Bravo Vladimir

Vladimir Poutine vient de réussir un triplé éblouissant qui en dit long sur les qualités de ce maître de la stratégie géopolitique.
On le disait ruiné par la chute du prix du pétrole, prêt à s’engloutir à son tour dans les sables syriens, comme naguère les Américains en Afghanistan. Le voici qui, contre toute attente, abat sur la table un carré d’as, enfin, au moins un tiercé. Décidément nos amis américains, et nos stratèges en chambre de l’Elysée, auraient bien des leçons à prendre du patron du Kremlin.

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La défense de la France en question

Après les graves attentats qui ont frappé la France en 2015, il importe de se poser la question de savoir si la sécurité des Français est assurée dans des conditions satisfaisantes. Ce qui revient, en premier lieu, à s’interroger, après des années de long déclin, sur l’effort de défense de notre pays. Le budget de la défense est-il adéquat ou insuffisant ?
Par ailleurs, comme certains milieux le soutiennent, l’OTAN est-il devenu inutile, et même encombrant, dans la mesure où il incite la France à ne pas faire suffisamment d’efforts pour sa défense et que la Guerre Froide est terminée depuis longtemps ?
Par ailleurs et enfin, après des derniers attentats de novembre 2015, est-il normal de stationner en permanence des soldats français dans nos rues comme en temps de guerre ?

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Vladimir Poutine est-il atteint d’autisme ?

Vladimir Poutine est, selon une étude américaine, atteint d’une forme atténuée d’autisme. Ainsi s’expliquerait son regard fixe et le fait qu’il n’écoute personne. Ce n’est pas exclu.
Mais ce qu’il y a de sûr est qu’il a une idée fixe : remettre tôt ou tard la main sur l’Ukraine pour reconstituer l’Empire russe. Et c’est pourquoi n’a pas prêté la moindre attention aux propos tenus par François Hollande et Angéla au cours de leur énième toute récente mission à Moscou pour « sauver la paix ».
C’est qu’il n’a aucune raison de le faire. Ils n’ont « rien à lui vendre », sauf une vague promesse de l’atténuation, voire la suppression des fameuses sanctions », dont on a pu voir qu’elles ne servent rigoureusement à rien et que Vladimir Poutine s’en moque éperdument. Depuis le temps, l’Occident devrait savoir que les dirigeants de la Russie, comme avant ceux de l’Union soviétique auparavant, sont largement insensibles à l’argument économique. Ils traitent le niveau de vie des Russes et leurs ressources comme une espèce d’édredon capable d’absorber n’importe quel choc conjoncturel. Ils peuvent le gonfler ou comprimer à loisir, au nom du patriotisme russe, du souvenir de la grande guerre patriotique et de la lutte contre l’ennemi héréditaire, l’Amérique Et grâce à la vodka… potion magique, panacée universelle, qui permet aux Russes de tout supporter. D’ailleurs Vladimir Poutine, en fin connaisseur de l’âme russe, vient d’en abaisser le prix. Ce n’est pas un hasard.

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L’Afrique, toujours sous perfusion, s’agite plus que jamais

L’Afrique n’en finit pas de nous occasionner des soucis sur le plan de la sécurité. Rien à voir avec l’Ukraine ou la Crimée, fort heureusement. Mais après le Mali, c’est maintenant la Centrafrique qui entre en fusion.

Depuis deux ans, ce continent déshérité a exigé de la France deux interventions militaires, de faible envergure il est vrai, pour ramener un semblant d’ordre dans l’un et l’autre de ces deux pays agités de soubresauts convulsifs sporadiques, l’opération Serval au Mali, puis, dans la foulée, l’opération Sangaris en Centrafrique. On se demande d’ailleurs où les militaires en charge de ces affaires sont allés pêcher des noms aussi bizarres. Tant mieux, cela montre qu’à défaut d’être suroccupés, nos militaires ont de l’imagination.

Ces interventions appellent deux observations. La première est qu’il s’agit d’opérations « en trompe l’œil » en ce sens que, relativement peu coûteuses, elles sont immanquablement couronnées de succès (du moins en apparence), compte tenu de la faiblesse relative de l’adversaire. Elles contribuent ainsi à donner au public, fort ignorant et du reste indifférent à la « chose militaire », une fausse idée de l’état réel de nos forces armées dont la faiblesse intrinsèque, faute de ressources adéquates, est ainsi camouflée aux yeux de l’opinion.

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L’armée française : pourquoi faire ?

De même que le visage, dit-on, est le reflet de l’âme, l’armée est le reflet de la nation. Or si la nation n’est plus grand-chose, l’armée ne l’est pas non plus. Dés lors, l’armée française, qui est pourtant un des derniers refuges des valeurs fondamentales de la nation, ne serait-elle pas, avant tout, victime de la dégradation de notre société ?

La misère de nos armes

Il ne faut pas pourtant se résigner et dénoncer haut et fort tant qu’il est encore temps la grande misère de nos armées. Disons-le d’entrée de jeu, la France ne dépense pas assez pour son armée, du moins en regard des intentions et des ambitions affichées.
L’armée française est certes, et dans une certaine mesure, victime de la « crise ». Elle est ainsi devenue, au fil des années, la variable résiduelle d’ajustement budgétaire, celle qu’on taille et retaille dans l’espoir, au demeurant toujours déçu, de parvenir à l’équilibre budgétaire. Mais les 23 500 postes supprimés dans l’armée sont plus que compensés par la création, parfaitement démagogique, de 60 000 postes d’enseignants, déjà en sur nombre. Car la voix de la Grande Muette est bien faible en regard des vociférations qui accueillent toute mesure portant atteinte à l’obésité d’autres secteurs de notre société d’abondance.
Cela dit, la loi de programmation militaire de 5 ans (LPM) qui devra couvrir la période 2014/2019 a quand même été accueillie par une vive désapprobation de la part des meilleurs observateurs militaires. Cela se comprend. Car elle poursuit le processus de compression du budget de nos forces armées déjà largement amorcé sous Nicolas Sarkozy. Tout cela est connu. Mais il faut quand même le rappeler à une opinion qui n’y accorde qu’une attention distraite à ces questions pourtant cruciales, avant de se plonger dans les délices du prochain match de foot.
La France est-elle en passe de se donner une armée croupion ? La question mérite d’être posée. Certes, le montant des crédits prévus est, en principe, « sanctuarisé » comme on dit. Promis juré, on n’y touchera pas. A ceci près que la projection des crédits ne tient pas compte de l’inflation. A 2,5 % l’an, cela signifie déjà, en cumulé, une amputation d’environ 13 % sur 5 ans. Ce n’est pas rien. Sans compter d’autres conditions permissives concernant des recettes à caractère exceptionnel à réaliser, donc forcément aléatoires.
La contraction à la fois des budgets et des effectifs amorcée depuis une trentaine d’année se poursuit donc sans discontinuer. Le budget de nos forces, qui avait atteint 3,5 % du PNB atteint sous de Gaulle, est retombé à 1,5 % aujourd’hui avant de décliner vraisemblablement, à 1,3 % demain. Et pourtant la France est devenue bien plus riche qu’à cette époque.
La LPM prévoit, comme la presse s’en est fait l’écho, la suppression de 23 500 postes, dont 9 000 pour les forces opérationnelles et 14 500 pour le soutien alors que les effectifs de l’armée avaient déjà été fortement réduits dans la période précédente. En effet, la loi LPG 2006/2013 avait déjà supprimé 54 000 postes. Au total, ce sont donc 75 000 postes qui auront été retirés aux effectifs des armées en un peu moins de 10 ans, soit près d’un quart des effectifs totaux. Imaginons une ponction aussi forte opérée sur le personnel de l’éducation nationale. Ce serait la révolution.
Cette réduction des effectifs comporte aussi l’inconvénient majeur de déséquilibrer fortement la pyramide des effectifs avec hypertrophie au sommet et insuffisance à la base. L’armée tend à ressembler à un nain à tête trop volumineuse pour le reste du corps (ou pire encore à l’armée mexicaine de légende).
Au surplus, 4 bases aériennes seront mises en sommeil et 4 à 5 régiments dissous (dont un régiment de dragons équipé de chars Leclerc ). Les effectifs, eux, seront comprimés comme on l’a vu, tout en conservant, selon les dires du ministre, des forces projetables de 15 000 soldats et 45 avions de combat. De quoi sans doute tenir Monaco ou le Liechtenstein en respect, au moins pour un temps.

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Quand Hollande singe Sarkozy

Qui aurait cru que le bon visage de clerc de notaire de notre cher président, cachait l’âme fière et altière d’un condottiere ou d’un nouveau Don Quichotte ?
Notre paisible François Hollande, galvanisé par la poignée des va-en-guerre de service, associations bienfaisantes, anciens du Quai à l’âme tendre et journalistes au grand cœur, ceux qui avaient déjà donné contre Kadhafi (Allah ait son âme ), veut absolument envoyer l’armée française guerroyer en Syrie. Voilà la France intronisée comme « gendarme du monde « bis », à la traîne de l’Amérique quand même. Car c’est elle qui a les moyens militaires. Les Français sont là pour aboyer frénétiquement à la moindre occasion et « éveiller les consciences », le beau rôle quoi. Comme si la lutte contre le chômage ne suffisait pas à épuiser les maigres ressources intellectuelles de notre cher président.
D’autant plus que, plus le président demande à nos forces armées d’intervenir aux quatre coins du monde, moins le gouvernement s’engage à leur financement. La crise vous dis-je. Et les restrictions budgétaires sont toujours là. Le budget des armées de la France est à un étiage jamais atteint : 1,5 % du PNB et de réduire les effectifs déjà maigrelets de 37 000 hommes. C’est l’âne de Buridan.

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François Hollande dans la souricière

Il n’a aucune chance d’en sortir. Voici pourquoi.

Tous les indicateurs sont au rouge : le déficit public atteint 72,6 milliards (sur une base annuelle). Prévu à 3,7 % en 2013, il devrait plutôt s’orienter vers 4% du PIB. Les défaillances d’entreprises se multiplient : plus de 15 000 en deux mois, d’où un chômage historiquement élevé, proche de 11%. Ce n’est pas fini, hélas. Les créations d’emplois sont à la baisse : près de 8000 emplois sont perdus chaque jour. La compétitivité est en baisse et la productivité aussi. La France est-elle devenue le « malade de l’Europe » aux côtés de la Grèce, de l’Irlande, de l’Espagne et de l’Italie ?
C’est la raison pour laquelle l’agence de notation Fitch vient de retirer à la France son triple A, qu’elle avait conservé jusqu’ici par on ne sait quel miracle. Il était temps. Car conserver un triple A à une économie qui sombre en douceur était une aberration qui n’avait que trop duré.

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L’affaire Petraeus – An american comedy

Elle commence en farce et finit en tragi comédie.

La farce, c’est cette « romance « entre un général couvert de médailles et blanchi sous le harnois et une dame de la bonne société américaine de province. La tragi-comédie, c’est sa démission peu glorieuse de son poste, névralgique, de directeur de la CIA et les répercussions bien fâcheuses de cette sombre histoire sur l’establishment militaire américain. Quelle merveilleuse comédie de boulevard Feydeau en aurait tiré !

Les acteurs sont désormais bien connus. Petraeus est, ou plus exactement était, un héros militaire comme les Américains aiment à s’en doter : svelte, élégant, visage en lame de couteau, un vrai général d’Hollywood. Bien que n’ayant jamais commandé de troupes au feu, il a volé de postes prestigieux en commandements stratégiques, Irak, Afghanistan, OTAN avant d’être porté à la tête de la plus grande agence d’espionnage au monde, la fameuse CIA (que l’on retrouve dans tous les mauvais coups depuis 50 ans, Baie des Cochons comprise). En fait, à y regarder de plus près, il semblerait bien qu’il ait été avant tout un général « mondain », fort soucieux, semble-t-il, de se ménager les relations utiles à sa carrière.

Elle, mariée s’il vous plait, avec deux enfants, est une-femme-de-lettres en herbe, ambitieuse comme il se doit. Ayant bénéficié d’une formation militaire à West Point (mais elle avait sans doute, séché les cours d’éthique) puis civile à Harvard elle s’est installée avec son radiologue de mari (il faut bien vivre) à Charlotteville, North Carolina, petite ville provinciale, où elle devait s’y ennuyer ferme. Son CV ne comporte pas moins de 6 lignes, depuis « féministe », « surfer », « skieuse », « retraitée de l’armée » pour terminer sur une note attendrissante « Maman ». Il ne lui a manqué que d’avoir été interne à la Maison Blanche, comme Monica Lewinsky. En bref, une héroïne de la série « Desperate Housewives », une de ces innombrables américaines sans emploi dans la société américaine d’aujourd’hui qui débordent d’énergie, de frustrations, d’ambitions non réalisées mais qui se croient tout permis. L’analyse de son ordinateur a quand même révélé nombre d’informations relatives aux déplacements et activités du haut commandement militaire américain, sans compter ceux du général Petraeus, bien entendu. Là, une ligne rouge a été franchie et l’on sort de la frivolité mondaine.

Le tableau de famille ne serait pas complet sans Jill Kelley, (3 enfants, bien sûr), celle par qui le scandale est arrivé. C’est une sorte de Madame Bovary à l’américaine. Ici on a affaire à une « socialite » comme on dit aux USA, une dame du beau monde de Tampa, Floride, qui reçoit énormément de personnalités plus ou moins connues, dans le domaine militaire tout au moins. On songe ici naturellement au « Great Gatsby », le héros du beau roman de Scott Fitzgerald. C’est elle qui a eu l’idée lumineuse d’alerter le FBI, s’il vous plait, après avoir reçu une série de mails jugés menaçants. On croirait assister à un épisode de la saga Treirweiler contre Ségolène Royal.

En fait, ce ménage de haut vol, vu de plus près, apparaît sous des traits moins sympathiques. Sa Fondation contre le cancer semble avoir moins financé la recherche que des dîners de grand standing, des réceptions de haut niveau, de luxueux voyages à l’étranger, sans compter de de généreuses dépenses de fonctionnement. (Cela rappelle étrangement quelque chose de familier chez nous. Mais quoi ?). Mais là où le cas semble s’aggraver, est que ce couple qui recevait tant et si bien du beau monde en uniforme, était endetté jusqu’au cou. Une photo de groupe montre ces deux couples rondouillards en goguette en compagnie du général Petraeus, toujours efflanqué, la casquette vissée sur la tête, tel une asperge plantée dans un champ de navets. Bref, du beau linge.

Mais l’affaire se corse avec la mise en cause du général John Allen, ancien responsable en second du haut commandement central américain à Tampa et qui avait remplacé le général Petraeus en Afghanistan. Les services secrets ont identifié pas moins de de 20 000 à 30 000 mails échangés entre Kelley et ledit général. Apparemment le haut commandement militaire américain dispose de pas mal de loisirs pour l’écriture sentimentale. Du coup, sa nomination, imminente, comme commandant en chef à l’OTAN parait fortement compromis. Quand on vous dit que la femme est la perdition de l’homme.

Mieux encore, l’agent spécial du FBI chargé de l’enquête à ses débuts, l’honorable Frederick Humphries II, a tout fait pour étouffer l’affaire. C’est qu’il avait, lui aussi, une relation spéciale avec Jill Kelly. Décidément, ces quadragénaires américaines sont irrésistibles. O tempora, o mores.

On nage en plein vaudeville.

Là où cela devient moins divertissant est la démission surprise de Petraeus. Il était évident qu’il ne pouvait rester à ce poste de haute responsabilité, mais de vulnérabilité non moins grande, exposé au quotidien à des risque de chantage qui n’auraient naturellement pas manqué de se produire. Mais, du coup, le malheureux président Obama se trouve privé de militaires d’expérience au moment où il en aurait le plus besoin, avec une actualité géopolitique qui commence à se charger sérieusement un peu partout dans le monde, en Syrie, en Lybie, avec le retrait programmé d’Afghanistan, les menaces au Liban, à Gaza, avec l’Iran. Sans compter le remplacement d’Hillary Clinton au Secrétariat d’Etat et l’imprévisible Chine.

Mais cette triste affaire jette aussi une lueur un peu trouble sur la capacité d’Obama de bien choisir ses proches collaborateurs. Et aussi sur les moeurs, valeurs, comportements de certains militaires américains de haut rang, qui semblent plus portés à goûter aux joies de la Dolce Vita de Fellini que de partager la vie rugueuse de leurs soldats engagés sur le terrain. Trop de confort sans doute et manque d’éthique sans nul doute. Certes, la chair est faible, dans le civil comme dans l’armée. Mais quand même. Ce personnel semble malheureusement faire preuve à l’occasion d’une certaine fragilité psychologique joint à une certaine naïveté. On a l’impression d’avoir affaire à des teenagers, des ados immature tirés d’American Graffiti. Que le directeur de la CIA se livre à une débauche de mails compromettants sans prendre la précaution élémentaire de les encoder peut aussi surprendre. De vrais gamins.

Au surplus, ne dit-on pas en français « jamais dans le diocèse »(en allemand : nie im die Kompanie ») ?

Ceci, étant, il n’en demeure pas moins que l’establishment militaire américain ne sort pas grandi de cet épisode quelque peu sordide, d’autant plus que bien des questions non résolues se posent encore. Une affaire à suivre donc.

Nicolas Sarkozy est-il vraiment un agent d’Israël ?

L’idée parait absurde a priori. Pourtant il est permis de se demander si, comme acteur direct ou à titre de supplétif des Etats-Unis, Nicolas Sarkozy n’a pas eu tendance à privilégier systématiquement les intérêts d’Israël au détriment de ceux de la France.

Il est quand même surprenant, en effet, de constater que sa première déclaration publique, peu de temps après son échec aux présidentielles, a été pour « tacler » comme on dit aujourd’hui le président Hollande sur sa faiblesse supposée envers la Syrie. Curieux hasard.

On notera, au passage, qu’il n’est guère dans la tradition républicaine qu’un président fraîchement battu prenne la parole en public pour critiquer sans tarder son heureux successeur, surtout sur des questions de politique étrangère. Il est vrai que Nicolas Sarkozy ne s’est jamais beaucoup soucié de la bienséance et des convenances républicaines. On ne se refait pas.

Mais pourquoi cette ardeur renouvelée envers la Syrie ? On avait pu croire, un instant, que sur l’affaire libyenne, Sarkozy, alors président, s’était laissé convaincre par le trop fameux Bernard Henri Levy porté par un amour immodéré pour les Libyens en grand danger de mort sous la férule tyrannique de l’infâme Kadhafi (reçu quand même en grande pompe à l’Elysée quelques années auparavant).

Mais, avec le recul, il apparaît clairement qu’avec ou sans BHL, c’est Sarkozy lui-même qui était bel et bien à l’origine de cette généreuse croisade en faveur des Libyens épris de liberté. Ces derniers ont donné sans tarder la preuve de leur attachement aux vertus démocratique en rétablissant la Charia pour améliorer la condition féminine puis, tout récemment, selon diverses sources, en sodomisant, torturant et assassinant le malheureux ambassadeur Christopher Stevens, pourtant leur ami de toujours.

Alors pourquoi cet enthousiasme pour une intervention française en Syrie ? C’est là qu’il faut procéder, comme le disent les Anglo-saxons, à un petit exercice de « connecting dots », consistant à tirer des traits entre des points apparemment sans lien.

Avant la Libye, il y avait eu le retour en fanfare à l’OTAN qui a entraîné la mort en Afghanistan d’une centaine de nos soldats avant de se traduire, dans les mois à venir, par un retrait précipité sous la pression des Talibans, décidément bien coriaces. Mais pourquoi l’envoi d’un contingent de 4000 hommes, là où Chirac, pour une fois fort sage, s’était contenté d’envoyer une petite poignée de « conseillers » ? La réponse est claire. Il s’agissait de renouer des liens forts avec la puissance américaine quelque froissée après le refus français d’aller se balader en Irak. Jusqu’ici rien à dire, sauf que cette expédition aux antipodes, sans objet et sans succès, aura un peu plus épuisé nos forces et nos hommes dans un conflit sans issue. Nos soldats sont-ils morts pour rien ?

Mais là où le tableau se précise c’est quand on se rappelle que la France de Sarkozy a cru bon d’installer le 26 mai 2009 une base militaire de 500 hommes face à l’Iran (à 150 miles très exactement), à proximité du Detroit d’Ormuz, un magnifique Dien Bien Phu en perspective en cas de conflit sérieux. Cela rappelle évidemment certains souvenirs.

En termes de sécurité de nos approvisionnements pétroliers, une base française dans le Golfe persique n’a évidemment aucune portée opérationnelle. Quant à se lancer militairement à l’assaut de Téhéran à partir de là, on demande à voir. Pure bravade ou un geste de portée symbolique, ou diplomatique si l’on préfère, à l’adresse de l’Iran, pour faire plaisir aux Emirats ? Mais croit-on vraiment intimider l’Iran de la sorte ? Et, peut-on se demander, à l’instigation de qui cette décision, qui pourrait se révéler lourde de conséquences, a-t-elle été prise, et au profit de qui, les USA ou Israël ?

Là dessus intervient l’écrasement de la petite Libye, avec le concours en sous-main de la puissante Amérique qui détruit subrepticement les défenses anti aériennes de ce pays ainsi que les centres de communications (sans compter la fourniture de carburant et de munitions aux vaillants alliés européens à court de tout). Pourquoi cette démonstration de force purement gratuite ? Sans doute pour intimider les pays du Moyen-Orient qui douteraient de la détermination de la France de Sarkozy à entrer avec conflit avec l’Iran aux côtés d’Israël.

L’occasion n’a pas tardé à s’en présenter avec l’affaire de Syrie. Une fois de plus la France se porte aux avants postes, BHL en tête, pour sonner la charge contre la communauté alaouite, branche chiite, regroupée autour du président Bashar al-Assad sous le voile pieux d’une nouvelle croisade à caractère humanitaire, bien sûr. On a déjà vu le film. En fait, il s’agissait tout bonnement d’abattre Bashad Al Assad, soutenu par l’Iran chiite et de préparer son remplacement par un homme de paille sunni quelconque supposé favorable à un accommodement avec Israël et, bien entendu, les Etats-Unis ainsi qu’avec l’Arabie Saoudite, place forte des Sunnis mais surtout, grand pourvoyeur de pétrole à l’Amérique perpétuellement assoiffée. Cherchez l’erreur.

Car, patatras, le beau château de cartes s’effondre. En effet : a) Al Assad se défend comme un beau diable avec l’énergie du désespoir, sachant bien qu’en cas de défaite, son sort serait, au mieux, celui de Kadhafi b) La Chine et la Russie, déjà bernés avec la résolution de l’ONU 1973 par Juppé, notre va-t’en guerre de Dax (département des Landes), n’ont aucune envie de se laisser rouler dans la farine une fois de plus c) Les USA en pleine campagne électorale n’ont aucune intention de se laisser entraîner derechef dans une nouvelle guerre forcément impopulaire et plus qu’incertaine au Moyen-Orient d) et, surtout, la Syrie n’est pas la Libye.

Une intervention intempestive de la France se traduirait par des pertes bien plus sévères pour nos armes. Sans compter qu’une fois Al Assad abattu, tout porte à croire que ce serait une coalition d’islamistes fanatiques, déjà venus de tous les coins du monde, Afghanistan compris, qui viendraient s’emparer du pouvoir pour se lancer à partir de cette base aimablement offerte par l’occident, toujours prêt à jouer les apprentis sorciers, dans des attaques terroristes tous azimuts. A cet égard l’assassinat atroce de l’ambassadeur américain en Libye a, sans aucun doute, refroidi les ardeurs de l’Amérique et montré clairement les dangers d’un humanitarisme interventionniste excessivement naïf.

Mais qu’importe, pour notre Sarko national, rien ne serait trop coûteux pour affaiblir l’Iran, que ce soit directement ou indirectement, et se substituer, s’il le faut, à l’ami américain défaillant pour soutenir Israël.

Lettre ouverte à Alain Juppé sur la Syrie

Mon Cher Alain,

Vous savez l’admiration sans bornes, et même l’affection –le mot n’est pas trop fort- que je vous porte depuis le jour où je vous ai rencontré, jeune inspecteur des finances fraîchement émoulu du concours, mais déjà confortablement logé à la Mairie de Paris. Vous en avez fait du chemin depuis cette heureuse époque !

C’est la raison pour laquelle l’ainé que je suis pour vous, -car j’étais déjà haut fonctionnaire à l’OTAN quand vous étiez encore en culottes courtes-, prend respectueusement la liberté de vous donner quelque conseils qui vous seront, j’en suis sûr, fort utiles, dans la période incertaine que nous traversons.

Vous vous interrogiez tantôt sur la raison pour laquelle ces coquins de Chinois et ces fripons de Russes avaient proprement torpillé le 4 février dernier votre projet de résolution sur la Syrie à l’ONU.

Permettez-moi de vous éclairer sur ce point

Ils vous ont tout simplement rendu la monnaie de la pièce.

Car, rappelez-vous, vous les aviez proprement « roulés dans la farine » avec la fameuse résolution 1973 de l’ONU qui vous autorisait à bombarder, du haut des airs, la Libye du colonel Kadhafi pour « sauver des vies humaines ». Pourquoi pas ? L’humanitaire qui fait pleurer les chaumières fait toujours recette dans nos médias. Mais vous en avez profité, toute honte bue, et au mépris du droit international, pour écraser ce malheureux pays sous un tapis de bombes (et ce, avec l’aide occulte des Etats-Unis sans laquelle nos forces n’auraient pas tenu plus de 15 jours, faute de carburant et de munitions, sans compter la destruction des batteries antiaériennes de la Lybie sans laquelle nos forces aériennes auraient sans doute subi des pertes insupportables).

Mais, allant plus loin dans votre logique, vous avez cherché le renversement du régime, et même autorisé indirectement l’assassinat par une foule déchaînée du Colonel Kadhafi, certes, personnage fort peu recommandable, mais quand même. Pour un ministre qui invoque à tout propos « l’honneur de la France » et pour un président qui se réfère à tout instant aux droits de l’homme, avouez que cela n’est pas trop mal.

Or il se trouve que Chinois et Russes, eux, ont conservé la mémoire et qu’ils n’entendent pas voir ce scénario se répéter trop souvent. Et pourquoi ne pas intervenir au Tibet et en Tchétchénie tant que vous y êtes ?

D’autant plus que ces interventions irréfléchies se terminent inévitablement par des désastres. Il ne vous échappera pas que, selon les gazettes, la Libye est au bord du chaos, que la Charia est en voie d’y être rétablie (ah ! la libération des femmes) et que les milices y font la loi. Cerise sur le gâteau, les milices Touareg que vous avez si péniblement délogées sont allées incontinent s’installer au Nord du Mali où elles trouvent naturellement à s’employer pour déstabiliser la région et les régimes qui sont nos amis. Du beau travail en vérité. Cela valait effectivement la peine de rameuter l’Europe à grands cris pour parvenir à un tel résultat. Et tout cela pour gratter quelques points de plus (vite envolés) dans les sondages.

Mais réfléchissez un peu si cet exerce n’est pas trop pénible en période pré électorale. Chaque fois que l’occident a voulu se mêler des affaires d’autrui, au nom des sacro saints droits de l’homme, les conséquences ont été proprement catastrophiques. Voyez la Libye, voyez l’Irak, voyez l’Afghanistan dont nous allons avoir toutes les peine du monde à nous extirper sans trop de dommages. Demain ce sera l’Iran ?

Vous voudriez que la France aille encore se mêler des affaires syriennes ? Certes, le régime du président Bachar el Assad n’est guère un modèle de démocratie et que le personnage lui-même est fort peu sympathique. Le mot est faible. Les abus de pouvoir sont flagrants et la répression, semble-t-il, féroce. Mais, tout d’abord, que savez-vous de la réalité sur le terrain que nous ne connaissons qu’au travers des informations fournies par les insurgés ? Ce qui n’est pas forcément un modèle d’objectivité. Au surplus, que proposez-vous de faire ?

La Syrie, comme nombre de ces pays au Moyen-Orient, et je cite le Yémen, la Jordanie, l’Irak, le Liban, la Somalie, la Libye, et même l’Egypte –excusez-moi du peu- sont autant de pays composé de minorités, souvent de tribus à vrai dire, séparées par d’innombrables et anciennes haines intertribales et religieuses fortement enracinées . Pour la seule Syrie, la minorité alaouite au pouvoir depuis 40 ans, fédère à grand peine la majorité sunnite, mais aussi les minorités druzes, chrétiennes, kurdes, que sais-je encore.

Et vous envisagez, piqué par ce tracassin interventionniste hérité du « droit d’ingérence » du célèbre Bernard Kouchner, d’intervenir dans ce guêpier pour y rétablir sans doute la paix, l’harmonie, la concorde entre ces communautés ennemies, au prix sans doute de pertes humaines dont vous avez perdu le souvenir, comme naguère au Liban avec l’attentat du Drakkar, 58 morts, du temps de François Mitterrand (241 morts pour les Américains à Beyrouth). Certes, la tentation est grande d’aller tailler quelques croupières à l’Iran qui ne cesse de nous causer du chagrin et aussi, à quelques semaines des élections présidentielles, de faire apparaître la France, comme pour la Libye, comme l’ardent défenseur de tous les persécutés dans le monde. Cela nous vaudra bien quelques manchettes dans les journaux et une remontée, que l’on espère n’être pas trop fugace, dans les sondages du lendemain.

Mais admettons que cela ne se passe trop mal. Allez-vous vous installer là-bas pour longtemps, comme naguère au Liban, puis en Afghanistan, puis l’évacuer subrepticement, comme on l’a fait au là et ailleurs, au Vietnam, en Irak et bientôt en Afghanistan, en laissant ce malheureux pays « délivré » par les armes occidentales en proie à une guerre civile qui promet de faire passer les troubles actuels comme de paisibles manifestations ?

Laissez donc les Russes, et pourquoi pas les Chinois, se débrouiller comme ils l’entendent puisqu’ils ont la prétention de s’immiscer dans cette inextricable affaire.

Sachez, mon Cher Alain, que la meilleure politique, dans certaines circonstances, est de savoir s’abstenir et de n’intervenir que lorsque les intérêts fondamentaux du pays, la France en l’occurrence, au cas où vous l’auriez oublié, sont engagés.

En Syrie, c’est loin d’être le cas.

Et abstenez-vous, pour l’amour du Ciel, d’aller chercher conseil auprès de M. Bernard-Henry Levy, l’homme par qui la catastrophe arrive, inévitablement.

Yves-Marie Laulan