La methode Sarkozy : le liquide

Décidément, on ne finit pas d’en apprendre sur les méthodes peu orthodoxes de Nicolas Sarkozy pour accéder au pouvoir.
Car c’est décidément un bien curieux personnage que les Français ont porté à la tête de l’Etat, sans scrupules, capable de tout et dépourvu de toute correction. Qu’en en juge plutôt.

Chacun sait que les élections coûtent cher, et les élections présidentielles plus cher encore.
Cela se comprend. En dépit de aides de l’Etat, il faut trouver des ressources supplémentaire, ouvertes ou discrètes, pour financer les innombrables « faux frais » de la campagne, la location de salles, les affiches, les « primes » aux amis, les « pourboires » aux supplétifs occasionnels, et j’en passe. Il faut de l’argent, beaucoup d’argent en France, comme aux Etats-Unis d’ailleurs. Ce ne sont certainement pas les maigres cotisations des militants du parti qui peuvent y suppléer. Il faut trouver autre chose.

Il y a évidemment la méthode « bête et méchante » de type Cahuzac. On puise sur ses ressources plus ou moins ouvertement et honnêtement gagnées, que l’on s’empresse de transférer dans ce paradis fiscal qu’est la Suisse éternelle.
Pourquoi ? Et bien tout simplement pour échapper au fisc gourmand ou éventuellement à des interrogations gênantes sur l’origine des fonds. Les Suisses sont gens discrets, on le sait. Avec eux, pas de risques de fuites hors du système. En fait, le risque est ailleurs : les épouses délaissées ou divorcées, les rivaux politiques au plan local ou national qui ne demandent pas mieux que de « torpiller » proprement l’adversaire en travers du chemin. , ou encore certains gens de presse. Les mauvais esprits, à l’affut du délicieux fumet d’un nouveau scandale exquis dont le public est tellement friand, ne manquent pas.
Mais cette méthode, primitive et sans finesse, a un défaut rédhibitoire. Elle laisse des traces dans les écritures bancaires, au départ comme à l’arrivée. C’est imparable. Le malheureux Cahuzac en a été l’infortunée victime. Il faut trouver autre chose. A cet égard rien ne vaut le bon vieux versement en liquide, le fin du fin. Ni vu, ni connu. Les honorables membres de la Cosa nostra en savent long là-dessus.
La méthode Sarkozy, tout en finesse, s’en est fort probablement inspirée. Les indices concordants ne manquent pas.

Un premier exemple, à vrai dire, mal décryptée à ce jour, concerne Liliane Bettencourt, chargée d’ans et d’écus. Cette veuve fort respectable, mais dont le jugement semble parfois quelque peu altéré, s’était, dans un premier temps, entichée d’un photographe fort bien de sa personne.
Puis le président de la République en exercice (à l’époque) est entré en scène à son tour. Cela porte quand même mieux. On a dénombré pas moins de 3 visites successives, le nombre de rencontres nécessaires pour exprimer à la veuve affligée, le chagrin affectueux que lui portait le président à la suite du décès de son mari. A moins que, -mais seuls les esprits chagrins peuvent évoquer une telle hypothèse-, qu’il ne s’agissait d’obtenir quelques gâteries financières, discrètes mais bien utiles, pour les mauvais jours. Une visite pour suggérer, une visite pour obtenir un accord (coulé dans le bronze), une visite pour récupérer le magot. On n’ira pas plus loin, la justice s’étant piteusement dessaisie de la chose, faute de preuves. Mais on se doute que bien des choses doivent se passer dans le secret de l’alcôve des veuves esseulées.

On évoquera en passant l’hypothèse d’un financement de la campagne de 2007 sur des fonds en provenance de la Libye à hauteur, dit-on, de 500 000 euros. Ce n’était déjà pas si mal (On notera que Claude Guéant était déjà proche de Nicolas Sarkozy à l’époque). Mais cela peut-être pourrait jeter quelque lumière sur le destin funeste du dictateur libyen. « Les morts, c’est discret. Ca dort bien au frais » comme le dit le dicton. Mais il ne s’agit que supputations sans fondements, bien sûr.

Autre chose est ce que l’on peut appeler désormais l’affaire Guéant. Voilà un personnage gris, aux allures de Père Joseph tout dévoué aux affaires de l’Etat. Mais cette silhouette rigoureuse semble cacher un bon moine capucin beaucoup plus gaillard et actif, ô combien !
Certes, ce dernier incarne, à première vue, le prototype du haut fonctionnaire grisonnant, à l’aspect austère et emprunté, entré, comme par hasard, dans les chemins de traverse de la politique : ancien secrétaire général de la présidence de la République, ancien ministre de l’Intérieur et j’en passe.
Puis l’on découvre avec stupéfaction que le dit personnage entretenait d’étranges relations, étranges mais étroites semble-t-il, avec quelques potentats africains, source inépuisable de bienfaits au profit des amis restés en métropole toujours en quête de financements discrets. Au prix de quelques services rendus, on imagine sans peine.
Mais il y a mieux. On apprend, pour justifier un financement suspect, la vente par Claude Guéant d’un tableau de prix, soi-disant cédé pour quelques 500 000 euros, mais malheureusement estimé sur le marché à quelques dizaines de milliers d’euros tout au plus. Claude Guéant doit être un remarquable connaisseur du marché de l’art.
A cela s’ajoute son rôle discret, mais sans doute efficace, dans l’arbitrage Bernard Tapie-/ Crédit Lyonnais, qui a bien dû laisser quelques piécettes d’or attachées au fond du baril (voir pour plus de détails l’histoire d’Ali Baba et le 40 voleurs). Après tout Pierre Estoup, ancien haut magistrat, membre du jury d’arbitrage, avait bien troqué sa petite bicoque haut perchée à Artigues, près de Luchon, pour une luxueuse villa dans les Caraïbes. L’héritage d’un vieil oncle fortuné ?
On rappellera, au passage, mais c’est de la broutille, les primes de cabinet plus ou moins occultes de 10 000 euros mensuels versées pendant deux ans pour « frais et enquêtes ». Que ce vocable est bien trouvé. Mais, en cumulé, cela représente une somme rondelette : 240 000 euros environ si nos calculs sont exacts.
Les petits ruisseaux font de grandes rivières. On est en droit de penser que ces financements (ceux que l’on connait pour l’instant) n’ont pas servis à acquérir des biens immobiliers dans un paradis tropical (comme l’ami Estoup) surtout de la part d’un homme aussi probe que Claude Guéant.
On peut supposer, mais ce n’est qu’une supposition raisonnable, qu’ils ont servi à alimenter le trésor de guerre du candidat président puis du candidat malheureux.

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