Quand Hollande singe Sarkozy

Qui aurait cru que le bon visage de clerc de notaire de notre cher président, cachait l’âme fière et altière d’un condottiere ou d’un nouveau Don Quichotte ?
Notre paisible François Hollande, galvanisé par la poignée des va-en-guerre de service, associations bienfaisantes, anciens du Quai à l’âme tendre et journalistes au grand cœur, ceux qui avaient déjà donné contre Kadhafi (Allah ait son âme ), veut absolument envoyer l’armée française guerroyer en Syrie. Voilà la France intronisée comme « gendarme du monde « bis », à la traîne de l’Amérique quand même. Car c’est elle qui a les moyens militaires. Les Français sont là pour aboyer frénétiquement à la moindre occasion et « éveiller les consciences », le beau rôle quoi. Comme si la lutte contre le chômage ne suffisait pas à épuiser les maigres ressources intellectuelles de notre cher président.
D’autant plus que, plus le président demande à nos forces armées d’intervenir aux quatre coins du monde, moins le gouvernement s’engage à leur financement. La crise vous dis-je. Et les restrictions budgétaires sont toujours là. Le budget des armées de la France est à un étiage jamais atteint : 1,5 % du PNB et de réduire les effectifs déjà maigrelets de 37 000 hommes. C’est l’âne de Buridan.

Aller se battre en Syrie ? Et pourquoi diable ? Pour installer les islamistes et les séides d’Al Quaida au cœur du Moyen-Orient ?
Certes, El Assad n’est pas un enfant de choeur -le mot est faible-, et ses procédés odieux. Mais, à cette aune, pourquoi ne pas envoyer nos vaillantes troupes intervenir en en Egypte ou une sanglante confrontation entre civils et l’armée égyptienne a fait plus de 500 morts en moins de 24 heures ? Et pourquoi tant que l’on y est, ne pas aller délivrer la Corée du Nord de la dynastie tyrannique qui l’oppresse depuis plus d’un demi-siècle en toute impunité
Mais non. Il faut qu’on intervienne pour défendre les droits de l’homme, des femmes, des poules et des coqs, à condition bien sûr que cela ne coûte pas trop cher et que l’on ne prenne pas trop de risques. Il faut que l’adversaire soit faible et vulnérable.
Remarquons que seule la France en Europe est affectée de ce grave tracassin interventionniste qui évoque, en d’autres temps, la piteuse expédition du Mexique sous Napoléon III.
Ni l’Angleterre ni la sage Allemagne, sans parler de l’Espagne ou de l’Italie, ne se sentent obligés, comme le fait la France, d’aller exciter les ardeurs guerrières des USA, comme un petit roquet qui aboie rageusement pour réveiller le gros chien qui somnole paisiblement dans sa niche. L’Angleterre réfléchit sagement dans son île et l’Allemagne est aux abonnés absents.
Cela a marché superbement pour abattre (dans tous les sens du terme) l‘infâme Kadhafi, (Allah ait son âme) mais risque d’être beaucoup plus ardu pour El Assad.
Car c’est un gros morceau. D’abord la Russie, et, sait-on jamais, la Chine peut-être, sont derrière le gouvernement syrien. Ce qui veut dire que le Conseil de Sécurité de l’ONU ne donnera certainement pas son aval à une intervention « alliée ». Or, sans mandat explicite de l’ONU, c’est l’aventure.
Par ailleurs, sait-on quel panier de crabes recouvre la présente guerre civile où les rangs des rebelles sont largement infiltrés par des terroristes venus tout droit d’Afghanistan. Imagine-ton les Talibans, ou leurs succédanés du cru, confortablement installés au cœur du Moyen-Orient par la force des armes occidentales ?
Au demeurant, la Syrie est une mosaïque ethnique et religieuse où chacun déteste son voisin. Outre les Syriens Alawites largement pro Assad, on trouvera pêle-mêle les Kurdes et les Sunnis, eux-mêmes divisés entre ceux qui sont en faveur de l’Occident et les islamistes encadrés par Al Quaida du Nusra Front. Un beau cocktail explosif en perspective en cas de « libération ».
Quant aux acteurs extérieurs du conflit, on y retrouve, du côté des « rebelles » le Qatar, toujours frétillant, l’Arabie Saoudite et la Turquie à qui fait face l’Iran. Sans compter, bien entendu, Israël, toujours attentive aux conflits de la région susceptibles d’affecter sa sécurité : de qui déclencher un splendide conflit régional.
Il est vrai que cela ne serait aucunement la première fois que nos chers politiques commettent des bévues de ce genre.
Ceci mis à part, la Syrie n’est pas la Libye et elle est fortement dotée d’armes sol / air qui feraient une hécatombe de nos forces aériennes qui auraient la mauvaise idée de s’aventurer dans l’espace aérien syrien.
A moins que, comme ils l’avaient fait complaisamment en Libye, les Américains n’aient, au préalable, proprement écrasé toutes les défenses aériennes de la Syrie. Mais l’opération risquerait fort de n’être pas « propre » et d’occasionner de graves dommages collatéraux à la population civile, comme on dit élégamment pour dissimuler de graves bavures. Damas n’est pas située en plein désert.
Et de toute façon, l’Amérique ne parait nullement empressée de prêter main forte aux belliqueux va-en guerre Français.
Mais, en fin de compte, pourquoi ne pas laisser ces malheureux syriens régler leurs comptes eux-mêmes comme ils l’entendent ? Comment ne pas voir que nos interventions extérieures se sont régulièrement terminées par des échecs catastrophiques ?
Les Talibans sont de retour en Afghanistan et la Libye est plongée dans le chaos cependant que la destruction du verrou libyen a laissé le Mali ouvert à toutes les invasions. Beau résultat.

Quand donc la France, -et les USA- comprendront –ils qu’à vouloir intervenir partout à tout propos, ils risquent tôt ou tard de provoquer des conséquences imprévues mais toujours fâcheuses.

Quant à la France, ce serait une bonne idée de retirer au président de la République le droit d’engager nos forces sans consulter obligatoirement le Parlement.
Mieux encore, une révision constitutionnelle opportune aurait pour objet de retirer au président ses prérogatives de chef des Armées. Elles allaient comme un gant à de Gaulle, militaire dans l’âme, de formation et de vocation, Mais elles vont à François Hollande comme une mitre d’évêque à un mouton paisible.
Le droit d’engager nos forces serait alors confié à un Conseil de Défense constitué, par exemple, du président de la République, du président du Sénat et de celui de l’Assemblée nationale, du ministre de la Défense et du président de la Commission de défense du Sénat ainsi que de quelques personnalités qualifiées du secteur civil et militaire.
Cette solution serait quand même bien préférable que de laisser le sort de nos armées entre les mains d’incompétents trop souvent tentés d’utiliser notre politique étrangère à des fins de politique intérieure comme l’a fait Nicolas Sarkozy en son temps et aujourd’hui François Hollande.

Il ne faut pas laisser les enfants jouer avec les allumettes.

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