Pauvre France

Pauvre France, comme aurait dit Jean Lefebvre en son temps.

Voilà un ministre d’origine espagnole (il a été naturalisé en 1982, voici 30 ans, quelle ascension politique vertigineuse !) qui poursuit avec acharnement de son ire un Français d’origine camerounaise, pour défendre l’honneur des Français d’origine juive. Et les bons Français de souche, comme on dit, dans tout cela ? Ils contemplent ébahis ce spectacle étrange en se demandant dans quel pays nous vivons et dans quelle époque. Voilà où mène une politique d’immigration incontrôlée qui débouche inévitablement sur un communautarisme où chaque communauté hérissée et constamment sur la défensive cherche à défend bec et ongles son fief plutôt que de se fondre dans l’ensemble français.

Certes, l’anti-sémitisme est une bien vilaine chose et l’incitation à la haine raciale mérite d’être condamnée. Tout le petit peuple politique qui frétille de concert, à droite comme à gauche, en est bien d’accord et applaudit Monsieur Valls des deux mains. D’ailleurs les lois Gayssot et Pléven y pourvoient amplement, Dieu merci.

Mais fallait-il pour autant poursuivre l’ennemi avec une telle hargne jusque dans les coulisses d’un spectacle soit disant humoristique. L’emploi d’un marteau pilon pour écraser une mouche est-il recommandé ? La lutte contre l’antisémitisme n’est-elle pas en train de virer à l’hystérie ?

Au demeurant, et ces manifestations hautement médiatisées ne vont-elles pas aller exactement à l’encontre du but recherché et conférer, un comble, l’auréole du martyre à un petit personnage de la planche qui ne mérite guère cet honneur ? Au surplus, l’anti-sémitisme, latent depuis toujours dans certaines couches de la société française, va-t-il sortir laminé de cette épreuve ou bien au contraire, renforcé par cet acharnement et cette écrasante démonstration de force de l’Etat ?

A moins qu’il ne s’agisse dans l’esprit de Valls et de ses séïdes tout bonnement et tout simplement d’un petit et minable exercice de diversion destiné à faire oublier aux Français les échecs d’une politique stupide et la misère du temps présent. Il est vrai qu’il s’y ajoute maintenant les polissonneries du président de la République qui fait la Une de la presse étrangère et de la France la risée de l’Europe. Après le temps du dédain, celui du mépris est-il venu ?

J’ai, pour ma part, découvert le nom de Monsieur Dieudonné il y a quelques jours seulement, preuve que je ne me tiens pas suffisamment au courant de l’actualité culturelle (sic) de mon pays. Ce qui est à proprement parler une honte. J’en rougis encore. Au surplus, je ne connais évidemment pas son spectacle dont je n’ai vu que des extraits sur internet. Mais le peu que j’en ai vu ne m’inciterait nullement à me déplacer et payer quelques 40 euros pour le voir. Quant à la célèbre « quenelle », désormais considérée comme une insulte mortelle à la mémoire du peuple juif tout entier, je dois confesser que j’en étais resté à une recette lyonnaise d’accommoder le brochet de nos rivières. Je ne pourrai plus consommer de poisson sans haut-le-coeur. Mais cette confession publique ne va-t-elle pas me conduire devant les tribunaux ? Je m’interroge avec angoisse.

Mais sur le fond, était-ce une raison pour faire de cette minable affaire tout un plat au sortir des Fêtes. La France n’a-t-elle pas d’autres problèmes plus urgents avec un chômage qui monte qui monte, une désindustrialisation que s’accélère que de poursuivre un « black » à l’humour déjanté. Dans quel pays vivons nous ? Est-il besoin de mobiliser des centaines de gendarmes pour contenir la foule « immonde », bien sûr, des spectateurs « voyeurs » en quête divertissements interdits comme on l’a vu sur les écrans. Qui a vu Emmanuel Valls fortement encadré de policiers et gendarmes casqués et cuirassés comme les chevaliers teutoniques du Moyen Age invoquer les yeux au ciel les traditionnelles valeurs de la République ne peut manquer d’être estomaqué par son aplomb. C’est de la provocation bien-pensante pure et dure.

On remarquera au passage que pour les socialistes leurs adversaires sont toujours « immondes » et leurs propos « nauséeux ». C’est devenu une épithète homérique au même titre que « l’aurore aux doigts de rose ou Achille aux pieds légers ». Les fans de Dieudonné sont ainsi devenus pour la presse du jour au lendemain des skin heads et des voyous fascistes. Pas moins.

Par ailleurs, la justice brandie et manipulée à sa guise comme une marionnette par le Ministre de l’Intérieur ne sort pas non plus grandie de cet épisode. La défense des grands principes, c’est bien, c’est beau. Mais, au minimum, à condition que les juges soient d’accord entre eux. Or c’est loin d’être le cas. Que penser d’un référé acquis en quelques heures, en urgence, et en contradiction flagrante avec la décision du tribunal administratif obtenue quelques heures auparavant à 400 kms de Nantes. Qui a tort et qui a raison ? Les questions de droit ne devraient se jouer à pile ou face, ou à la roulette russe. Ou alors nos magistrats ne sont vraiment pas sûrs de ce qu’ils font.

Cette décision acquise à la hussarde a-t-elle vraiment bénéficié de la pondération et de la réflexion que mérite ce genre d’arrêt ? Une procédure d’urgence est quasi forcément une procédure douteuse. La France était-elle vraiment mise en danger par le spectacle de Monsieur Dieudonné, dont d’ailleurs Monsieur Valls rappelle à tout propos que son nom complet est M’bala M’bala, comme pour mieux souligner ses origines africaines. Ce qui constitue une forme de racisme verbal particulièrement perverse. Racisme anti africain contre racisme antisémitisme, quelle belle confrontation à évoquer devant les tribunaux.

Et cela au moment où le président de la République, dont la cote ne cesse de dégringoler dans les sondages, est en train sournoisement de changer de maîtresse (alors que l’ancienne, selon ce qu’on en dit, est toujours associée à l’Elysée) et se balade nuitamment en scooter, garde de corps sur le siège arrière, pour retrouver sa belle. Le président socialiste en aura fait voir de belles à la République. Qui aurait cru ce que ce gros balourd aux allures d’éléphant et aux yeux de cocker ait pu déployer tant de charmes et ensorceler une ravissante actrice ? Il est vrai que les lambris dorés de l’Elysées méritent bien quelques sacrifices. « Paris vaut bien une messe » disait déjà le futur Henri IV. Et Louis XV n’est pas loin. Mais on doit se rappeler que la révolution française a suivi de près ce genre de turpitudes amoureuses sur fond d’échec économique général.

A ce propos, il faudrait rappeler à l’attention de notre président bien aimé, qui invoque sans cesse, non sans une bonne dose d’hypocrisie, le respect de sa vie privée, que lorsque l’on exerce une fonction élevée, en fait la plus élevée de la République, comme c’est son cas, il n’y a plus de vie privée comme un quelconque citoyen lambda. Car au-delà du respect dû à la personne, il y a le respect de la fonction assumée, la plus élevée dans l’organigramme de la république élue, fonction qui requiert un minimum de dignité.

Mais les socialistes ont toujours su plier les grands principes à leur guise dans le sens voulu, quand cela les arrangeait. Et d’ailleurs qu’attendre d’un président qui a fait voter le mariage gay comme une priorité républicaine bien sûr ? Jusqu’où va-t-il aller dans la turpitude ? Va-t-il vraiment l’intention de se constituer un harem de jolies femmes en excipant des mœurs de l’Islam pour s’autoriser ce genre de licence ? A près de 60 ans, ne serait-il pas temps de se calmer et de mettre au repos une exubérante activité sexuelle, ne serait-ce que pour un temps ? A moins de finir comme le regretté président Félix Faure qui a fini ses jours dans les bras d’une belle amie. Mais, à l’époque, le président n’avait guère qu’un rôle purement représentatif.

Si Monsieur Valls, tel Saint George pourfendant le dragon s’imagine qu’il va recueillir un surcroît de popularité avec ce genre de démarche, il est à craindre qu’il ne se trompe lourdement. La probabilité de devenir Premier Ministre puis de se lancer dans la course aux présidentielles avec quelques chances de succès risque fort de fondre comme neige au soleil. Cet homme, qui avait ses chances, n’est-il pas en train de les galvauder par un excès de zèle qui ne réjouira que ses ennemis. Et il n’en manque pas, dit-on, surtout au sein du PS. Car il risque fort d’apparaître comme le représentant attitré d’un Etat policier à vocation répressive. Qu’il prenne garde. Il faut d’ailleurs garder à l’esprit la façon dont il a su réprimer à coup de matraque les manifestants opposés au mariage gay.

En fait nous sommes clairement en présence d’une confrontation ou pire, d’une contradiction flagrante entre grands principes, ou deux idéologies les unes et les autres brandies à tout propos pour écraser l’adversaire sous le poids de la honte et assoir sa légitimité sur une base renforcée.

D’une part, il y a la lutte contre le racisme, dont on peut d’ailleurs se demander si elle n’est pas plutôt devenue une arme incapacitante à usage politique qu’une conviction enracinée, et de l’autre, la liberté de parole et d’expression constamment attaquée par un pouvoir qui supporte de moins en moins la contradiction. En effet, ce pouvoir n’est pas voulu et soutenu par Dieu, qui n’est plus à la mode, non plus par l’Histoire, mais le communisme n’est plus de saison, mais tout bonnement par son interprétation des valeurs de la République, qui varie au fil des ans et selon leur besoins.

En face leurs adversaires, ou leurs victimes, invoquent le principe de la liberté d’expression de plus en plus malmenée dans notre pays. La France est en train de devenir un pays où l’on ne peut plus rien dire, même en riant, au risque d’offusquer un des facettes multiples de la mosaïque des communautés ethniques constituées au fil des ans par une politique d’immigration aveugle et massive. Et voilà que l’on voit la fable de l’arroseur arrosé en train de se jouer sous nos yeux.

Car c’est précisément une des fils de cette immigration qui s’en prend malignement à la communauté juive. Car diaboliquement malin, il a trouvé là un bon filon à exploiter. Et cela se comprend. Aujourd’hui, le principe de la liberté de parole demeure, mais en principe seulement. Car le voilà mis à mal par la récente jurisprudence du Conseil d’Etat qui a été souvent mieux inspiré dans le passé.

Il est invoqué en effet, comme il est traditionnel, pour justifier une l’atteinte à l’ordre public. A vrai dire, cette atteinte n’était guère illustrée par les images d’une foule fort paisible dans l’attente du spectacle promis cernée par une accablante présence policière bardée de cuir et armée de matraques.

Mais le plus grave est ailleurs. Voilà que le Conseil d’Etat, dans ses attendus, invoque les atteintes potentielles à la dignité de la personne humaine pour interdire un spectacle qui n’a pas encore eu lieu. Qu’on le veuille ou non, avec une définition aussi vaste et aussi floue, l’on atteint ici un sommet d’arbitraire administratif et juridictionnel. La censure pour délits d’intention est au coin de la rue. Le justice serait-elle aussi aux ordres ? Il serait bien surprenant que la Cour européenne de Droits de l’Homme, si elle est saisie, ne prononce pas une condamnation sans équivoque de la France.

Au surplus, il n’est pas du tout démontré que Monsieur Valls puisse longtemps se frotter les mains de son triomphe qui va sans doute se transformer tantôt en une victoire à la Pyrrhus. Il est toujours dangereux en France de s’attaquer au droit de rire, seul droit qui reste au Français en période de désolation économique et de perspectives plombées. Même sous le régime de Vichy, abhorré de toutes parts, les Français avaient néanmoins le droit de rire, au moins de rire jaune. Et il est aujourd’hui question de le leur confisquer sous le vague prétexte de la défense des droits de l’homme. Qui a bon dos. Que Monsieur Valls et son gouvernement de fantoches prennent garde à un retournement de l’opinion publique qui a tendance, à tort ou à raison, à prendre parti pour l’opprimé contre l’oppresseur armé de toutes les forces de l’Etat.

« On peut tout faire avec des baïonnettes sauf s’assoir dessus » disait déjà Talleyrand

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