Bravo Vladimir

Vladimir Poutine vient de réussir un triplé éblouissant qui en dit long sur les qualités de ce maître de la stratégie géopolitique.
On le disait ruiné par la chute du prix du pétrole, prêt à s’engloutir à son tour dans les sables syriens, comme naguère les Américains en Afghanistan. Le voici qui, contre toute attente, abat sur la table un carré d’as, enfin, au moins un tiercé. Décidément nos amis américains, et nos stratèges en chambre de l’Elysée, auraient bien des leçons à prendre du patron du Kremlin.

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Croissance démographique et réchauffement climatique

La lutte contre la pollution est une priorité comme l’atteste la récente conférence COP21 et il faut s’en réjouir.
Mais elle a laissé dans l’ombre un paramètre essentiel de cette équation qui est la croissance démographique au plan mondial. Elle va passer de 7,3 milliards à plus de 11 milliards en 2100. Mais cette expansion se vérifie surtout au niveau de l’Afrique dont la population va quasiment quadrupler en passant de 1,2 milliard à 4,2 milliards.

Ce constat se démontre aisément. Si la pollution générant l’effet de serre est réduite de 20 % mais que la population mondiale croît dans le même temps de 20 %, toutes choses égales par ailleurs, le niveau de pollution restera rigoureusement identique. Si la pollution est réduite de 50 %, hypothèse clairement hypothétique, mais que la population de la planète augmente de 50 % en même temps, le niveau de pollution et le réchauffement climatique resteront inchangés. Or la population mondiale va passer de 7,5 milliards à environ 10/11 milliards fin 2100 et celle de l’Afrique va quadrupler.
Il ressort de ce qui précède que ce que l’on pourra faire en matière de lutte contre le réchauffement climatique sera inefficace si l’on n’agit pas en même temps sur le paramètre démographique. Car il existe une liaison étroite entre réchauffement climatique et croissance démographique.

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L’Europe malade de l’Allemagne?

Yves-Marie Laulan Paris le 12 octobre 2015
l’Europe malade de l’Allemagne ?

L’Allemagne d’Angela Merkel serait-elle, à son tour, frappée par les trois coups du destin : le crash d’Andréas Lubitz, pilote de la compagnie aérienne Germanwings, la monstrueuse tromperie de Volkswagen et enfin l’effarante « boulette » de la Chancelière, confrontée avec la crise des migrants, versant étourdiment de l’huile sur le feu au lieu de colmater la brèche. Bien plus, voici que, tout dernièrement la Deutsche Bank, la principale banque allemande donne à son tour des signes de fragilité avec des pertes de 7 milliards d’euros qui ont, dans l’instant, entraîné une baisse en Bourse de 20 %. L’Allemagne, jusqu’ici considérée comme le pilier de l’euro, le roc économique inébranlable sur lequel l’Europe d’après- guerre est ancrée, serait-elle devenue subrepticement un « colosse aux pieds d’argile », d’une inquiétante fragilité derrière une apparence de force et de sérénité ?
Le crash de la Germanwings révèle l’étonnante légèreté des contrôles d’une compagnie aérienne renommée. Celle-ci n’a pas hésité, sans états d’âme excessifs, à confier un avion chargé de passagers confiants aux mains d’un pilote fou dont la fragilité psychologique avait été avérée, sans erreur possible, par de multiples diagnostics médicaux étalés sur plusieurs années. Mais qui s’est préoccupé de les demander, de les consulter et enfin d’en tirer les conséquences logiques ? Mieux valait sans doute fermer les yeux sur le recrutement d’un pilote moins couteux dans une filiale de la compagnie mère, la Lufthansa. Rentabilité avant sécurité.
L’affaire Volkswagen tire ses racines d’une origine analogue. On peut la résumer par un adage bien connu : « si la température ne nous convient pas, cassons le thermomètre ». Il fallait mettre les véhicules allemands aux normes de pollution exigées aux Etats-Unis, tout en conservant de bonnes performances en matière de prix, de consommation de carburant et de vitesse. Ce n’était pas possible. La quadrature du cercle. Mais un peu d’imagination y a suppléé : un logiciel magique logé dans le tableau de bord permettant de déjouer les tests indiscrets. Et voilà le tour joué. A ceci près que la confiance dans le « made in Germany » risque fort de « passer à la casserole » pour longtemps.
La monnaie repose, on le sait sur la confiance. Mais c’est aussi la confiance qui fonde les relations entre les nations au sein de l’Europe. On était familier avec la faiblesse traditionnelle de la France qui engrange chaque année, bon gré mal gré, quelque 80 à 90 milliards de déficit extérieur à telle enseigne que son endettement extérieur va bientôt égaler le montant de son PNB et tutoyer la dette de la Grèce. Mais baste, peu importait. La France, c’est bien connu , qu’elle soit à gauche ou à droite, ne sait pas et ne saura jamais gérer son économie.
Car il y avait toujours à ses côté l’Allemagne, la grand sœur raisonnable et généreuse, fourmi épargnante prête à servir d’ombrelle à la cigale française qui pouvait en toute impunité emprunter à des taux historiquement bas pour financer ses déficits devenus chroniques. Mais que va devenir le couple franco-allemand si la France structurellement boiteuse est désormais mal soutenue par une Allemagne qui trébuche à son tour ? Ce couple va-t-il illustrer la fable de « l’aveugle et du paralytique » au grand dam d’une Union européenne dont on mesure aujourd’hui toute la fragilité à l’épreuve de la crise des migrants.
Car les réalisations de la construction européenne que les eurocrates extasiés exhibaient avec la fierté d’un Tartarin exposant les dépouilles des fauves abattus, -Union européenne, euro, espace de Schengen-, se révèlent à l’usage, et à l’épreuve, singulièrement fragiles. Un grand nombre de pays membres au nord de l’Europe renâclent sans vergogne devant les quotas de migrants que la Commission européenne et les gouvernements français et allemands prétendent leur imposer, au nom de l’amour de l’humanité et de la solidarité européenne. C’est qu’ils ont l’instinct du bétail que l’on mène à l’abattoir. Ils savent bien plus ou moins confusément que, crise humanitaire ou pas, ces flux de migrants emmènent avec eux leurs problèmes, leurs religions et leurs préjugés et leurs prétentions menacent à terme leur identité, leur façon de vivre et la paix sociale de leurs pays
Déjà, dans les camps en Allemagne, messieurs les migrants proclament hautement qu’il n’est pas question de renoncer à la Charia pour leurs femmes, -Ligue des Droits de l’Homme ou pas-, tout en refusant de manger du porc cher à la population d’accueil et en réclamant à haute et intelligible voix de la viande hallal. Quand même. Il faut savoir vivre. Et cela aujourd’hui. Qu’en sera-t-il demain ?
En fait, la seule solution raisonnable devant ces flots humains venant d’outre Orient serait soit, de refuser simplement et simplement de les recevoir,- après personne ne leur a demandé de venir- soit de les loger dans de camps provisoires, mais certes confortables, de réfugiés, avec engagement de les ramener chez eux ultérieurement, de gré ou de force. Nullement de les installer sur place à demeure. Mais lequel par nos gouvernements pusillanimes oserait tenir un discours aussi musclé, humanitarisme médiatique oblige ? Car les médias, alertés par les associations charitables de service, sont là qui guettent le moindre faux pas, comme des vautours autour d’une bête malade.
Il faut appeler ces migrations pour ce qu’elles sont : une invasion. Et une invasion religieuse qui plus est. Or une invasion est un acte de guerre. Et, à la guerre, il faut savoir se défendre. Angela Merkel, excellente comptable et manœuvrière politique de talent, en est-elle capable ? N’a-t-elle pas montré ici les limites de ses capacités « d’homme d’Etat » ?

L’Ukraine en péril

Yves-Marie Laulan Paris le 2 avril 2014

L’Ukraine en péril

Le problème de l’Ukraine s’enracine clairement dans la situation catastrophique de son économie. Pourquoi l’Ukraine est-elle en état de faillite virtuelle ? C’est bien là le nœud du problème. Car si ce pays avait des finances en équilibre avec une économie prospère, il n’aurait pas eu besoin d’appeler à l’aide l’Union européenne, si bien que Poutine n’aurait pas eu l’occasion de venir se mêler des affaires ukrainiennes.
Rappelons que l’Ukraine a un énorme problème d’endettement. Le déficit des paiements extérieurs atteint 8 % du PNB, et au cours des deux prochaines années, en 2014 et 2015, ce sont 35 milliards de dollars qui viennent à échéance. Par ailleurs, les réserves de change sont au plus bas, les banques sont à court de liquidités et l’endettement atteint 180 % du PIB, des taux « grecs ». Notons, au surplus, qu’entre1996 et 2013, la population de l’Ukraine a perdu 7 millions de personnes en raison d’un des plus faible taux de fécondité d’Europe (1,1 enfant par femme) et, sans doute, d’une forte émigration.
Sur le plan de l‘économie, le tableau n’est guère plus plaisant. Depuis 1991, l’économie de l’Ukraine s’est contractée de 30 % alors même que celle de la Russie augmentait de 20 % pendant la même période.
Un article récent de la presse économique allemande observait qu’en 2012, le PIB par tête en Ukraine était de 6,394 dollars, soit 25% inférieur au niveau atteint un quart de siècle plus tôt. En revanche, si l’on compare la situation de l’Ukraine avec celle des quatre pays anciennement sous la domination soviétique qui adopté l’économie de marché dans le cadre de l’Union européenne, Pologne , Slovaquie, Hongrie et Roumanie, on constatera que le PIB par habitant s’est élevé à 17 000 dollars,150% de plus qu’en Ukraine. On comprend dans ces conditions que les Ukrainiens se soient révoltés .
Cette situation est d’autant plus surprenante, ou même aberrante, que l’Ukraine possède un potentiel économique tout à fait respectable avec des terres agricoles qui comptent parmi les plus riches au monde (le fameux tchernozium), des gisements en minerais abondants ( fer ,charbon), une industrie lourde héritée de la période soviétique (aciers, tuyaux, fonte), fort peu compétitive il est vrai, mais robuste néanmoins et une industrie chimique active .
Mais l’Ukraine doit importer 90 % de son pétrole de Russie et une grande partie de son gaz, d’où une dépendance perpétuelle vis-à-vis de la Russie, cette dernière n’étant nullement ennemie de la manipulation du prix, voire même de l’interruption pure et simple des approvisionnements en énergie, pour ramener sa voisine à la raison, comme au bon temps du régime soviétique . De fait , la Russie, le 1° avril, n’a pas hésité à augmenter de 40 % le prix du gaz vendu à l’Ukraine. De quoi lui maintenir la tête sous l’eau, voire à l’asphyxier complètement.
En dépit de ces atouts, victime de la crise de 2008 et de la chute du prix des matières premières, d’une compétitivité très médiocre et d’énormes problèmes de corruption, l’Ukraine dispose d’un niveau de vie inférieur à celui de la période soviétique d’où un réel problème de pauvreté. En conséquence, le banque centrale fait tourner la « planche à billets » et la valeur de la monnaie nationale, l’Hryvnia, s’effondre . Il s’ensuit que l’aide russe, ou occidentale, à elles seules, ne suffiront pas à sortir l’Ukraine de l’ornière.
Au vu de ce qui précède, il est clair que la situation affligeante de l’économie ukrainienne ne peut s’expliquer que par une gestion économique très médiocre voire aberrante. C’est là que la réaction violente des manifestants de la place Maiden trouve ici sa justification en raison de l’incompétence criante de son ancien gouvernement.
Une réorganisation énergique de l’économie ukrainienne s’impose donc, à commencer par le relèvement sensible des prix intérieurs de l’énergie, tant pour la consommation domestique qui encourage des gaspillages considérables, que pour l’industrie, ce qui favorise des modes de production obsolètes. Il faudra aussi supprimer les subventions multiples favorisant artificiellement tel ou tel secteur économique afin de rétablir la vérité des prix. Par ailleurs il sera nécessaire de laisser flotter l’Hryvnia sur le marché des changes pour que cette monnaie retrouve une parité convenable. Il importe enfin de rétablir la sécurité pour faciliter la reprise du tourisme, source précieuse de devises, et pour rassurer les investisseurs extérieurs.
Cela n’ira pas sans mal et le public en Ukraine pourrait même réagir négativement à la cure d’austérité qui lui sera implosé par cette remise en ordre pourtant indispensable. L’heure de vérité approche pour l’Ukraine, au moment même où la Russie de Wladimir Poutine ne dissimule plus ses convoitises.
En effet, après avoir avalé sans coup férir la Crimée, la Russie tourne maintenant son regard vers les régions russophones ukrainiennes de l’Est et du Sud du pays, Donetsk, Kharkiv, Lougansk et Odessa. Ce sont les zones les plus industrielles : industrie lourde, métallurgie et mines. C’est là que la proposition russe d’imposer à Kiev une réforme de la constitution pour mettre en place une structure fédéraliste prend ici tout son sens. L’appétit ruse n’est nullement calmé avec la Crimée. Car le schéma déjà utilisé pour s’emparer de la Crimée pourrait être mis en œuvre à nouveau avec la même efficacité. Il suffirait que les parlements locaux des régions disposant d’une nouvelle autonomie réclament haut et fort, appuyés par des manifestations savamment organisées, leur rattachement à la mère patrie russe pour que l’Ukraine soit irrémédiablement démembrée. A ce stade, l’absorption du reste de l’Ukraine ne serait plus qu’une question de temps.
Et le rêve de Wladimir Poutine de reconstituer les contours de l’ancien empire soviétique, dont l’Ukraine constitue la pièce maîtresse, serait enfin réalisé.

De la Russie (d’aujourd’hui et de toujours)

En guise de prologue

L’objet de cette réflexion n’est nullement mettre en question la grandeur de la Russie. C’est un pays immense par sa contribution au patrimoine culturel de l’humanité dans tous les domaines de l’art, architecture, littérature, musique, peinture etc… Peu de nations ont autant apporté à l’homme et à l’art. Peu de nations ont aussi su faire preuve d’autant de courage et d’abnégation devant l’adversité. Il s‘agit simplement de souligner ici brièvement quelques traits qui abîment quelque peu le visage public de la Russie et en gâte la fréquentation. Chaque pays présente une face au soleil et une face d’ombre. C’est la face d’ombre de la Russie que nous allons évoquer maintenant.

***

Au risque de passer pour un russophobe invétéré, comment ne pas être frappé par trois constantes historiques dans le comportement collectif de la Russie à travers les siècles, aussi bien au temps des Tsars que celui de l’Union soviétique, qu’aujourd’hui avec Vladimir Poutine :
– la première est l’incapacité de concevoir la gestion du pays sur un mode autre qu’autoritaire, et non selon les normes du modèle démocratique de type occidental,
– la seconde est un instinct prédateur irrésistible qui la pousse à tenter de mettre la main sur tout pays, ou tout territoire passant à sa portée, en les choisissant de préférence petits et faibles.
– la troisième enfin est le culte du secret et de la dissimulation. On pourrait y rattacher un penchant marqué pour le mensonge public. La censure d’Etat est enfin un trait quasi permanent qui a pesé sur la créativité de la littérature russe.

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Vladimir Poutine est-il atteint d’autisme ?

Vladimir Poutine est, selon une étude américaine, atteint d’une forme atténuée d’autisme. Ainsi s’expliquerait son regard fixe et le fait qu’il n’écoute personne. Ce n’est pas exclu.
Mais ce qu’il y a de sûr est qu’il a une idée fixe : remettre tôt ou tard la main sur l’Ukraine pour reconstituer l’Empire russe. Et c’est pourquoi n’a pas prêté la moindre attention aux propos tenus par François Hollande et Angéla au cours de leur énième toute récente mission à Moscou pour « sauver la paix ».
C’est qu’il n’a aucune raison de le faire. Ils n’ont « rien à lui vendre », sauf une vague promesse de l’atténuation, voire la suppression des fameuses sanctions », dont on a pu voir qu’elles ne servent rigoureusement à rien et que Vladimir Poutine s’en moque éperdument. Depuis le temps, l’Occident devrait savoir que les dirigeants de la Russie, comme avant ceux de l’Union soviétique auparavant, sont largement insensibles à l’argument économique. Ils traitent le niveau de vie des Russes et leurs ressources comme une espèce d’édredon capable d’absorber n’importe quel choc conjoncturel. Ils peuvent le gonfler ou comprimer à loisir, au nom du patriotisme russe, du souvenir de la grande guerre patriotique et de la lutte contre l’ennemi héréditaire, l’Amérique Et grâce à la vodka… potion magique, panacée universelle, qui permet aux Russes de tout supporter. D’ailleurs Vladimir Poutine, en fin connaisseur de l’âme russe, vient d’en abaisser le prix. Ce n’est pas un hasard.

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Poutine heureux en amour ou en affaires?

Yves-Marie Laulan                                                Paris le 19 juin 2014

 

Poutine heureux en amour ou en affaires ?

La France avait déjà connu la Mandelamania . La voici aujourd’hui plongée dans une extase similaire à propos du président russe, Vladimir  Poutine, heureusement pour ce dernier, de son vivant et non après sa mort.

A dire vrai ce culte concerne surtout les « gens de droite », voire d’extrême droite, FN en tête, et guère les gens de gauche, ceux-ci étant peu enclins aux épanchements affectifs concernant la Russie, pays qu’ils regardent  avec une certaine méfiance . Pensez donc ! Un pays où l’homosexualité n’est pas considérée comme une vertu  cardinale pour la société et la famille et où on tendance à punir davantage les criminels que les victimes. Un monde à l’envers !

Comment expliquer cette bonne presse au profit d’un leader étranger somme tout fort lointain des préoccupations politiques françaises au quotidien ?

En premier lieu, les Jeux fastueux, incontestablement réussis, de Sotchi ont atteint leur but. Ils ont, sans conteste, fortement impressionné l’opinion publique mondiale désormais convaincue d’avoir affaire à une puissance restaurée dans sa grandeur et sa stabilité.

Rappelons-nous . Que n’avait-on dit sur ces Jeux , non sans quelque malice (du côté américain) ? Qu’ils était horriblement coûteux, 50 milliards de dollars , sinon plus, ce qui est vrai . Que  cet argent aurait été mieux dépensé pour acheter des casseroles neuves ou des lessiveuses pour les ménagères russes, (enfin des investissements); ce qui est toujours vrai. Mais  l’impact  de ces achats ménagés, bien qu’incontestablement utiles,  sur les médias mondiaux aurait été probablement plus modeste. On  a aussi avancé qu’il y avait un risque sérieux d’ attentats terroristes. Or pas un acte criminel n’est venu perturber le bon déroulement de cette manifestation sportive. Pari gagné donc pour W. Poutine.

Au surplus  l’homme a de quoi séduire par son   charme personnel. Poutine porte beau , comme on disait autrefois des « Lions  de salon »  au XIX° siècle. Il faut bien reconnaître, même si  notre orgueil national devait en souffrir, que son visage  viril l’emporte largement sur la face molle et rougeaude, tavelée de verrues du président français. Au surplus,  le kimono ceinturé  d’une ceinture noire de judo, le président russe a fière allure, comme d’ailleurs torse nu et bronzé à cheval sur un étalon blanc comme on l’a vu de temps à autre.. Apparemment l’entraînement sportif sur les tatamis  du KGB vaut largement celui des moquettes de la rue Solférino . L’homme sait soigner son image  et doit faire rêver bien  des Natachas russes, très sentimentales comme chacun sait, tout  comme des Françaises sans doute, sinon l’entourage masculin de Marine Le Pen….

Mais il y a plus. Rappelons-nous l’adage  bien connu : « les  ennemis de mes ennemis  sont mes amis ». Car Poutine incarne à ravir tout ce que la droite déteste cordialement, et non sans quelques raisons, dans la France socialiste d’aujourd’hui veule, molle, avachie, déboussolée, accumulant les déboires et totalement   incapable  de gouverner convenablement le pays.

Or Poutine a su très habilement capter à son profit le renouveau de l’église orthodoxe en Russie qui connait une renaissance remarquable après des années d’oppression sous Staline. Pendant ce temps, notre Jacques Chirac, en bon laïcard  bien obtus, -resté fidèle aux mânes du petit Père Combes de 1905-, refusait d’inscrire les racines chrétiennes de l’Europe dans la Constitution de l’Europe. En outre, dans une Europe en pleine débandade identitaire où les valeurs morales sont à la dérive, patriotisme au premier chef, la vision d’un homme d’ Etat qui célèbre la grandeur de son pays et des valeurs traditionnelles a quelque chose de fortement tonique.

Par ailleurs, Poutine est un maître de la gouvernance autoritaire de son pays . C’est le despote éclairé dans toute sa splendeur, celui dont aurait pu rêver Voltaire (qui  appréciait, on le sait, l’hospitalité fastueuse de Frédéric II de Prusse au château du Sous Souci) .

Certes, les bonnes âmes scrupuleuses imbibées du respect des principes démocratiques gémiront devant  la façon quelque peu cavalière, voire carrément désinvolte dont Poutine  interprète l’alternance démocratique au pouvoir. La démocratie « à la russe » ressemble fort en  effet à une comédie de boulevard  avec deux  personnages, Vladimir Poutine et le gentil Dmitri Medvedev qui jouent aimablement  au « culbuto »[1] tous les cinq ans, l’un remplaçant  l’autre  à la tête du pays. Mais    toujours le même, à savoir l’actuel président, conservant bien entendu l’intégralité du  pouvoir, qu’il soit Président ou Premier ministre. Et ce petit jeu dure depuis une bonne quinzaine d’années.

Mais, après tout, si les Russes s’en déclarent satisfaits, c’est leur affaire. Devrions-nous nous déclarer plus royalistes que le roi ? Et d’ailleurs la démocratie en France est-elle vraiment respectée avec un parti, le FN, lequel obtient régulièrement plus de 25 % des suffrages à chaque consultation électorale mais pas plus deux députés à l’Assemblée nationale ? Alors, autant balayer devant notre pas de porte avant d’aller scruter la paille dans  l’œil du voisin.

***

Il faut dire aussi que Poutine est remarquablement avisé quand il s’agit de flatter l’opinion publique et notamment celle de ses amis de droite. La Voix de la Russie, organisme de propagande  patenté, fait sans vergogne de la publicité en faveur de la Russie et   influence une partie non négligeable du public français.

Bien mieux, Marine Le Pen a été reçue comme un chef d’Etat à Moscou ce qui n’a pas dû peu flatter l’orgueil d‘un leader politique en  peu accoutumé à recevoir tant  d’égards  dans son propre pays [2].

En contraste, le malheureux Obama, le président américain, a fait bénéficier le président François Hollande d’une réception à grand spectacle à Washington, allant même jusqu’à lui accorder le rare privilège de s’adresser publiquement au Congrès américain, Sénat et Chambre réunis. S’agissant d’un leader plutôt minable et proprement décrié dans  son propre pays, cet hommage appuyé a été perçu au mieux comme une maladresse  incongrue voire même déplacée, preuve supplémentaire de la capacité de notre grand voisin et ami  américain à accumuler les gaffes diplomatiques.

A cela s’ajoute le fait qu’une partie non négligeable de l’opinion publique en France conserve, au  plus profond  de son inconscient, une sorte de rancœur  à l’encontre de l’Oncle Sam en général et  des « Anglo-saxons » en particulier, Ils sont , en effet, perçus, telle naguères la « perfide Albion », comme l’ennemi héréditaire de notre pays, de Jeanne d’Arc à Fachoda. Le fastes de la célébration du Débarquement en Normande n’ont fait qu’effleurer, sans le faire disparaître  le ressentiment profond qu’éprouvent encore aujourd’hui beaucoup de Français à l’encontre des Américains jugés trop riches, trop envahissants, trop puissants, bref, trop américains. Ce qui n’empêche nullement les jeunes Français de copier servilement toutes les modes venus d’Outre Atlantique . Quand même.

La Russie de W. Poutine offre donc  un contrepoids bienvenu au vieux  ressentiment français, ne serait-ce que parce que la présence russe en France demeure remarquablement discrète, en dépit des exploits des maffias russes sur le Côte d’Azur.

***

Ceci étant, ce tableau idyllique comporte quand même des zones d’ombre. Dans leur enthousiasme les thuriféraires de Poutine sont allés jusqu’à célébrer comme un triomphe l’accord gazier conclu entre la Chine et la Russie portant sur la livraison pendant 30 ans  de 400 milliards de m3. Cet accord a été interprété  comme un pied de nez à l’Europe, pour la punir de ses états d’âme sur l’Ukraine,  et un bras d’honneur à l’Amérique,  et au dollar américain  dont on annonce le déclin inévitable (depuis 60 ans quand même). Mais là il faut se demander si Poutine le géopoliticien sagace, n’a pas fait une fort mauvaise affaire au détriment de Poutine, l’économiste amateur.

Sur le papier l’affaire parait très satisfaisant.   Dans la réalité, le tableau est peut-être moins plaisant. Il semblerait, en premier lieu,  que la Russie ait dû accepter une forte décote sur le prix, fixé, en principe, à 350 dollars le baril en équivalent pétrole, mais probablement sensiblement  en dessous du prix de marché.

Au surplus,  ces livraisons seront payables en yuans et non en dollars comme il est de coutume en matière de commerce d‘ hydrocarbures. Mais cela signifie que la Russie, qu’elle le veuille ou non, devra acheter pendant 30 longues années des produits chinois au prix convenu dans l’accord gazier. Et cela quelles que soient les fluctuations du yuan dont on sait qu’il a tendance à valser, toujours à la baisse, au gré des autorités chinoises et de la conjoncture économique de la Chine.

Au total ,  les Russes seront littéralement pieds et poings liés, prisonniers de leurs acheteurs chinois. Cela rappelle étrangement la fameuse fable de Don Juan et de son tailleur. En  premier lieu, pas question de se livrer avec un partenaire aussi redoutable au petit jeu favori de Gazprom : « je livre, je livre plus, je change le prix en cours de contrat, je réduis les approvisionnements » etc etc. La Russie a pu se livrer sans risques à ce petit jeu délicieux avec la malheureuse Ukraine . Mais  avec la Chine, pas question . Ou gare à la casse.

Par ailleurs , avec le gaz de schiste, les experts nous disent que le prix du gaz naturel est inévitablement à baisser. Les Chinois vont- ils accepter de bon cœur de surpayer le gaz naturel russe pendant 30 ans ? Cette mansuétude chinoise serait bien surprenante.

Et puis qu’importer en masse de la Chine sur des volumes aussi colossaux ? Des tee-shirts en coton , des jouets pour enfants ou du riz bio ? Ce retour au bilatéralisme commercial après  des décennies de multilatéralisme est un retour en arrière commercial comportant bien des inconvénients comme les Russe vont en faire surement l’expérience.

Il faut voir dans cette affaire le dédain du géopoliticien amateur de « coups » au détriment de l’optimum économique. Ce ne serait pas la première fois dans l’histoire de la Russie.

Au-delà de ce marché qui sera peut-être un « marché de dupes » du siècle, il faut se demander si ce rapprochement avec la Chine célébré à grand spectacle ne comporte pas des dangers dont le leader russe n’est peut-être pas très conscient. Comme le dit si bien l’adage bien connu,  « lorsqu’on déjeune avec le diable, il faut se munir d’une longue cuillère ». Car, pour la Russie, le danger stratégique à long terme est bien  la Chine  voisine, et non la lointaine Amérique.

Car Il ne fait guère de doute qu’après avoir digéré le Tibet, ce à quoi s‘affaire la Chine pour le moment, c’est vers la Sibérie que va se tourner inévitablement le regard des  Chinois en quête de nouveaux territoires à avaler. Ici la rivalité entre ces deux puissances est inscrite dans leur géographie. D’ailleurs une colonisation sournoise de la Sibérie par des colons chinois est déjà en cours, si l’on en croit certains témoignages. Jusqu’où cette invasion démographique ira-t-elle. ? L’avenir nous le dira.

En attendant, Poutine ferait bien de ne pas se satisfaire de « victoire »éphémère sur le rival américain. Peut-être  se trompe-t-il de guerre et d’adversaire, comme Staline en 1938[3]. A long terme Poutine serait-il  un si bon stratège que cela ?



[1] Jeu d’enfant divertissant où le jouet retombe toujours en place quel que soit la façon dont il tombe.

[2] Il est vrai que Gérard Depardieu en a reçu autant, ce qui est moins flatteur

[3] Il est fait évidemment ici au trop fameux pacte Molotov-Ribbentrop de 1938 qui a précédé de quelques années seulement  l’invasion de l’Union soviétique  par les troupes du Reich.

La problématique de Vladimir Poutine

Avec l’entrée en récession de la Russie, Vladimir Poutine est aujourd’hui confronté à une crise systémique dont il ne faut pas se dissimuler la gravité. Les troubles qu’il entretient plus ou moins ouvertement dans le Sud-Est de l’Ukraine en espérant y trouver un dérivatif ou un palliatif pour les difficultés propres à la Russie, en sont une des manifestations. Considérée sous cet angle, la démarche de Vladimir Poutine et parfaitement logique et rationnelle. Elle se justifie en termes d’économie de moyens et de ressources.

Les années euphoriques

Pendant une quinzaine d’années, à la suite de l’effondrement de l’empire soviétique et du de chaos de la période de Boris Eltsine, parvenu au pouvoir pour donner un nouveau souffle à la Russie, Vladimir Poutine semblait bénéficier d’excellentes chances de réussir dans son entreprise.

Mais, depuis les Jeux de Sotchi, qui devaient affirmer aux yeux du monde « que la Russie était de retour », cette tentative de redressement commence à donner des signes de faiblesse et même à marquer le pas.

Au départ, avec une bonne tenue des prix du pétrole et une croissance moyenne à 5% l’an pendant une quinzaine d’années, les objectifs de l’entreprise de restauration lancée par le nouveau maître de la Russie paraissaient raisonnablement accessibles.

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Requiem pour Vladimir Poutine

Malheureux Vladimir ! Quand il est allé aimablement participer au dernier G20 en Australie, en novembre dernier, savez-vous ce que le Premier Ministre australien, ce grossier personnage, n’a rien trouvé de mieux à lui dire en guise de bienvenue : « Je vous serre la main (sous-entendu, parce que je ne peux pas faire autrement), mais il faudrait cesser de menacer l’Ukraine ». Oser dire cela au représentant de la première puissance mondiale (enfin après l’Amérique, la Chine, l’Europe, l’Inde, le Japon, le Lichtenstein et bien d’autres). Mais quel toupet !

Et les reproches de pleuvoir de tous côtés tout au long de la session à telle enseigne que Poutine n’a eu d’autre ressources que de s’enfuir précipitamment de cette maudite réunion, comme un cancre chassé de la classe, sans que personne ne lui serre la main, sauf les policiers casqués de service chargés d’assurer sa sécurité. Et encore ces derniers n’avaient-ils guère le choix, étant précisément en service. On en avait le cœur serré pour lui.

L’Ukraine, toujours l’Ukraine, c’est assommant à la fin. Alors qu’il y a tellement de choses bien plus intéressantes à évoquer comme les ballets du Bolchoï ou les exportations de vodka, les poupées russes ou les ventes de peaux de castor etc. etc. Mais voilà. C’est comme ça. Les Occidentaux, dont on sait qu’ils veulent la perte de la Russie, depuis toujours, ne pensent qu’à ça. Pas de chance.

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L’Afrique, toujours sous perfusion, s’agite plus que jamais

L’Afrique n’en finit pas de nous occasionner des soucis sur le plan de la sécurité. Rien à voir avec l’Ukraine ou la Crimée, fort heureusement. Mais après le Mali, c’est maintenant la Centrafrique qui entre en fusion.

Depuis deux ans, ce continent déshérité a exigé de la France deux interventions militaires, de faible envergure il est vrai, pour ramener un semblant d’ordre dans l’un et l’autre de ces deux pays agités de soubresauts convulsifs sporadiques, l’opération Serval au Mali, puis, dans la foulée, l’opération Sangaris en Centrafrique. On se demande d’ailleurs où les militaires en charge de ces affaires sont allés pêcher des noms aussi bizarres. Tant mieux, cela montre qu’à défaut d’être suroccupés, nos militaires ont de l’imagination.

Ces interventions appellent deux observations. La première est qu’il s’agit d’opérations « en trompe l’œil » en ce sens que, relativement peu coûteuses, elles sont immanquablement couronnées de succès (du moins en apparence), compte tenu de la faiblesse relative de l’adversaire. Elles contribuent ainsi à donner au public, fort ignorant et du reste indifférent à la « chose militaire », une fausse idée de l’état réel de nos forces armées dont la faiblesse intrinsèque, faute de ressources adéquates, est ainsi camouflée aux yeux de l’opinion.

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