La défense de la France en question

Après les graves attentats qui ont frappé la France en 2015, il importe de se poser la question de savoir si la sécurité des Français est assurée dans des conditions satisfaisantes. Ce qui revient, en premier lieu, à s’interroger, après des années de long déclin, sur l’effort de défense de notre pays. Le budget de la défense est-il adéquat ou insuffisant ?
Par ailleurs, comme certains milieux le soutiennent, l’OTAN est-il devenu inutile, et même encombrant, dans la mesure où il incite la France à ne pas faire suffisamment d’efforts pour sa défense et que la Guerre Froide est terminée depuis longtemps ?
Par ailleurs et enfin, après des derniers attentats de novembre 2015, est-il normal de stationner en permanence des soldats français dans nos rues comme en temps de guerre ?

L’effort de défense

En 2015, l’effort de défense de la France (définition OTAN) plafonne, depuis des années, à 2,2 % du PIB (produit intérieur brut). Est-ce suffisant ? Cela dépend par rapport à quoi.

1° Selon les milieux militaires, les dépenses de défense de notre pays sont tout à fait insuffisantes et ne permettent pas à notre armée d’accomplir convenablement les missions qui lui sont confiées. Pourquoi ?

2° Certes, par rapport aux autres pays européens, le budget militaire français est en bonne position à 2,2 % du Pib (contre 1,2 % pour l’Allemagne, 2,0 % pour la Grande Bretagne (mais 3,5% pour les USA et 4,5 % pour la Russie). Mais il faut savoir que l’Europe, en déclin, ne dispose plus d’une défense digne de ce nom. L’esprit de défense s’est effondré.

3° Par rapport aux missions militaires que notre pays s’est assignées, ce budget est insuffisant du fait de la vocation française de maintien de l’ordre en Afrique (les OPEX, les opérations extérieures) et du coût spécifique de notre armement nucléaire. Il faut maintenant, au surplus, tenir compte que les attentats dont la France a été victime en 2015 justifient un effort particulier :
– pour parer aux nouvelles menaces apparues à l’extérieur au Moyen Orient et en Afrique, en Syrie, aujourd’hui au Mali, demain probablement en Libye et sans doute un jour ailleurs…
– sur le territoire national avec l’opération Sentinelle.
Au total, porter progressivement le budget de la défense à 2,5 % du PIB, soit environ 7 milliards de plus, serait souhaitable et économiquement parfaitement supportable.

Les rapports avec l’OTAN

On se souviendra que le général de Gaulle, dans un sursaut nationaliste spectaculaire, avait décidé en 1966 de faire « sortir » la France de l’Organisation de l’Atlantique Nord dont elle était devenue membre en 1947, au lendemain de la guerre. Dans l’esprit du général, cette sortie de l’OTAN devait restituer à la France la liberté de manœuvre diplomatique dont elle aurait été privée du fait de cette adhésion.
En réalité, et sans que le grand public s’en rende clairement compte, la France n’a jamais cessé d’appartenir à l’Alliance Atlantique, l’organisation politique et diplomatique de l’OTAN, dont le siège est à Bruxelles. Par contre, elle a effectivement quitté le Shape, le commandement militaire intégré, qui a pour tâche la coordination des Plans de défense, dont le siège est Mons (Belgique) (ce qui a fâcheusement privé un certain nombre d’officiers français de la faculté d’apprendre l’anglais commodément).
De fait, le départ de l’OTAN n’a eu que des répercussions mineures. Cela a permis l’installation de l’université de Dauphine dans les magnifiques bâtiments libérés dans l’Ouest de Paris et de loger, à peu de frais, la population locale dans les locaux construits dans les Landes pour loger les soldats américains. Pour le reste, il faut bien convenir que la France et l’Alliance n’ont-guère souffert de cette séparation largement symbolique sur le plan de la sécurité commune. Au demeurant, quand le président Nicolas Sarkozy a décidé, en 2007, de réintégrer les structures de l’OTAN, cela, à nouveau, n’a pas changé grand-chose.
Ce que les politiques fraichement élus, ou ceux qui aspirent à le devenir, n’ont pas l’air de comprendre est que la France et les Etats-Unis sont des alliés de fait, qu’ils le veuillent ou non, en raison de la « nature des choses », comme aurait dit le Général de Gaulle en son temps, c’est à dire la situation géopolitique de nos deux pays. On ne voit guère la France conclure une alliance militaire avec la Chine, l’Inde ou le Brésil, avec la Russie encore moins. Maintenir de bonnes relations avec ces pays est largement suffisant répond largement à nos besoins de sécurité.
Mais il y a plus. Nos interventions à l’étranger sont largement soutenues, et même indirectement financées par les USA. En cas de nouveau départ de l’OTAN, la France risquerait fort de compromettre ce soutien pourtant indispensable.
A titre d’exemple, l’intervention française en Libye n’a été rendue possible que parce que les USA ont consenti à neutraliser les défenses anti aériennes de Kadhafi, lesquelles auraient sans aucun doute infligés des pertes plus ou moins lourdes à nos forces. Imaginons l’effet sur l’opinion publique de la destruction de plusieurs de nos avions.
Autre exemple, tout récent. Le 27 novembre 2015 la Russie a vu son chasseur bombardier SU-24 volant à 6 000m d’altitude « mis au tapis » par la défense aérienne turque, avec un effet désastreux pour le prestige russe.
Cela en dit long sur les capacités de défense anti aériennes modernes. Si nous voulons intervenir à nouveau en Libye, ou en Syrie, il faudra au préalable s’assurer de la sécurité du ciel. Les Américains sont en mesure de nous aider à le faire. Le meilleur moyen de s’assurer leur concours n’est certainement pas de quitter l’OTAN.
Cela dit, le maintien dans l’OTAN n’exclut nullement, bien au contraire, le rapprochement avec la Russie de Vladimir Poutine, pays traditionnellement ami, qui a bien des intérêts communs avec la France. A cet égard, les sanctions contre la Russie sont une sottise inutile. Il faudrait y mettre un terme, d’autant plus que la situation dans le Donbass semble s’être sérieusement apaisée et aussi que la Russie traverse une période particulièrement difficile avec l’effondrement du prix du pétrole. Ce n’est guère le moment d’en « rajouter ».

Notre départ de l’OTAN provoquerait-il un sursaut de l’esprit de défense qui amènerait le gouvernement de consacrer plus de ressources à nos armées ?

C’est malheureusement fort peu probable. Le problème est ailleurs. Il tient pour l’essentiel à la concurrence pressante et croissante des crédits sociaux L’Etat Providence s’est développé de façon prodigieuse au cours des 30/40 dernières années. Il y a conflit perpétuel entre la défense et le social.
C’est évidemment le dernier qui l’emporte à l’arbitrage. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’armée fait peut-être gagner des batailles mais le social fait gagner les élections. C’est une pure question de volonté politique.

L’armée dans les rues de Paris

C’est une mesure inédite, en France comme en Europe (sauf pendant la Commune de Paris en 1870 ou en Irlande du Nord dans les années 70 ou en Espagne sous Franco). En fait, il s’agit d’une situation parfaitement anormale qui traduit simplement l’incurie des pouvoirs publics face à un évènement malheureusement fort prévisible, le terrorisme, et d’une réaction qu’il faut bien qualifier d’inepte. Car :
a) Croit-on sérieusement que la présence de deux ou trois soldats frigorifiés faisant le pas de grue devant la synagogue ou l’école juive du coin pourrait en quoi que ce soit dissuader des terroristes bien armés et déterminés.
b) Bien plus, cette disposition est parfaitement discriminatoire au point d’en être choquante. Car enfin, les attentats de janvier 2015 visaient non des Juifs mais des journalistes jugés blasphémateurs ; ceux du Bataclan le 13 novembre visaient non des Israélites mais de bons petits Français amateurs de rock. Dès lors il conviendrait en bonne logique de poster des soldats devant tous les domiciles des particuliers, tous les établissements de spectacle, toutes les églises et monuments publics etc. etc. Toutes nos forces armées ne suffiraient pas à la tâche.
En bref, l’armée n’a pas à se substituer à la police et à la gendarmerie. Ce n’est ni son métier ni sa mission.
Il s’agit d’une mesure démagogique visant à « rassurer le bourgeois » dans l’attente d’un traitement de fond destiné à rétablir la sécurité des Français, lequel se fait toujours attendre. L’armée n’a rien à gagner du prolongement de cette disposition improvisée dans l’urgence.

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