L’affaire Depardieu

Ce que l’on peut appeler « l’affaire Depardieu », qui a trop longtemps défrayé la chronique, jette un singulier éclairage sur la sensibilité de l’opinion en France sur certains sujets.

En premier lieu, il semblerait que, dans l’ensemble, le public n’ait guère été incliné à condamner vigoureusement l’attitude, cynique et égoïste, de l’acteur. Certains y ont même vu une opportune réponse au « tour de vis fiscal » imposé par la conjoncture et dont ils s’estiment les injustes victimes : une revanche par procuration ou par personne interposée en quelque sorte.

En d’autres termes, les Français ne sont nullement choqués qu’un acteur, qui met en vente à 50 millions d’euros un hôtel à Paris, excusez-moi du peu, sans compter la maison de Belgique et une somptueuse villa en construction sur la côte en Normandie, puisse allègrement pratiquer, et en toute impunité, la « resquille fiscale ». L’homme a manifestement des moyens. Les mêmes s’indignent à grand bruit des gros salaires des cadres dirigeants qui font vivre la nation ( PSA, EDF etc. etc. ) nourrissent une indulgence sans bornes pour l’enfant de la balle qui a réussi. Cela peut surprendre mais il en est ainsi. Ah, mais c’est qu’il fait rire, lui . Drôle de pays que le nôtre.

Côté Depardieu, on sera choqué par l’absence totale de scrupules moraux chez une vedette du cinéma qui a fait toute sa carrière en France pays auquel, après tout, il doit tout, fortune, succès, renom. Le patriotisme fiscal ou le patriotisme tout court ne semble pas avoir pris racine dans la conscience de ce saltimbanque bouffi et adipeux, nourri à l’alcool et à la drogue, comme il se doit dans ces milieux délétères, qui se croit tout permis. En témoignent les innombrables incartades grossières d’un personnage parfaitement répugnant, comme uriner dans une bouteille au vu de tous et de toutes dans un avion de ligne (ah ! ah ! ah !) ou le viol confessé en début de carrière qui lui a fermé les portes d’Hollywood. Les Américains ont quand même plus de tenue que nous.
Il est vrai que ce n’est nullement le seul cas en l’espèce. Jean-Luc Delarue, surnommé le « gendre parfait », récemment décédé d’un cancer de l’estomac, avait fait aussi un énorme scandale en agressant les hôtesses de l’air sur un avion d’Air France qui le menait à Johannesburg. Décidément l’avion ne vaut rien à nos vedettes.
Et Catherine Deneuve, dont on attendait un peu plus de bon sens, n’a pas hésité à se précipiter publiquement à la rescousse de son ami cruellement menacé par le fisc. ll est vrai qu’elle-même faisait sans trop de scrupules naguère de la pub pour la BNP. « L’argent n’a pas d’odeur » « Nihil olet »disait déjà l’empereur Vespasien à son fils Titus. C’est la solidarité tribale des gens du spectacle avant l’amour du pays. Car l’argent passe avant tout. Sauf pour Philippe Torreton qui sauve l’honneur de cette clique méprisable.
Car cette super classe d’acteurs et d’hommes de théâtre et des médias se sentent quasiment au -dessus des lois et dotés d’une impunité totale par rapport au vulgum pecus, pauvres spectateur qui payons nos places, que nous sommes. « Qu’ils paient leurs impôts, ces pauvres cloches, moi je me tire ». Faudra-t-il réintroduire le contrôle des changes et des contrôles douaniers pour retenir ces petits fripons à la maison ?

Mais là où les choses se gâtent sérieusement, c’est lorsque l’homme en détresse fiscale s’en va se réfugier, non plus à la frontière franco-belge, ce qui n’était pas si mal, mais entre les bras câlins de Vladimir Poutine, lequel ne sort d’ailleurs pas grandi de cet épisode mesquin. Au risque de se déconsidérer, il n’a pas voulu rater une si belle occasion d’envoyer une « nasarde » à François Hollande ? Sans doute quelques vieux comptes à régler au sujet de la Syrie et de la vente à moitié ratée de frégates Mistral. Poutine semble lui-aussi atteint d’une sorte d’hubris, l’ivresse qui saisit les hommes politiques qui ont réussi, qui ne trouvent plus guère d’obstacle sur leur chemin et qui estiment en conséquence pouvoir se permettre n’importe quoi comme un tsar d’autrefois ou un Joseph Staline.

Du côté Depardieu, cette façon de s’asseoir sans façons sur passeport français parce que monsieur est vexé dans sa vanité d’acteur vieillissant mais encore adulé, est bien révélateur de la mentalité du personnage . Imaginons ce qu’il aurait fait entre 40 et 45 ? Se serait-il empressé de s’engager dans la Résistance, tel Malraux, ou aurait-il tourné des films à la gloire de l’occupant ? tout comme l’ont fait Maurice Chevalier et bien d’autres histrions de l’époque. Décidément, le patriotisme ni la décence ne sont pas les points forts de notre « classe artistique et culturelle ».

Bah ! Encore quelques semaines et les Français auront oublié et se précipiteront pour voir les films de Depardieu

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