François Hollande dans la souricière

Il n’a aucune chance d’en sortir. Voici pourquoi.

Tous les indicateurs sont au rouge : le déficit public atteint 72,6 milliards (sur une base annuelle). Prévu à 3,7 % en 2013, il devrait plutôt s’orienter vers 4% du PIB. Les défaillances d’entreprises se multiplient : plus de 15 000 en deux mois, d’où un chômage historiquement élevé, proche de 11%. Ce n’est pas fini, hélas. Les créations d’emplois sont à la baisse : près de 8000 emplois sont perdus chaque jour. La compétitivité est en baisse et la productivité aussi. La France est-elle devenue le « malade de l’Europe » aux côtés de la Grèce, de l’Irlande, de l’Espagne et de l’Italie ?
C’est la raison pour laquelle l’agence de notation Fitch vient de retirer à la France son triple A, qu’elle avait conservé jusqu’ici par on ne sait quel miracle. Il était temps. Car conserver un triple A à une économie qui sombre en douceur était une aberration qui n’avait que trop duré.

1° La problématique de François Hollande est simple :

S’il fait les réformes dont la France a besoin, et que Bruxelles, et derrière l’Allemagne, lui réclament avec insistance (et sans aucun succès), il perd son électorat, ou ce qu’il en reste. Ce qui ne lui plait guère. On le comprend.
S’il ne réforme pas l’économie française en profondeur, la France poursuit sa trajectoire vers un déclin économique sans recours.

2° Or, ce que l’on a vu jusqu’ici, s’apparente à la « politique du « chien crevé au fil de l’eau ». Beaucoup de belles déclarations d’intention, beaucoup de discours roboratifs, beaucoup d’excellents rapport documentés, (dont le dernier en date est celui de Louis Gallois) que l’on s’empresse de mettre au placard. En attendant que cela passe.
Le gouvernement vient bien d’annoncer des investissements de 12 milliards (énergie, santé, secteur aérien) pour stimuler les emplois des jeunes. Mais quand vont-ils porter leurs fruits ? En 2013 ou 2014 ? Un nouvel exemple de trop peu, trop tard ?

3° Le problème français est archi-connu. Inutile de le rappeler en détail : taille excessive du secteur public, dépenses publiques bien trop importantes, poids des impôts et des charges sociales écrasant, prix et salaires trop élevés, nombre d’heures travaillées insuffisant, rigidité du marché du travail, manque de compétitivité à l’exportation etc. etc.
Tous les rapports depuis 30 ans, et plus, reprennent inlassablement cette monotone litanie. Rien y fait. François Hollande poursuit imperturbablement sa marche vers le mur. Ou, plus précisément, il évoque ces acteurs qui font semblant de marcher sur une estrade de théâtre tout en faisant du sur place. En bon radical socialiste qu’il est dans l’âme et adepte de la méthode Coué, François Hollande attend que les choses s’arrangent d’elles-mêmes, avec le temps, et une hypothétique reprise. Il ne voit pas que le temps lui est mesuré, ne serait-ce qu’en raison de la conjoncture mondiale, qui reste peu porteuse, notamment dans la zone euro, elle aussi frappée de neurasthénie

4° Sa seule politique consiste à augmenter sans cesse les prélèvements obligatoires sous des formes diverses, ce qui étrangle inexorablement la croissance, et, avant même cela, la reprise, qu’il déclare avec un bel optimiste et un myopie affligeante, au « coin de la rue » (comme jadis le président américain Hoover au début de la crise de 39). Or le déficit, qui reste inexorablement fixé à plus de 3,5 %, continue de progresser et tandis que le chômage augmente de mois en mois.
Certes, la France finance sa dette à des taux historiquement faibles. Mais pour combien de temps ? Cette situation est profondément artificielle et malsaine. Chacun le sait. Les marchés financiers risquent fort de se réveiller tôt ou tard, et avec quelle brutalité.

5° En fait, la France est entrée dans une sorte de « récession douce » avec un taux de croissance prévu, au mieux, à 0,1 % : une misère. Les Français ripostent à la situation à leur façon en augmentant leurs épargnes avec un taux d’épargne de 15,5 % et en limitant sévèrement consommation, qui reste stagnante. Les enquêtes montrent que les ménages restent fort pessimistes sur leurs perspectives d’avenir. Or la consommation est traditionnellement le moteur de l’activité économique en France alors que les entreprises réduisent leurs investissements et que l’exportation reste en berne, faute de compétitivité de la maison France. Il y a belle lurette que nous ne faisons plus le poids sur les marchés étrangers.

6° C’est ici que l’on mesure une fois de plus le rôle néfaste de l’euro qui pèse comme une chape de plomb sur l’économie française. Sans l’euro, il y a longtemps que la France aurait dévalué, histoire de reprendre un peu de vigueur à l’exportation. L’euro devait, en principe, obliger la France à être vertueuse sur le modèle allemand. Mais le gouvernement (ni, à vrai dire, la plupart des Français) n’ont aucunement l‘intention d’être vertueux. Et voilà la France prise dans un cercle vicieux, ou plus précisément, une vis sans fin. On ne voit pas la fin de la crise, et on ne voit pas non plus comment la France pourrait s’en sortir. A dire vrai, la plupart des Français s’accommodent bien de cette situation, du moment qu’on ne touche pas aux vacances, aux retraites, à la « Secu ». Bref, tout ce qui vaut la peine de vivre.

7° Or le malheur veut que toutes les conditions sont réunie pour qu’une nouvelle crise financière internationale, comme celle de 2008, éclate à tout instant.
Les Etats-Unis n’ont fait qu’effleurer du doigt les réformes qui auraient dû remettre le secteur bancaire américain sur le droit sur le droit chemin. Le président Obama s’est montré extraordinairement timoré. Il est vrai qu’il a largement dû son élection à Wall Street. Les banques américaines sont promptement revenues à leurs anciennes amours, « derivatives et hedge funds » compris (le cocktail toxique qui avait été en partie à l’origine de la précédente crise financière).
La reprise anémiée constatée aux Etats-Unis est largement due à la politique poursuivie par Ben Barnanke, président du Federal Reserve, avec la création d’une quantité prodigieuse de monnaie par le biais d’une quantité de rachat de bons du Trésor américains et des taux d’intérêt historiquement bas : une recette très sure pour hâter le retour de l’inflation. Mais en dépit de ce remède de cheval, l’économie américaine ne réagit que faiblement, comme un malade saturé de médicaments.
Alors, à quand la prochaine crise ?
En attendant, la zone euro ne sort pas de son hibernation, et la France aussi.

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