Lettre ouverte à M. Barbier, directeur de l’Express, sur l’immigration

Paris, le 22 décembre 2012

Monsieur Christophe Barbier
Directeur
L’Express

Cher Monsieur,

Vous savez l’estime que je vous porte, depuis toujours. Aussi ai-je été extrêmement surpris de prendre connaissance du dernier numéro de l’Express consacré aux « coûts de l’immigration » et notamment à votre éditorial de ce même numéro.

Pour simplifier, vous développez deux idées, à dire vrai qui ne sont pas neuves, car la gauche, dont vous êtes le porte parole, ne cesse de les ressasser inlassablement depuis 30 ans, à savoir :

1° Les immigrés rapportent plus qu’ils ne coûtent.

2° Grâce à l’immigration, la France pourra tenir tête à l’Allemagne, et même l’emporter sur notre rivale de toujours.

La démonstration est éblouissante. Le malheur veut qu’elle n’a ni queue ni tête car fondée sur des éléments faux, incomplets, tronqués, ou déformés. Excusez-moi du peu.
Cela s’appelle, en bon français, de la désinformation comme le pratiquaient jadis certains régimes autoritaires de sinistre mémoire dont vous vous souvenez peut-être.

Reprenons votre démonstration, point par point. Ici, le modeste lecteur de l’Express que je suis, car je n’ai pas ni votre formation intellectuelle, ni votre vaste expérience des problèmes démographiques (voir cependant mon CV ci-joint), ne peut s’empêcher de penser que vous avez commis deux erreurs majeures, en fait, peu dignes de la direction d’un grand hebdomadaire comme l’Express.

En premier lieu, dans votre démonstration implacable des coûts de l’immigration, vous avez tranquillement négligé toute la littérature qui a été publié sur ce sujet délicat depuis bien des années. Je citerai simplement un premier colloque organisé voici 5 ans par votre humble serviteur, en compagnie de quelques personnes également connues, et je cite entre autres Gérard Lafay, mon ancien collègue à Paris II, et Jacques Bichot, docteur en mathématique, professeur agrégé d’économie à Lyon 3. Mais peu importe.

Vous avez préféré et c’est votre droit, privilégier les travaux d’un certain Xavier Chojnicky, maître conférence à Lille 3. Ce jeune homme d’avenir a en effet publié, pour le compte de la DRESS en juillet 2010, un modeste opuscule de 200 pages truffé d’équations économétriques.
Je ne suis pas certain que vous sachiez ce qu’est l’économétrie. Mais ce qu’il y de sûr est que l’appliquer à l’analyse de l’immigration, et de ses coûts, revient à faire et je cite, ce que Lord Maynard Keynes (vous voyez de qui il s’agit) disait d’une théorie quelque peu douteuse : « qu’elle consistait à appliquer la théorie des liquides à des matières sinon solides, du moins semi pâteuses ». Effectivement la démonstration de M. Chojnicki, présente effectivement bien des caractéristiques pâteuses à telle enseigne que votre collègue, Mme Vincent du Monde, quotidien qui n’a pourtant pas la réputation de pencher à droite, a cru devoir prudemment ramener de 47,9 à 12,4 milliards le gain supposé tiré de la production des immigrés.

Vous trouverez ci-joint les estimations de mon dernier colloque du 11 février qui évalue à 73,3 milliards le coût net de l’immigration, défalcation faite d’une valeur ajoutée par les immigrés de 55,9 milliards. Vous pourrez constater sans peine que l’écart est considérable entre les évaluations « économétriques » de M.Chojnicki et les nôtres. Vous ne serez donc pas surpris si je tiens les calculs de M. Chojnicki pour parfaitement fantaisistes (voir mon article publié dans Valeurs Actuelles du 24 novembre 2011). Mais la presse de gauche s’est, bien entendu, précipité sur ce modeste relief, comme des moineaux sur un tas de crottin, qui lui permettait, enfin, de justifier le slogan de toujours : « L’immigration, ça rapporte », sans l’ombre d’une justification.

Le second point saillant de votre remarquable démonstration est que, grâce à l’immigration, la France va pouvoir enfin surclasser l’Allemagne.
Cette information, tirée de votre chapeau de magicien n’a pas manqué de réjouir le cœur du vieil économiste que je suis. Dès lors, quoi de plus simple. Faisons venir en France chaque année 200 000 sympathiques Congolais plus 200 000 aimables Maghrébins, qui ne demandent que cela, et voilà la France qui caracole en tête des pays européens.

Là encore, le malheur veut que cette proposition n’a aucune sens. Car assimiler un immigré venant du Tiers monde à un jeune français, allemand, britannique, formé et qualifié consiste à commettre l’erreur classique de nos « immigrationnistes » de choc. Cette vision quantitativiste est tout simplement une niaiserie, indigne d’un esprit comme le vôtre. Et c’est là que nous retombons sur le problème du coût net de l’immigration.

L’immigré coûte bien plus qu’il ne rapporte. Car il n’est malheureusement pas formé, ni éduqué ni qualifié. Il faut donc, dès qu’il pose son pied sur le territoire national, le prendre en charge, c’est-à-dire le loger, le soigner, mettre ses enfants à l’école, et lui donner de quoi subsister (l’ATA). Et lutter contre l’inévitable délinquance.

Tout cela est détaillé dans les Actes du Colloque de l’l’Institut de Géopolitique des Populations du 11 février dernier que vous avez superbement dédaigné mais que je tiens à votre disposition.

Mais, en revanche, cela explique en partie l’extraordinaire montée en puissance du budget social de la France qui vient encore tout récemment s’alourdir de 2,5 milliards supplémentaires en faveur des pauvres et des déshérités dont la plupart proviennent de l’immigration immigrés, légale ou clandestine. Au surplus, la fameuse CMU C de Martine Aubry va bénéficier à 500 000 bénéficiaires supplémentaires. Je vous laisse deviner leur origine.

Tout ceci pour dire qu’il faut être quelque peu demeuré, ou cynique, pour oser prôner la poursuite de l’immigration -250 000 par an dont 200 000 légaux et 50 000 au moins venant de l’immigration clandestine, futurs chômeurs ou assistés sociaux- alors que le taux de chômage va vers 11% de la population active et que le budget social éclate de toutes parts, cependant que le taux de croissance de notre pays stagne autour de 0 %.

En conclusion, vous avez, à mes yeux, commis deux fautes majeures en publiant ce numéro.

La première est d’ordre professionnel. Un bon journaliste ne va pas puiser ses informations à une source unique, mais recherche, compare, utilise les divers travaux publiés sur le sujet. Vous ne l’avez pas fait, faute de temps peut-être. Mais je crois tout simplement par préjugé idéologique, vieux procédé de la presse de notre pays, une des pires en l’Europe, selon la plupart des observateurs étrangers. Les réflexes marxistes ne se perdent pas si facilement. Ou tout simplement par flemme.

En second lieu, vous avez commis une faute morale grave en pratiquant la désinformation à l’encontre de vos lecteurs. Car ces braves gens, qui n’ont pas le temps de lire beaucoup, -sinon ils ne liraient pas l’Express-, s’en remettent aveuglément à vous pour connaître la vérité révélée. Les malheureux ! Vous les avez une fois de plus abreuvés à une source empoisonnées.

Au total, quel jugement porter sur ce numéro de l’Express ? Mauvaise foi intellectuelle, inculture généralisée ou, tout simplement, amateurisme professionnel ? Un peu des trois sans doute.

Et c’est ainsi que notre pays avance d’un pas assuré vers une grave catastrophe économique et sociale, dont la désinformation, savamment distillée par la presse, portera une large responsabilité. Mais chacun sait que la presse de notre pays, dispose à la fois d’une irresponsabilité et d’une l’impunité à peu près plus totales.
Pour terminer, je serais néanmoins disposé à vous accorder l’indulgence, car vous êtes loin d’être sot, si vous avez dû rédiger ce papier sur commande. Auquel cas, tout va bien.

Mais peu importe après tout. Le proverbe dit que « la Vérité ne triomphe jamais, mais les menteurs finissent par mourir ».

Je vous souhaite néanmoins une longue vie et de bonnes fêtes de Noël et de Nouvel an.

Bien cordialement à vous.

Yves-Marie Laulan

3 réflexions au sujet de « Lettre ouverte à M. Barbier, directeur de l’Express, sur l’immigration »

  1. Oui, bravo, Monsieur Laulan. Ne manquez pas de nous faire prochainement savoir si notre Barbier de Paris fait le mort, tente de (faire) répondre indirectement à vos petites observations, ou exécute toute autre sorte de pirouette.
    Toutefois, pour qu’il ne prétende pas n’être pas au courant de votre prise de parole écrite, il serait peut-être judicieux d’envoyer directement un courriel aux 4 ou 5 journalistes principaux de la revue.

  2. monsieur,
    Bravo pour cette analyse parfaitement objective qui curieusement doit relever du courage.
    Avez vous eu une réponse de M Barbier et dans le cas positif
    a t-elle été publiée ? Bien cordialement

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