L’Ukraine en péril

Yves-Marie Laulan Paris le 2 avril 2014

L’Ukraine en péril

Le problème de l’Ukraine s’enracine clairement dans la situation catastrophique de son économie. Pourquoi l’Ukraine est-elle en état de faillite virtuelle ? C’est bien là le nœud du problème. Car si ce pays avait des finances en équilibre avec une économie prospère, il n’aurait pas eu besoin d’appeler à l’aide l’Union européenne, si bien que Poutine n’aurait pas eu l’occasion de venir se mêler des affaires ukrainiennes.
Rappelons que l’Ukraine a un énorme problème d’endettement. Le déficit des paiements extérieurs atteint 8 % du PNB, et au cours des deux prochaines années, en 2014 et 2015, ce sont 35 milliards de dollars qui viennent à échéance. Par ailleurs, les réserves de change sont au plus bas, les banques sont à court de liquidités et l’endettement atteint 180 % du PIB, des taux « grecs ». Notons, au surplus, qu’entre1996 et 2013, la population de l’Ukraine a perdu 7 millions de personnes en raison d’un des plus faible taux de fécondité d’Europe (1,1 enfant par femme) et, sans doute, d’une forte émigration.
Sur le plan de l‘économie, le tableau n’est guère plus plaisant. Depuis 1991, l’économie de l’Ukraine s’est contractée de 30 % alors même que celle de la Russie augmentait de 20 % pendant la même période.
Un article récent de la presse économique allemande observait qu’en 2012, le PIB par tête en Ukraine était de 6,394 dollars, soit 25% inférieur au niveau atteint un quart de siècle plus tôt. En revanche, si l’on compare la situation de l’Ukraine avec celle des quatre pays anciennement sous la domination soviétique qui adopté l’économie de marché dans le cadre de l’Union européenne, Pologne , Slovaquie, Hongrie et Roumanie, on constatera que le PIB par habitant s’est élevé à 17 000 dollars,150% de plus qu’en Ukraine. On comprend dans ces conditions que les Ukrainiens se soient révoltés .
Cette situation est d’autant plus surprenante, ou même aberrante, que l’Ukraine possède un potentiel économique tout à fait respectable avec des terres agricoles qui comptent parmi les plus riches au monde (le fameux tchernozium), des gisements en minerais abondants ( fer ,charbon), une industrie lourde héritée de la période soviétique (aciers, tuyaux, fonte), fort peu compétitive il est vrai, mais robuste néanmoins et une industrie chimique active .
Mais l’Ukraine doit importer 90 % de son pétrole de Russie et une grande partie de son gaz, d’où une dépendance perpétuelle vis-à-vis de la Russie, cette dernière n’étant nullement ennemie de la manipulation du prix, voire même de l’interruption pure et simple des approvisionnements en énergie, pour ramener sa voisine à la raison, comme au bon temps du régime soviétique . De fait , la Russie, le 1° avril, n’a pas hésité à augmenter de 40 % le prix du gaz vendu à l’Ukraine. De quoi lui maintenir la tête sous l’eau, voire à l’asphyxier complètement.
En dépit de ces atouts, victime de la crise de 2008 et de la chute du prix des matières premières, d’une compétitivité très médiocre et d’énormes problèmes de corruption, l’Ukraine dispose d’un niveau de vie inférieur à celui de la période soviétique d’où un réel problème de pauvreté. En conséquence, le banque centrale fait tourner la « planche à billets » et la valeur de la monnaie nationale, l’Hryvnia, s’effondre . Il s’ensuit que l’aide russe, ou occidentale, à elles seules, ne suffiront pas à sortir l’Ukraine de l’ornière.
Au vu de ce qui précède, il est clair que la situation affligeante de l’économie ukrainienne ne peut s’expliquer que par une gestion économique très médiocre voire aberrante. C’est là que la réaction violente des manifestants de la place Maiden trouve ici sa justification en raison de l’incompétence criante de son ancien gouvernement.
Une réorganisation énergique de l’économie ukrainienne s’impose donc, à commencer par le relèvement sensible des prix intérieurs de l’énergie, tant pour la consommation domestique qui encourage des gaspillages considérables, que pour l’industrie, ce qui favorise des modes de production obsolètes. Il faudra aussi supprimer les subventions multiples favorisant artificiellement tel ou tel secteur économique afin de rétablir la vérité des prix. Par ailleurs il sera nécessaire de laisser flotter l’Hryvnia sur le marché des changes pour que cette monnaie retrouve une parité convenable. Il importe enfin de rétablir la sécurité pour faciliter la reprise du tourisme, source précieuse de devises, et pour rassurer les investisseurs extérieurs.
Cela n’ira pas sans mal et le public en Ukraine pourrait même réagir négativement à la cure d’austérité qui lui sera implosé par cette remise en ordre pourtant indispensable. L’heure de vérité approche pour l’Ukraine, au moment même où la Russie de Wladimir Poutine ne dissimule plus ses convoitises.
En effet, après avoir avalé sans coup férir la Crimée, la Russie tourne maintenant son regard vers les régions russophones ukrainiennes de l’Est et du Sud du pays, Donetsk, Kharkiv, Lougansk et Odessa. Ce sont les zones les plus industrielles : industrie lourde, métallurgie et mines. C’est là que la proposition russe d’imposer à Kiev une réforme de la constitution pour mettre en place une structure fédéraliste prend ici tout son sens. L’appétit ruse n’est nullement calmé avec la Crimée. Car le schéma déjà utilisé pour s’emparer de la Crimée pourrait être mis en œuvre à nouveau avec la même efficacité. Il suffirait que les parlements locaux des régions disposant d’une nouvelle autonomie réclament haut et fort, appuyés par des manifestations savamment organisées, leur rattachement à la mère patrie russe pour que l’Ukraine soit irrémédiablement démembrée. A ce stade, l’absorption du reste de l’Ukraine ne serait plus qu’une question de temps.
Et le rêve de Wladimir Poutine de reconstituer les contours de l’ancien empire soviétique, dont l’Ukraine constitue la pièce maîtresse, serait enfin réalisé.

2 réflexions au sujet de « L’Ukraine en péril »

  1. Bonjour.
    La situation de l’Ukraine est plus que jamais préoccupante, c’est vrai.
    Après avoir chuté de 6,8 % l’année dernière, l’économie devrait se contracter de 7,5 % cette année.

    Je crois malheureusement que ce pays va faire faillite.
    Et ça arrangera pas mal de monde vu les ressources dont ce pays disposent.
    Le gouvernement ukrainien actuel a validé une liste d’entreprises qui peuvent être privatisées.
    Vu l’état de l’économie, l’Occident pourra acheter pour 3 fois rien ce qui les intéressent.

    Car oui, il n’y a pas que la Russie qui veut faire main basse sur les ressources de ce pays (bizarre que vous ne l’abordiez pas dans votre article d’ailleurs).
    En réalité, il n’y a pas que la Russie qui est impérialiste (malheureusement).

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