Reflexions sur la mort violente d’un jeune militant de gauche

Cette mort, aussi douloureuse qu’elle soit, n’est, après tout, qu’un bien triste accident dans une rixe entre jeunes surexcités et de bords opposés. Rien à voir avec l’abominable affaire Mérah froidement préparée et exécuté, ou l’agression d’un militaire à la Défense. Il faut savoir raison garder.

Il n’empêche… Le rituel politique de rigueur exige la mise en scène, hautement médiatisée, d’une apparente indignation, unanimement partagée, de la droite à la gauche, devant la montée imminente du « fascisme ». L’occasion est trop bonne. L’épouvantail du fascisme va être, fort opportunément, ressuscité de ses cendres. Il vient d’ailleurs d’être illustré récemment sur nos écrans par le défilé sinistre des « hommes en noir », marchant au pas cadencé, copie conforme, (sans doute tiré des archives) des SS de feu Himmler (certains journalistes devraient avoir honte ! Il est vrai qu’ils sont de simples stipendiés). La République est clairement en danger : Aux armes Citoyens… La droite, et l’extrême droite, n’ont qu’à bien se tenir. L’exploitation politique, et l’amalgame, sont toujours au rendez-vous, au moment opportun.

En fait, cette radicalisation politique, elle est manifeste, et la montée de la violence afférente, étaient latentes depuis plusieurs années. Elle traduit, en réalité, la conjonction de plusieurs facteurs. L’affaire du « mariage gay », fort sottement utilisée par le pouvoir en place pour détourner l’attention du public des vrais problèmes de la société française, à savoir l’incontournable déclin économique de notre pays et l’absence de réformes, n’a servi que de prétexte, ou de détonateur, à cette crise socio politique latente. Beau succès en effet. L’effet « boomerang » est spectaculaire. C’est la fable, version moderne, de « l’arroseur arrosé ».

Venons-en aux véritables ressorts de cette explosion de violence. C’est d’abord et peut-être avant tout, la crise économique et la réduction plus ou moins grave, ou ressentie, ou simplement anticipée, du niveau de vie. On ne manifeste guère en période de prospérité, sauf pour exiger une augmentation des salaires à la SNCF. Ce phénomène est à l’origine d’un mécontentement profond que partagent la plupart des Français, toutes catégories confondues, (sauf les très riches, lesquels de toute façon, se moquent éperdument de tout). Après tout, Hitler est bien venu au pouvoir en raison de la crise des années trente marquée par un gigantesque chômage et une inflation galopante (on en est fort heureusement encore loin).

En second lieu, il y a le sentiment croissant, chez beaucoup de nos compatriotes, d’être trahis par une classe politique fort occupée à sa « petite cuisine », à savoir gagner des places au sein de leurs partis respectifs (on pense à l’UMP) et préparer les prochaines élections. Cette classe politique se montre vivant dans sa  » bulle » et largement indifférente aux difficultés, et aux angoisses, vécues au quotidien par l’ensemble des Français.
Il s’agit, bien sûr, de la montée inexorable du chômage, de l’insécurité croissante de plus en plus perceptible un peu partout mais aussi la perte d’une certaine identité devant la poursuite de l’immigration et aussi les provocations plus ou moins conscientes de certains groupes islamistes.
Ces derniers ont cru que le moment était venu d’affirmer vigoureusement leur identité, et leurs différences par rapport aux autres Français (viande hallal, port du voile, prières en public etc. etc ). Ils ont ainsi joué avec le feu en favorisant chez les Français un sentiment croissant d’aliénation hautement défavorable à une intégration paisible.

Et, pour compléter le tableau, à l’issue des dernières élections présidentielles, les Français ont le sentiment, plus ou moins conscient, d’être gouverné par le « parti de l’étranger », à savoir un régime issu des urnes grâce au concours décisif, des immigrés, d’où un certain déficit de légitimité politique. Cela n’arrange pas les choses. D’où l’appel, bien commode, à la défense d’une la République gravement menacée. Cela va-t-il marcher ? La ficelle est bien grosse, malgré le concours empressé des médias toujours serviles.

Quoi qu’il en soit, tout cet ensemble constitue un « terreau » favorable au recours à une violence aveugle chez certains groupes égarés qui s’imaginent que ce type d’action peut légitimement se substituer à la démarche politique classique. Et par une singulière ironie de l’histoire, c’est le pouvoir en place qui sert largement de  » bouc émissaire », même si les racines profonde du malaise actuel, il faut honnêtement le reconnaître, remontent largement à une trentaine d’années et notamment aux dix dernières années.

Il faut dénoncer ici l’immobilisme politique irresponsable des gouvernements successifs, -fille de la lâcheté, bien connue, de nos « élites » politiques- (sauf dans le discours pré électoral). Elles se sont largement contentées de déclarations spectaculaires non suivies d’effet, tout en poussant subrepticement les vrais problèmes « sous le tapis » (sans jeu de mots !), pour gagner du temps, ne surtout pas faire de vagues (les réformes en profondeur en provoquent forcément toujours) et s’efforcer ainsi de gagner les prochaines élections.

Le drame de notre pays est bien tard, peut-être bien trop tard. Les pouvoirs publics, il faut bien s’en convaincre, ne disposent rigoureusement d’aucun remède miracle pour surmonter ou contourner les obstacles qui se dressent sur sa route. Le chômage va tranquillement s’aggraver de mois en mois et un climat conflictuel structurel risque fort de s’installer durablement dans nos mœurs. Et ce ne sont pas les grands discours, de rigueur, sur la défense de la République, des valeurs républicaines et des vertus de la démocratie qui risquent d’apporter le moindre apaisement dans les esprits. Car ce discours a été largement décrédibilisé par un perpétuel usage abusif.
Alors, place aux démagogues, connus ou encore dissimulés, mais certainement à l’affût du pouvoir ou retour au « business as usual », le train train politique habituel ?

L’avenir nous le dira. Car rien n’est encore joué.

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