Après la perte du triple A de la France

Les Américains ont une expression très plaisante pour désigner aimablement ce genre de situation : « He had it coming » que l’on peut traduire par : « c’est bien fait » ou « il l’a bien cherché ».

En effet, la décision de Standard and Poor’s, lourde de conséquences, sanctionne, qu’on le veuille ou non, -car c’est bien d’une sanction qu’il s’agit- l’échec d’un homme, d’une stratégie, et la ligne de conduite adoptée pour gérer les affaires de l’Etat.

L’échec d’un homme.
Le président de la République est sanctionné pour son inconstance et son imprévisibilité. Il a fait preuve tout au long de son mandat de son incapacité chronique à dégager une vison d’ensemble des problèmes de la France et de sa capacité à mener une politique cohérente de long terme, et cela dans les domaines les plus divers. Bien au contraire, il a trop souvent agi par foucades successives, par coups de tête irraisonnés, parfois même franchement déraisonnables. C’est la décision impromptue d’aller, toutes affaires cessantes, écraser la minuscule Libye, sous le fallacieux prétexte de sauver de vies humaines menacées, en fait, pour redorer pour quelques semaines seulement, son blason auprès d’une opinion publique désabusée. Et que dire de la navrante loi sur le génocide arménien destinée à racoler in extremis les voix de la communauté arménienne, au risque de sacrifier nos intérêts économiques en Turquie. Comme si la France n’avait pas assez d’ennemis…

L’échec d’une stratégie.
De toute évidence, la France a souffert d’une mauvaise gouvernance économique. Car Nicolas Sarkozy a fondé sa politique économique depuis 5 ans sur le bluff, c’est-à-dire l’annonce fracassante de décisions non suivies d’effet. Notamment, depuis le retour de la crise, dans un monde dominé par l’image, Il espérait sans doute qu’en se posant en défenseur de l’euro et protecteur des Français dans la tourmente, grâce aux multiples navettes Paris Bruxelles, en duo avec Angéla Merkel, il donnerait le change aux marchés et aux agences de notation. C’était prendre les analystes internationaux pour plus naïfs qu’ils ne sont.

En fait, cette partie de poker menteur reposait sur une idée fixe, ne pas prendre le risque de causer le moindre chagrin, ne serait qu’à une fraction, même minime, d’un électorat de plus en plus rétif à l’approche des élections (dans le même esprit, la départementalisation de Mayotte, dont la France n’a pas fini de payer l’addition pour des années et des années, n’avait d’autre justification que de récupérer une poignée de voix pour les présidentielles). Sous prétexte de la crise, puis des élections, les plans de rigueur, dont le gouvernement a longtemps refusé de reconnaitre la nécessité (même le mot était tabou) n’ont fait qu’effleurer légèrement la pointe de l’iceberg de la dépense publique. On a prétendu économiser 8 milliards d’euros sous l’annonce fallacieuse de la rigueur là où il eut fallu, en réalité, faire dix fois plus, c’est-à-dire comprimer le budget de 80 milliards, et non de 8, en faisant porter l’essentiel de l’effort sur le budget social devenu obèse à force de mesures catégorielles démagogiques. En fait, au fil des années, le gouvernement a plus ou moins perdu la maîtrise de la dépense publique et il n’a aucune idée de la façon dont il pourrait reprendre la main. Le pari de Nicolas Sarkozy a été de croire qu’il pourrait « bluffer » les agences de notations en les abreuvant de déclarations de bonnes intentions, jusqu’au jour tant attendu de l’élection présidentielle, en avril 2012. Après, on, verrait bien. Pari perdu…

Une ligne de conduite inadaptée à la conduite des affaires de l’Etat.
Autoritaire et capricieux, c’est un homme seul qui ne consulte guère et n’écoute aucun conseil. Il ne connait pas le travail en équipe mais professe, en revanche, un certain mépris pour les hommes qui l’entourent. Le Premier Ministre a été ramené au statut de simple « collaborateur » et les ministres à la dimension, encore plus modeste, de « sous collaborateurs ». Il ne supporte apparemment aucune contradiction, surtout pas celle apportée par les faits. Cette légèreté se retrouve dans le choix des hommes (et des femmes) qui est une affaire de simple opportunité momentanée en dehors de toute considération de compétence. C’est le cas de Christine Lagarde, sycophante appliquée de Nicolas Sarkozy quand elle était aux Finances où elle s’était bien gardée d’attirer l’attention de son maître sur les risques, pourtant manifestes, du déficit et de l’endettement. Et cela avant d’aller prêcher la vertu fiscale, une fois nommée au FMI. Belle constance dans les idées. Quant au sémillant Baroin à la voix de baryton langoureux et à la mèche accrocheuse, mais franc maçon de poids, sa place serait sans doute plus justifiée dans un film de « crooner » qu’à l’austère Bercy. Il est vrai que son rôle principal consiste à commenter les évènements parus dans la presse de la veille. Mais à choisir systématiquement des marionnettes pour occuper des postes aussi chargés de responsabilité qu’aux Finances, surtout en période de crise, on court le risque d’en récolter les fruits : l’irresponsabilité et l’absence de crédibilité.

On observera, pour conclure, que Nicolas Sarkozy reste plus que jamais fidèle au mythe bien français qu’il est suprêmement important d’envoyer des copains à des postes de haute responsabilité internationale dans l’espoir d’ avoir la haute main sur ces institutions : c’est la nomination au FMI du célèbre DSK avant que ce dernier ne sombre dans la délinquance sexuelle, promptement remplacé par Christine Lagarde au généreux sourire. En fait, au FMI comme ailleurs, ces institutions ne sont pas gérées par une personnalité charismatique capable de faire la pluie et le beau temps, comme la presse française, toujours aussi inculte, s’en est laissée convaincre avec DSK, mais par un corps technique solidement charpenté et largement indifférent aux influences partisanes (sauf en ce qui concerne, bien entendu, celle des Etats-Unis et encore).

***

Sur les conséquences de la perte du triple A, qu’aujourd’hui les porte-paroles en service au gouvernement s’efforcent risiblement de les minimiser, -après les avoir dramatisées à l’excès-, on sait qu’elles seront quand même sévères, surtout dans le contexte économique actuel : c’est le renchérissement du coût de refinancement de notre endettement, l’affaiblissement de toute la zone euro que l’on prétendait défendre, le risque de voir les taux d’intérêt monter d’un cran à tous les niveaux ,y compris celui des ménages, et cela en pleine stagnation économique. Les dégâts ne sont pas secondaires et la pente à remonter sera encore plus rude. Et de quel crédit, de quelle autorité notre président va-t-il pouvoir se prévaloir auprès de ses interlocuteurs étrangers après une telle perte de prestige? Il ne lui reste plus qu’à bombarder Monaco ou le Liechtenstein pour réaliser l’union sacrée des Français autour du drapeau et de sa personne.

Mais cette nuée sombre est quand même traversée par quelques rayons de soleil qui redonnent une clarté d’espoir aux gens en place au gouvernement. C’est que la Providence, bonne mère, leur a désigné comme adversaires à gauche une galerie de clowns réunis comme rarement dans l’histoire électorale de notre pays. Imaginons le pâle Hollande, amaigri au point d’en devenir diaphane, élu président pour s’entourer d’une équipe de choc de formée de Ségolène Royal, de Martine Aubry, de Jack Lang bien sûr, assistés de l’inévitable, l’ inusable Jacques Attali, qui n’en est pas à un retournement de veste près. Pourquoi, tant qu’à faire, ne pas nommer à ce gouvernement l’ineffable Eva Joly, gracieuse fille d’Eve, comme ministre de l’Industrie chargée de démanteler la filière nucléaire française. Mais voilà que l’extrême gauche de Jean-Luc Mélanchon donne à son tour de la voix et menace de rendre « coup pour coup » aux agences de notation. Il s’agit, sans nul doute, dans l’esprit de ce pitre, d’envoyer une escouade de gauchistes lancer des pétards dans les bureaux de Standard and Poor’s comme il faisait autrefois à l’école.

Non, décidément, avec des mauvais plaisants de cet acabit, la partie est loin d’être perdue pour une UMP menacée de naufrage et son président.

Pour plus de détails sur ce sujet, voir mon article « fin de mandat » en date du 10 décembre 2011.

2 réflexions au sujet de « Après la perte du triple A de la France »

  1. Et l’Allemagne dans tout cela? consideree comme le bon éleve, n’a t elle pas les moyens ni interet a calmer et gerer les ardeurs immatures d’un president francais? Ou au contraire, loin d’etre dupe, verrait elle tant d’avantages à ce que son voisin francais perde la Face?
    A la lecture de votre article, j’ai de la peine a comprendre comment un « Pantin de droite ou de gauche » puisse encore gesticuler librement dans cette sphere politico economique sans se faire recadrer rapidement par ses partenaires et homologues… Merci de m’eclairer.

  2. La perte du AAA est la simple conséquence d’une récupération de l’argent perdu lors des années 2009 pendant la dernière crise. Nous allons avoir de l’argent plus cher (taux autour de 5 à 7% comme les Italiens. Malheureusement, nous sommes à 3 à 4% et il va falloir payer plus et se serrer la ceinture.

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