L’économie française : un tableau de bord bien sombre

La France traverse une des pires périodes de son histoire économique. La comparaison avec l’Allemagne prospère d’Angela Merkel est affligeante pour nous.

Car il ne faut pas se leurrer et se laisser gruger par les informations savamment distillées par les pouvoirs publics. Ces « bonnes nouvelles », obtenues à « l’arraché », étaient supposées annoncer en fin d’année le miracle de la guérison de l’économie française, grâce aux soins éclairés du bon docteur Hollande.

La baisse de 50 000 chômeurs proclamée récemment n’a guère de sens. Tout économiste un peu sérieux sait fort bien qu’il est aisé par quelques « trucages » statistiques astucieux de donner des couleurs, provisoires hélas, à une série statistique anémiée, celle du chômage par exemple. C’est le temps d’obtenir de grosses manchettes dans la presse avant de passer à autre chose de plus sérieux, les nouvelles sportives par exemple.

Ce genre de procédé bien connu est couramment utilisé pour « embellir » les statistiques du chômage, celles des prix, pour le budget, bref, pour tout agrégat statistique dont il suffit de changer astucieusement la composition en jouant sur les délais de prise en compte de certaines données-clef pour en pervertir le sens. D’autant plus qu’un résultat mensuel ne donne qu’une très médiocre indication sur l’orientation générale de l’économie et qu’il faut attendre patiemment plusieurs mois, voire plusieurs trimestres, pour y voir clair.

Reconnaissons cependant d’emblée un mérite à François Hollande (il n’en a pas tellement). Alourdir la charge des ménages pour alléger celle des entreprises relève de la plus stricte orthodoxie libérale. Il faudrait l’en féliciter. Le malheur veut que cette mesure se situe dans un contexte déflationniste grave, alors que la charge fiscale atteint déjà le niveau d’alerte et cela en l’absence de toute réforme de fond.

Or les remèdes sont archi connus grâce à une pléiade de rapports de qualité, -dont le dernier en date est celui de Louis Gallois- qui psalmodient inlassablement la litanie des maux français : obésité du secteur public et notamment du secteur social ; Etat-Providence atteint d’anémie graisseuse ; rémunérations trop élevées et compétitivité insuffisante, ce qui nous chasse des marchés extérieurs ; rémunérations excessives en regard de la productivité de la main d’œuvre (qualification insuffisante faute de formations adaptées, horaires de travail largement en dessous des normes européennes et des Etats-Unis etc. etc.).

En un mot, et pour le dire un peu brutalement, les Français ne travaillent pas assez et sont trop payés pour ce qu’ils font.

En conséquence, la France, depuis des années, vit largement au-dessus de ses moyens. Notre pays ne « gagne pas sa vie » et vit à crédit comme ces ménages dispendieux qui ne savent pas contrôler leurs dépenses. Bien mieux, les nouveaux emprunts servent, en partie, à payer les anciens. C’est de la « cavalerie » pure, un système Madoff transposé à l’échelle d’un pays. Mais ce petit jeu ne peut durer éternellement.

La preuve en sont le déficit budgétaire (4,1 % du PNB cette année) et l’endettement extérieur (95,1 milliards) lesquels s’alourdissent d’année en année : l’endettement seul va bien bientôt atteindre des niveaux « grecs » : près de 100 % du PNB. C’est la cote d’alerte à ne franchir en aucun cas pour un pays qui ne veut pas glisser dans la catégorie des pays sous-développés. Ces derniers ne survivent que grâce aux aides internationales, fonds de secours européens, FMI ou autres. On en est plus très loin. Et pourtant notre pays se prépare à le faire allègrement, dans l’indifférence du public.

Le gouvernement n’en a cure, de promesses non tenues en promesses non tenus : « demain, nous raserons gratuit », comme le promettait le coiffeur de légende. Il s’est engagé sous la pression de Bruxelles à ramener le déficit budgétaire de 4,1 % cette année à 3,6 % l’an prochain. Mais personne n’y croit plus. Les promesses solennelles, et les engagements de l’Etat, n’ont plus aucune crédibilité, ni devant l’opinion publique, ni à Bruxelles. On assiste, une fois de plus, à une fuite en avant en espérant qu’elle ne se terminera pas « dans le mur ».

Car l’adage ancien : « trop d’impôts tue l’impôt » reste toujours vrai. La preuve par neuf en est le budget de la France. Malgré l’alourdissement de la charge fiscale les recettes ne suivent pas et le déficit budgétaire reste intact, en attendant qu’il se creuse à nouveau.

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Le problème est que le gouvernement socialiste ne veut, en aucun cas, s’attaquer sérieusement à la plaie mortelle de l’économie de la France. Il s’agit, on le sait depuis des années, du volume démesurément grotesque de la dépense publique, Sécurité Sociale comprise, 57 % du PNB s’il vous plait, ce qui fait de la France le premier pays soviétisé d’Europe. On assiste en quelque sorte au triomphe tardif de Marx en terre gauloise.

Pourquoi ne le fait-il pas ? C’est fort simple. Parce qu’il sait bien que les gros bataillons des électeurs qui votent à gauche se situent précisément dans les épaisses couches des inactifs et des improductifs : retraités en peine forme, champions de pétanque, qui encombrent les aéroports pour aller aux îles Galapagos en hiver ; fonctionnaires inutiles, sous employés ou en sureffectifs qui font de la politique ou des mots croisés pour tromper leur ennui ; faux malades en parfaite santé etc. etc. Là où il faudrait de la chirurgie réparatrice le gouvernement préfère la douceur de l’homéopathie. En espérant que cela marchera : la méthode Coué par excellence.

Ne nous y trompons pas. L’économie française est gravement malade. Elle ne suivit que grâce à la potion magique généreusement administrée par l’Etat, c’est-à-dire le contribuable et au-delà, l’endettement, grand pourvoyeur de ressources que les pouvoirs publics n’ont plus.

L’endettement public est ainsi devenu, avec le chômage, la variable résiduelle de l’économie, une espèce de fourre-tout où on entasse les problèmes dont on ne veut plus entendre parler, pour gagner du temps, en l’absence de toute réforme susceptible de fâcher une quelconque catégorie sociale (surtout celles votant à gauche).

Un exemple typique est celui de l’emploi. De temps à autre, généralement à l’approche des élections, le gouvernement pousse des cris de triomphe parce que le chômage augmente moins rapidement, faute de se stabiliser ou de se contracter. Fort bien. Il ne faut pas « bouder son plaisir ».

Mais qui ne voit qu’il s’agit largement de l’impact des d’emplois dit aidés, c’est-à-dire subventionnés par l’Etat. Son intervention repousse le coût des salaires en dessous du niveau auquel nul chef d’entreprise ne pourrait songer à recruter. Il s’agit bel et bien d’une entorse aux lois du marché et il n’y a nullement lieu de s’en réjouir. Cette victoire pour l’emploi est en fait une fausse victoire : celle de l’économie administrée sur l’économie réelle, celle qui est régie par les lois du marché.

Dès lors, le tableau de bord de l’économie française se présente comme ci-dessous :
Dépenses de l’Etat : 57 % du PNB
Déficit budgétaire : 3,7 % du PNB
Déficit commercial : 67 milliards d’euros (2012). Or cela fait bien 10 ans que le commerce extérieur de notre pays accuse un déficit qui ne veut pas se réduire, preuve flagrante de notre manque de compétitivité sur le marché international, malgré les succès de quelques fleurons industriels comme Airbus
Endettement de la France : 92 % du PNB
Charge de la dette : 47 milliards d’euros
Taux de croissance dérisoire : 0,1 % prévu en 2013
Taux de chômage : 10,9 % de la population active soit 3,3 millions de chômeurs
Destruction d’emplois : presque 100 000 en 2012
Taux d’intérêt : à la hausse, en passant de 1,7 % en mai à 2,57 % en septembre
La France est bien devenue « l’homme malade de l’Europe », après la Grèce il est vrai. Mais ce dernier pays fait-il vraiment partie de l’ensemble européen ?

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A la décharge des pouvoirs publics il faut reconnaître qu’ils ont largement perdu les repères traditionnels qui permettaient auparavant de donner l’alerte à temps.

Par le passé, c’était souvent la flambée des prix. Mais les prix sont devenus obstinément stables, avec l’euro et le chômage.

Ou alors, c’était la tenue de la monnaie sur le marché des changes qui pouvait sonner l’alarme, comme en 1995 l’effondrement du franc au temps du gouvernement Juppé. Mais le franc a disparu, noyé dans l’euro allemand, qui protège notre monnaie de toute bourrasque intempestive.

Mais que dire de l’action des agences de notations (dont on se demande si elles servent encore à quelque chose) ? Le malheur veut qu’elles font le plus souvent le gros dos, en attendant que le problème devienne précisément trop énorme pour être ignoré plus longtemps. Mais c’est souvent trop tard.

Les taux d’intérêt ? Ils demeurent –malgré la hausse récente- historiquement et, anormalement, bas. C’est que les investisseurs ne savent plus trop, entre l’Espagne et l’Italie, à quels saints se vouer, c’est-à-dire à qui prêter. Au surplus, ils estiment, à tort, que l’euro français sera protégé ad perpetuam comme dans un cocon confortable, par l’euro allemand.

Et puis le faux adage « too big to fail », « trop gros pour chuter », qui a tant servi pour les banque américaines en péril, s’applique indument à l’économie française. Elle aussi est trop importante pour qu’on la laisse tomber. Dès lors, les marchés financiers prêtent les yeux fermés en attendant de se réveiller brusquement. Et le réveil risque fort d’être brutal et catastrophique pour notre budget.

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Dès lors que fait le gouvernement dans cette conjoncture ? Et bien, rien ou pas grand-chose. Il poursuit imperturbablement la politique « du chien crevé au fil de l’eau ». Il survit au jour le jour, pour gagner du temps, en espérant « qu’il se passera quelque chose », tel le héros du roman anglais picaresque « Tristram Shandy », par exemple un tsunami économique en Europe qui porterait l’économie française au faite d’une nouvelle vague de prospérité.

Cela est peu probable il est vrai. Mais il faut bien rêver, ne serait-ce que pour oublier la triste réalité quotidienne. Car les socialistes ne sont-ils pas, par nature, des « marchands de rêve » (ou pire encore, des marchands de sommeil ) ?

En attendant, l’économie française poursuit inexorablement son déclin, et avec elle, la France toute entière.

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