépuisable d’incidents diplomatiques à répétition.

[16]. « Le poisson pourrit par la tête », dit un proverbe chinois.

[17]. L’Italie en 2008 a vu débarquer sur ses rivages 36 900 immigrés clandestins soit 75 % de plus qu’en 2007.

[18]. On ne peut s’empêcher de penser ici au Sénat de la Rome du IIIe siècle dont la corruption a entraîné irrémédiablement la ruine de l’Empire romain.

[19]. Obligeamment chiffrée à 159 millions de personnes par l’ONU en janvier 2000.

[20]. Une éminente sociologue du CNRS ne prétendait-elle pas effrontément tantôt sur les écrans, sans que personne ne la contredise bien entendu, que les immigrés à la retraite rentraient tous au pays ? La CNAV disait expressément le contraire quelques semaines plus tard.

[21]. Et de gémir aujourd’hui à longueur de colonnes sur les méfaits de ces braves jeunes gens à Cavaillon, par exemple : Le Monde du 16 septembre 2009. Mais c’est la faute à la mairie de droite naturellement. Tartufe est toujours parmi nous.

[22]. L’assassin de van Gogh, Muhammad Bouyeri, fils d’un immigré marocain, avait ingénument tenu des propos particulièrement révoltants : « Ce meurtre est justifié car la loi islamique m’oblige à couper la tête à quiconque insulte Allah ou son prophète » (sic). Pour faire bonne mesure, il déclare à la mère effondrée de van Gogh : « Je n’éprouve aucune compassion pour vous car vous êtes une infidèle ». Voilà qui a dû la réconforter grandement.

[23]. Encore que l’affaire de la burka vienne opportunément nous rappeler que la frange la plus radicale des musulmans vivant chez nous n’a nullement renoncé à nous imposer leurs mœurs et peut-être, un jour, leurs lois. Et cela d’autant plus que les tendances démographiques jouent clairement en leur faveur.

Mayotte, département français : un cadeau empoisonné pour la République

De par la volonté présidentielle, Mayotte, qui bénéficiait jusqu’à présent d’un statut spécial depuis le gouvernement Jospin, va donc devenir le 101 département français. Encore une chance pour la France .

La départementalisation de l’île de Mayotte, acquise depuis le référendum du 29 mars, et saluée comme un « évènement historique », est passée comme une lettre à la poste dans la presse et les médias français. Ce qui en dit long sur le degré d’aveuglement et de servilité de ces derniers en France qui , en comparaison, ferait presque apparaître la Pravda de l’époque stalinienne comme un modèle de lucidité, d’ouverture et de liberté d’esprit.
Cette triste affaire éclaire d’un jour cruel les incohérences de la politique du gouvernement en matière d’immigration, tant vantée, avant les élections présidentielles. Qu’on en juge.

Voilà que la République, qui a décidément bon appétit en ce domaine, va devoir avaler, puis digérer une population de 187 000 habitants, souvent polygame, pratiquement toute musulmane, et dont une bonne partie ne parle même pas le français. Un royal cadeau qui réduit pratiquement à zéro 10 ans de futures reconduites à la frontière du ministre de l’Immigration (soit plus ou moins, en principe, 20 000 par an selon Le Monde).

Notons au passage que cette sympathique population a triplé, passant de 47 000 en 1974 en 30 ans à 186 452 aujourd’hui, dont, détail savoureux, 50 à 60 000 clandestins. Elle accuse un taux de chômage de 22%. 54 % de la population est âgée de moins de 20 ans. Le taux de fécondité serait passé de 8,2 enfants par femme, -excusez-moi du peu-, à 3,7 enfants aujourd’hui. Ce qui reste encore raisonnable : presque trois fois le taux de la France métropolitaine de souche.

Encore que l’on peut se demander, question impertinente, comment ce taux de fécondité a été calculé puisqu’il n’existe pas d’état civil constitué, (il est en révision), ni d’ailleurs de cadastre, ni de titres de propriété. Bref, un Moyen âge administratif. Un rêve. Quoi qu’il en soit, l’immigration clandestine ou légale en provenance de Mayotte, ou des Comores via Mayotte, a encore de beaux jours devant elle. On est content pour la police des frontières. Cela va créer de l’emploi.
Il va falloir, comme hier dans les Antilles et à la Réunion, construire une infrastructure inexistante, prodiguer une aide opulente au développement, -naturellement à fonds perdus (comme dans les Antilles)- financer des équipements inexistants en matière hospitalière, de santé, de logement, tout cela à grand renfort de subventions de la généreuse métropole. Ce qui va représenter, en régime de croisière, un minimum 1,3 milliards d’euros par an uniquement en crédits de fonctionnement, (sans compter l’investissement visé plus haut, dont on ignore, bien sûr, le coût). Les Mahorais, sans perdre de temps, se réclament déjà de la « solidarité nationale ». Ils ont vite compris la France. Et cela alors que notre pays France s’enfonce dans une crise économique sans précédent dont on ne voit pas l’issue. On croit rêver.
Bien sûr, les sycophantes de service, et les poètes officiels, ne vont pas manquer de faire valoir que cette dernière acquisition territoriale va permettre à notre pays de disposer de riches pépites de métaux précieux qu’il suffira d’aller ramasser au fond de l’Océan Indien et d’une quantité incroyable de poissons volants qui vont remplacer avec avantage les bancs de harengs épuisés de la Mer du Nord.

Il est d’ailleurs curieux de constater que si le taux d’approbation du référendum a été proche de 100 %, le taux de participation, lui, n’a atteint que 61 %. En d’autres termes, cette départementalisation ne fait pas que des heureux à Mayotte même. Mais il y a plus. Car l’archipel des Comores considère encore, avec l’accord et le soutien des Nations Unies et de l’Organisation de l’Unité africaine, qu’elle dispose toujours de la souveraineté sur Mayotte. Et voilà la République française bien partie pour un interminable conflit dans l’Océan Indien dont on va naturellement se sortir, comme toujours, en payant. Il faut vraiment avoir le génie de l’embrouille pour se lancer dans des situations pareilles.
Décidément en France, les leçons du passé ne servent jamais à rien.