L’Afrique, toujours sous perfusion, s’agite plus que jamais

L’Afrique n’en finit pas de nous occasionner des soucis sur le plan de la sécurité. Rien à voir avec l’Ukraine ou la Crimée, fort heureusement. Mais après le Mali, c’est maintenant la Centrafrique qui entre en fusion.

Depuis deux ans, ce continent déshérité a exigé de la France deux interventions militaires, de faible envergure il est vrai, pour ramener un semblant d’ordre dans l’un et l’autre de ces deux pays agités de soubresauts convulsifs sporadiques, l’opération Serval au Mali, puis, dans la foulée, l’opération Sangaris en Centrafrique. On se demande d’ailleurs où les militaires en charge de ces affaires sont allés pêcher des noms aussi bizarres. Tant mieux, cela montre qu’à défaut d’être suroccupés, nos militaires ont de l’imagination.

Ces interventions appellent deux observations. La première est qu’il s’agit d’opérations « en trompe l’œil » en ce sens que, relativement peu coûteuses, elles sont immanquablement couronnées de succès (du moins en apparence), compte tenu de la faiblesse relative de l’adversaire. Elles contribuent ainsi à donner au public, fort ignorant et du reste indifférent à la « chose militaire », une fausse idée de l’état réel de nos forces armées dont la faiblesse intrinsèque, faute de ressources adéquates, est ainsi camouflée aux yeux de l’opinion.

Ces opérations sont cependant fort appréciées par le personnel militaire de grade subalterne dans la mesure où elles donnent l’occasion de vivre sur le terrain, dans des pays exotiques, des aventures à risque faible ou nul (car ce n’est pas la bataille de Verdun, loin de là) associée à des compléments de rémunérations sympathiques. De quoi tromper heureusement l’ennui de la vie de garnison à Romorantin. Le principal risque en Afrique est celui des parasitoses et des insolations.

Les officiers généraux, eux, sont moins enthousiastes. D’une part ils n’ont guère l’occasion d’aller sur le terrain. Et, par ailleurs, les plus lucides d’entre eux, se rendent bien compte du caractère factice des satisfactions apportées à notre pays à peu de frais dans le domaine militaire. Que ferait la France seule, ou même associée à d’autres pays européens, face à une agression russe de quelque ampleur ? Sous le second Empire, l’expédition du Mexique a précédé de peu le désastre de 1870. Les choses sérieuses risquent de se passer à l’Est, pas au Sud.

Au surplus, il en résulte que, faute d’expérience, l’armée françaises, selon les connaisseurs, est incapable de manœuvrer au niveau de la division. C’est le défaut majeur de ces mini guerres qui donnent de mauvaises habitudes et des certitudes trompeuses. Espérons que la France n’aura pas à connaître de fâcheux réveils, comme par le passé.

La deuxième remarque est que c’est toujours la France, aujourd’hui comme hier, qui demeure le « chien de garde » ou le gendarme attitré de l’Afrique. Le reste de l’Europe, en dépit de solidarités affichés dans de multiples traités européens, se garde bien d’y mettre les pieds. Il est vrai que la fantomatique brigade franco-allemande devrait faire une timide apparition au Mali.

L’intervention française avait pour objet, en janvier 2013, de stopper l’incursion d’éléments djihadistes venus du nord du Mali en route vers la capitale. Les effectifs mobilisés pour cette intervention étaient réduits, de 3 000 au départ ils ont été ramenés aujourd’hui à 2 500 soldats. L’affaire s’est réglée sans trop de difficultés, les forces rebelles étant équipées de pickups aisément repérables sur des pistes en plein désert et donc très vulnérables aux attaques des avions de combat.

Ceci étant, les tensions entre deux populations fort différentes, les Maliens d’origine africaine et les Touaregs, restent fort vives. On ne voit d’ailleurs guère comment les apaiser, sauf partition du pays, ce qui en ferait deux entités encore moins économiquement adaptées qu’aujourd’hui. C’est d’ailleurs le drame de ces pays nés du tracé artificiel de frontières qui ne tiennent nullement compte des réalités de terrain, à savoir la répartition d’ethnies très diverses sur au sein d’une même unité administrative et sur un même territoire national.

L’opération Sangaris en Centrafrique, toujours en cours depuis la fin 2012, a revêtu eu une toute autre allure. Elle a bel et bien déjoué les calculs du ministère de la défense, lequel a gravement sous-estimé la gravité de ce conflit. Il la voyait promptement réglée sur le modèle de l’intervention française au Mali. En fait, cette affaire a atteint un degré de violence jamais atteint en Centrafrique (4,5 millions d’habitants), accompagné de massacres et de dévastations inconnus jusqu’alors. Elle a aussi duré beaucoup plus longtemps que prévu et mobilisé des effectifs plus fournis : 2 000 soldats français épaulés par 6 000 soldats africains de la Force Muisca destinée au maintien de la paix (au demeurant parfaitement inefficaces comme il se doit).

C’est qu’aux rivalités politiques ou tribales traditionnelles en Afrique se sont mêlés des facteurs beaucoup plus graves, lesquelles confèrent une tournure quasi inextricable à ce conflit. Il s’agit en fait d’une véritable guerre civile intercommunautaire alimentée par des rivalités interreligieuses, Musulmans majoritaires au sein des diverses milices hétéroclites de la Seleka, qui atteindrait près de 5000 hommes semble-t-il, contre Chrétiens qui s’organisent de leur côté avec la constitution de groupes d’autodéfense.

Les forces d’intervention françaises, empêtrées dans ce maquis tribal et religieux, ne peuvent pas faire grand-chose si ce n’est faire acte de présence en tentant, en vain, de désarmer les belligérants souvent armés d’arcs et de machettes, comme au bon temps du Moyen Age. Ce qui n’empêche nullement les habitants de se massacrer joyeusement avec ces armes primitives. Il ne sera pas facile de s’extirper de ce guêpier. Mais il est à craindre que d’autres ne vont pas manquer d’apparaître ailleurs. Car les occasions de conflit sont innombrables et ne peuvent que se multiplier avec le temps.

En effet, l’Afrique a clairement raté sa décolonisation et son développement économique reste très ponctuel. En tout état de cause, elle totalement incapable de maintenir son niveau de vie moyen, ne serait-ce qu’en raison de la prodigieuse explosion démographique de ce malheureux continent. Rappelons à cet égard que, selon les prévisions de l’ONU, à la fin de ce siècle, la population de l’Afrique noire pourrait avoisiner 3,6 milliards d’individus. En d’autres termes, un homme sur trois sur la planète (sur un total qui pourrait se situer entre 8 et 10 milliards de personnes) sera d’origine africaine. On imagine sans peine ce que cette situation pourrait engendrer en termes de drames humains et, en particulier, de pressions migratoires vers l’Europe notamment.

Quoi qu’il en soit, il en résulte que l’Afrique n’a pas fini de nous préoccuper et la Françafrique a, sans aucun doute, un bel avenir devant elle.

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