Sortir de l’euro : et après ? Crise structurelle, endettement et révolution copernicienne

Les gouvernements, en Europe comme aux Etats-Unis, sont obstinément « à côté de la plaque ». Ils persistent à interpréter comme une crise conjoncturelle de courte durée ce qui, en réalité,  est une crise structurelle de long terme. Dans  de telles conditions, il ne faut s’étonner si les remèdes appliqués, de part et d’autre de l’Atlantique, avec des  plans de soutien ici, des plans de relance là bas, sont autant d’emplâtres sur une  jambe de bois. Ils ne servent rigoureusement à rien, si ce n’est à gagner un peu de temps, dans la mesure où ils ne s’attaquent  nullement aux fondements de la crise.

Expliquons-nous.

Un endettement aussi massif, aux USA comme en Europe (l’Allemagne exceptée) ne peut s’analyser que comme un déséquilibre structurel profond et durable entre l’offre et la demande.

Du côté de la demande, l’Occident a résolument choisi depuis fort longtemps, (pour d’évidentes raisons de démagogie électoraliste) de privilégier la consommation comme moteur de la croissance  au lieu de fonder aussi la croissance sur l’investissement (le modèle chinois) ou l’exportation (le modèle allemand). La démocratie n’a pas que des avantages. Le résultat ne s’est pas fait attendre : un gouffre prodigieux s’est ouvert entre les demandes d’une consommation frénétiquement dopée par le crédit et les capacités de l’économie à y répondre, d’où l’appel à l’étranger  avec un déficit commercial chronique  provoquant un endettement massif.

Du côté de l’offre, les dérives de la doctrine libérale ont imposé contre vents et marée une mondialisation tous azimuts qui a eu pour conséquence la multiplication des délocalisations à l’étranger, (Chine et Inde en étant les principaux bénéficiaires) d’où une profonde désindustrialisation  aux Etats-Unis[1] comme en Europe (sauf en Allemagne qui a su rester capable de produire les biens d’équipement dont les pays émergeants sont gourmands).

Mais tout d’abord, à quel prix pourrait-on réduire notre endettement ?

                              I Résorber l’endettement : quelques chiffres « rugueux ».

Le cas de la  France étudié ci-après pourrait sans peine être appliqué, sous des modalités diverses, à toute l’Europe.

Il sera remarqué qu’il ne sera pas fait mention ici de remèdes facile comme « sortir de l’euro » comme solution à la crise ou, au contraire, la mise en place d’une gouvernance sévère au sein de la zone euro. Ce genre de solutions à caractère institutionnel ne vont pas, en effet, régler comme par un coup de baguette magique les difficultés de pays dont le problème  majeur est, avant tout, de régler leurs dettes (même s’il apparait que la situation actuelle au sein de l’euro zone est clairement intolérable et devra, tôt ou tard, être corrigée).

Pendant 15 ans, disons depuis 1995, la France a largement vécu au dessus de ses moyens. Elle s’est endormie sur le mol oreiller de l’euro, garant d’un endettement sans limites et sans pleurs[2] qui atteint aujourd’hui le montant colossal de 85 % du PNB, soit 1 646 milliards d’euros[3]. Ces chiffres donnent le vertige.

La crise ne sera pas résorbée et menacera à l’état latent ou aigu aussi longtemps que l’endettement français ne sera pas ramené à un montant raisonnable.

Qu’est-ce qu’un  « niveau raisonnable » ? C’est sans doute celui que le pays peut supporter sans dommages  excessifs en cas de remontée brutale, toujours possible, des taux d’intérêt[4]. A cet égard, le taux d’endettement de la France en 1995, soit 35 % du PNB (ou encore 665 milliards d’euros), pourrait être légitimement considéré comme une référence acceptable.

Il s’ensuit que l’endettement de la France dépasse un niveau que l’on peut juger normal à hauteur de 50% du PNB. Ce qui n’est pas rien.

Comment s’y prendre pour résorber cet endettement excessif dans un laps de temps également « raisonnable » ? La table des intérêts composés nous sera ici d’un précieux secours. Car, pour réduire une valeur de 50 % en 15 ans, il faut l’escompter à 4% l’an, à 6% l’an si l’on veut le réaliser en 10 ans.

La potion est amère. On voit d’ici la réaction des syndicats et de tous les secteurs de l’opinion face à une déflation d’une telle ampleur et d’une telle durée, -la moitié d’une génération- (avec blocage de tous les revenus,  salaires, retraites et des prestations sociales multiples[5] consenties au fil des ans à tous les secteurs de la population, blocage qui serait  au surplus associé à la hausse de la pression fiscale).

Une solution, de loin la plus favorable, serait la reprise de la croissance à des taux élevés, par exemple supérieurs à 4 % l’an, toujours avec freinage ou blocage des revenus et de la consommation de façon à dégager des excédents budgétaires et commerciaux et à résorber ainsi l’endettement. Mais les prévisions des organisations internationales, FMI ou OCDE, ne laissent  guère entrevoir des  perspectives aussi souriantes à  court ou moyen terme.

Mais l’histoire économique nous sera ici fort utile. Car, ce que la déflation ne peut obtenir sans d’intolérables pleurs et grincements de dents, l’inflation, elle le peut (à condition de proscrire rigoureusement des mesures de compensation de type échelle mobile ou réévaluation des revenus fixes).

Notre salut réside donc dans une inflation modérée limitée à 4 % l’an.  Le hic est que l’inflation, telle une crue capricieuse, a une fâcheuse  tendance  à échapper aux digues supposées la contenir dans des limites raisonnables. Mais nous verrons bien.

En conclusion, il faut s’attendre à une stagnation, voire à un recul prolongé  des revenus et du niveau de vie en France, en Europe et aux Etats-Unis. Il faudra non pas « travailler davantage pour gagner plus »[6], mais bien « travailler davantage pour gagner moins »[7].

Mais la résorption de la dette ne saurait suffire à elle seule. Car elle ne pourra être menée à bien, sous peine de rechute, sans une réorganisation profonde des structures économiques dans le sens d’une meilleure efficience fondée, non plus exclusivement sur la consommation, mais aussi sur l’investissement et l’exportation, seuls garants d’un retour durable à l’équilibre des comptes.

II Maîtriser la consommation.

Il faut se demander comment le monde occidental, Etats-Unis compris, ont  pu en parvenir à une telle dégradation de leurs comptes extérieurs. Bien entendu, la crise financière de 2008/2009, qui a provoqué  un peu partout d’énormes déficits publics de type keynésien, est passée par là[8]. Les gouvernements  ont cru un peu trop rapidement qu’ils pourraient sortir de la crise sans trop de douleur par le biais du déficit budgétaire et l’endettement public[9]. Mais les « chiens de garde » du marché, les agences de notations, viennent de les rappeler à l’ordre sans ménagements. Même aux Etats-Unis, l’endettement ne « peut monter jusqu’au ciel »[10].

I L’apparition d’une « culture » de l’endettement.

Ce phénomène nous vient clairement des Etats-Unis où l’endettement public ou privé a été longtemps perçu comme un don du ciel, ou, si l’on préfère, un état de nature. Encore récemment, certains théoriciens outre atlantique ont souvent cru  pouvoir démontrer doctement que le déficit, et l’endettement des Etats-Unis, était bon pour le pays, bon pour les pays prêteurs, bref, bon pour la planète entière. Il est de fait que, de 1966 à 2010, le budget américain a été perpétuellement en déficit, sauf pendant quelques années sous le président Clinton.

Cette  doctrine  «  du déficit sans pleurs »   a peu à peu contaminé l’Europe, en dépit des fameux critères de Maastricht lesquels, d’ailleurs, ne prohibaient nullement les déficits mais entendaient simplement les cantonner à 3 % du PNB. On sait ce qu’il en a été .

Depuis 1981, le budget français n’a jamais été en équilibre[11]. En conséquence, l’endettement de la France est passé de 20 % du PNB dans les années 60 à 85  % de nos jours, soit une augmentation de plus de 60   points de pourcentage du PNB . Cela signifie qu’en moyenne, chaque année, un pourcentage de 2 % de PNB était non gagné mais emprunté  à l’étranger. Même la sage Allemagne a cru pouvoir goûter quelque temps aux délices empoisonnés du déficit budgétaire avec un endettement proche du nôtre (de même que la Grande Bretagne, l’Espagne ou l’Italie[12]). En fait, en matière d’endettement, la Grèce est donc en fort bonne compagnie et c’est à juste titre que le gouvernement français se préoccupe enfin de contenir cette dérive[13].

Mais, en fin de compte,  pourquoi cette culture ou cette « bulle » de l’endettement ? Ici il convient de se tourner vers un autre type d’explication, à savoir le modèle de croissance économique qui a été adopté par tous les pays européens (et l’Amérique) depuis la fin de Trente Glorieuses. Ce modèle privilégie la consommation, publique mais surtout privée, comme moteur principal  de la croissance économique au détriment de l’investissement  et de  l’exportation[14].

II L’apparition d’une « culture de la consommation »  comme moteur de la croissance.

Le cas le plus exemplaire est celui des Etats-Unis où la consommation atteint aujourd’hui le pourcentage inouï de 73 % du PNB, près des trois quarts[15]. Mais encore faut-il préciser de quelle consommation il s’agit. On peut distinguer deux types de composantes, à vrai dire fort distinctes, au sein de cet  agrégat. On distinguera ainsi la  consommation courante et une consommation « sociale »  résultant du  vieillissement et de la montée en puissance des besoins sociaux.

La première, la consommation banale (hors logement), est constituée des produits manufacturés, durables ou semi-durables, voitures et produits d’équipement domestiques divers, dont les ménages absorbent un volume  croissant d’année en année, très souvent financés à crédit, notamment aux Etats-Unis, pays du crédit à la consommation par excellence. La profusion des cartes de crédit a littéralement dopé  l’endettement des ménages américains qui a été porté à des niveaux extraordinairement élevés (au détriment de l’épargne, bien sûr). On retrouve exactement le même phénomène en Europe, et notamment en France, encore qu’à un moindre degré. Chacun sait que chez nous, le crédit à la consommation a progressé à pas de géant, surtout chez les ménages modestes (entraînant un grave problème de surendettement.)

Mais il est un autre type de consommation moins clairement identifié qui a aussi joué un rôle majeur, bien que volontairement ignoré[16], dans l’endettement de la France et autres pays européens, sous l’action de deux facteurs majeurs, le vieillissement de la population et l’aide sociale. Il s’agit là de la consommation de biens et de services à caractère courant  ou social (en matière de santé notamment)  financés par les ressources tirées des retraites, de la Sécurité sociale et de l’aide sociale. Ces financements vont  largement au profit des inactifs, malades, handicapés, retraités bien sûr, mais aussi immigrés inemployés ou improductifs  et allocataires divers  bénéficiant de l’ aide sociale. Celle-ci n’a cessé de prendre des proportions de plus en plus amples au fil des années à telle enseigne que les budgets sociaux, (Etat, Sécurité sociale et collectivités locales compris) dépassent largement aujourd’hui le  budget de l’Etat. [17]

On ne peut manquer de se réjouir de cette générosité institutionnelle en progression constante qui contribue largement à la paix sociale[18] (ce que certains économistes bien intentionnés essaient, un peu lourdement,  de qualifier de BNB, le Bonheur national Brut.)

Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes si cette progression ininterrompue de la consommation sous ses diverses formes n’avait, là encore, un coût en termes de production et un impact fortement négatif, directement ou indirectement, sur les échanges extérieurs, plus précisément,  sur la balance commerciale. En effet, en économie fermée, l’augmentation de la demande interne va interpeller l’offre domestique et provoquer une croissance de l’investissement productif, puis de l’offre, pour répondre à cette demande[19].

Mais, en économie  ouverte, et c’est le cas avec la mondialisation, cette croissance de la demande interne de consommation va produire exactement les mêmes effets, mais au profit de l’étranger.  Cette demande additionnelle   va profiter pour l’essentiel à la Chine, au Japon, à la Corée du Sud, aux  Etats-Unis à l’occasion, ou à tout autre pays producteur. Ce phénomène  se produira surtout si l’offre nationale de biens est incapable de répondre à la demande  pour des questions de prix, de structure de l’offre  ou en raison de la délocalisation et de la désindustrialisation (c’est le cas de la France). D’où le déficit commercial récurrent dont souffrent nos pays et le recours perpétuel à l’endettement, seul moyen de le financer. Jusqu’au moment où le robinet du financement extérieur risque de se refermer pour de bon. C’est la rançon du progrès social[20].

II Reconstruire l’offre

I La France a une économie  soumise à des « fuites » multiples. Ce qui va rendre plus difficile qu’ailleurs la sortie de crise. En effet, l’économie française est tributaire d’un certain nombre de charges, visibles ou occultées, (les « fuites » hors du système) qui pèsent sur le budget et donc sur les perspectives de croissance en prélevant des  ressources que la puissance publique n’est plus en mesure de mobiliser  pour l’investissement  productif. On peut en identifier quatre principales :

-le poids des DTOM (Guyane, Martinique, Guadeloupe, Réunion, et maintenant Mayotte), facteur trop souvent  ignoré, dont le niveau de vie est artificiellement maintenu depuis plus d’un demi siècle par les transferts massifs permanents provenant de la métropole[21].

-le vieillissement de la population avec l’arrivée à l’âge de la retraite d’une dizaine de millions de personnes qui va résulter dans l’aggravation brutale des dépenses de retraite et de santé –les plus généreuses au monde- ainsi que la réduction du volume  de la main d’œuvre qualifiée disponible.

-les coûts directs ou indirects de l’immigration et de l’intégration dont la balance nette reste, qu’on le veuille ou non, fortement négative.

last but not least, la pénurie latente de ressources naturelles sous l’effet de la concurrence croissante des pays émergeants, dont la Chine au premier chef, qui résultera de plus en plus  dans une hausse tendancielle des coûts de production. La lutte contre la pollution exercera  le même effet.

C’est dans ce contexte contraint et peu porteur que se pose aujourd’hui le problème de la  mondialisation.

II La mondialisation

Elle  a eu pour effet d’obtenir un « effet d’aubaine », à savoir de substantielles baisses de prix dont a bénéficié, en priorité,  le consommateur. Ces baisses de prix ont été obtenues sous  l’aiguillon de la concurrence internationale et des importations massives de biens produits  par les pays  émergeants disposant d’une main d’œuvre bon marché.

La mondialisation favorise la tendance à substituer du capital au travail. En effet, pour survivre, beaucoup d’entreprises domestiques ont été contraintes, face à ces importations bon marché et supportant des coûts  lourdement grevés par des salaires  élevés, les impôts et les charges sociales, d’investir en capital, de débaucher et de délocaliser chaque fois qu’elles le pouvaient. Ou de fermer leurs portes.

Ce qui a provoqué la désindustrialisation dont le gouvernement feint de s’apercevoir tardivement D’où aussi un chômage tendanciellement croissant, que la crise n’a fait que mettre en relief.

En fin de compte, on peut analyser ce qui s’est passé dans notre pays depuis 30 ans comme une sorte  d’échange (trade off) :  produits de consommation à prix réduits contre chômage croissant.  En sont les victimes les chômeurs, jeunes ou moins jeunes et en sortent gagnants les titulaires de revenus garantis, fonctionnaires, retraités, tous ceux qui n’ont pas à craindre (pour l’instant) pour leur fins de mois.

En d’autres termes et pour faire simple, la mondialisation met à la disposition des chômeurs et des consommateurs, des produits à prix décroissant que ceux-ci sont de moins en moins  en mesure de se payer. C’est de cette spirale infernale  qu’il faudra bien sortir un jour[22].

III Changer de modèle économique.

Ce qui est proposé ici est de changer de modèle économique fondé depuis  plus de 30 ans sur le libéralisme, le désengagement de l’Etat et la mondialisation. Certes, ce modèle a eu pour un temps des effets bénéfiques. Mais ces effets sont aujourd’hui  épuisés, les circonstances ayant changé du tout au tout, comme on l’a vu plus haut. Que faire donc ?

Un certain retour à un protectionnisme relatif[23] est à préconiser. Il faut entendre par là l’abandon radical  d’une mondialisation destructrice d’emplois au profit d’une protection accordée, dans le cadre européen bien sûr, à l’industrie nationale.

Le processus ainsi rétabli pourrait schématiquement s’analyser comme suit : réindustrialisation grâce au retour des industries parties à l’étranger et restauration de la profitabilité des industries nationales, d’où une forte remontée du taux d’emploi de la main d’œuvre active et une baisse sensible du chômage[24]. On assisterait dés lors à une  substitution progressive du travail au capital[25]. Les entreprises pourraient redevenir  rentables et réembaucher.

En effet, le seuil de rentabilité des entreprises serait amélioré à la baisse du fait de la diminution de la pression de la concurrence internationale. L’amélioration de la situation de l’entreprise résulterait dans le gonflement des profits et des recettes fiscales améliorées autorisant une plus grande marge de manœuvre pour les interventions de l’Etat. La  victime désignée de ce processus bénéfique serait évidemment le consommateur, notamment  inactif, frappé par la hausse des prix des produits à la consommation, d’où une diminution relative du niveau de vie des ménages[26]. Le trade off ici est entre moins de chômage et plus de croissance, mais au moyen de prix à la consommation plus élevés (et d’une réduction relative du niveau de vie du consommateur).

Il conviendra également pour compléter le tableau de rétablir un certain contrôle des mouvements de capitaux qui laissent en particulier la porte ouverte à ces mouvements spéculatifs qui font la fortune des uns , peu nombreux, et la ruine des autres, majoritaires[27].

Ce processus d’assainissement devra être complété par le cantonnement du volume des retraites dans des limites convenables et la prise en charge croissante d’une fraction  des dépenses de santé par les intéressés eux-mêmes. Sans compter naturellement la réduction sévère du volume de l’immigration et un contrôle strict des subventions, allocations et aides diverses dont bénéficient ces allocataires.

En bref, la crise ne sera pas résolue aussi longtemps que l’on n’aura pas obtenu une sévère compression de la consommation, sous une forme ou sous une autre

De toute façon, cette indispensable remise en ordre s’opèrera, soit par volontarisme national, soit sous la tutelle du FMI ou pire encore, des « marchés » et des fonds souverains étrangers.

Conclusion.

La crise passée, tout va-t-il revenir comme avant ? Cela est peu probable. Et comment sortir  tant bien que mal de cette spirale infernale ? A vrai dire, cela sera long, voire très long, ni très facile. Car après tout, il n’est guère commode de réduire, comme par un coup de baguette magique, le nombre des vieillards[28], des malades,  des bénéficiaires de l’aide sociale en progression constante  ni de réduire leur consommation, en matière de soins ou de santé par exemple[29]. Il est douteux que les bénéficiaires de l’aide sociale renonceront volontairement aux avantages qui leur ont été généreusement alloués en période de prospérité.

Par ailleurs, comment la Grèce (ou l’Irlande) va-t-elle pouvoir rééquilibrer ses comptes, si les flux de touristes font durablement défaut. Comment l’Espagne va-t-elle être en mesure de rétablir ses équilibres extérieurs ? Les résidences touristiques excédentaires construites sur la Costa Brava ne s’exportent pas.

Quoi qu’il en soit, la  sortie de crise  passe nécessairement par un changement de modèle économique, des comportements économiques (et donc, de société) et d’une restructuration en profondeur de l’appareil productif.

Et par l’inflation bien sûr.



[1] C’est le constat amer que l’Administration  Obama fait aujourd’hui avec un chômage rebelle aux plans de relance successifs. L’ Europe ne va pas tarder à faire le même constat avec la Grèce, l’Irlande, le Portugal etc. etc.

[2] Formule de Maurice Allais pour le « déficit sans pleurs »

[3] Sans tenir des 159 milliards de soutien à la Grèce au titre du FEST  qui risquent fort d’augmenter avec de futurs plans d’aide à ce pays. Car la Grèce, on le sait, est, en pratique, insolvable.

[4] Et que les fameux « marchés » seraient disposés à accepter sans états d’âme.

[5] On songerait ici notamment aux communautés immigrées et à leur descendants qui ont été jusqu’ici traitées avec beaucoup de ménagements, d’où le risque majeur d’une recrudescence des violences en cas de restrictions brutales et prolongées, comme  en Angleterre, à Tottenham , en août  2011.

[6] Cette formule est du président de la République.

[7] Conclusions du colloque de l’IGP : « Inflation et croissance au XXIème siècle », du 29 mai 2008

[8] En 2007 l’Espagne avait un excédent budgétaire de 2 %, le budget irlandais était en équilibre et le Portugal avait su cantonner son déficit à 2,6 %.

[9] Voir sur ce point mes propres mises en garde ( notes de juillet 2008, 6 avril 2009,12 décembre 2009 et 10 mars 2010)

[10] “Trees do not grow to the sky”, dit le proverbe  américain.  Autrement dit, malgré le privilège exorbitant des Etats-Unis de battre monnaie,  -le dollar est monnaie internationale-, le gouvernement américain ne peut se permettre des déficits excessifs trop longtemps sous  peine d’encourir, lui aussi, la sanction des marchés

[11] En réalité, le budget a été en équilibre sur trois petites années seulement, du temps du Général  Gaulle, de 1969 à1973.

[12] Aux antipodes  le Japon s’accorde un déficit somptueux de 200 % du PNB, mais il est compensé par de gigantesques réserves de change, ce qui n’est nullement le cas en Europe, bien au contraire

[13] Il est un peu surprenant que Christine Lagarde, devenue donneuse de leçon depuis qu’elle trône au FMI, n’ait rigoureusement rien dit sur ce sujet quand elle était aux Finances.

[14] Et de la défense nationale. La raison en est claire. Cela fait plaisir à tout le monde et cela ne coûte rien, en apparence. Cela s’appelle de la démagogie.

[15] 60 % environ en France pour des exportations de 12 à 13 % du PIB

[16] Pour d’évidentes raisons idéologiques.

[17] Il est fort instructif de suivre, comme je l’ai fait moi-même à l’Ecole supérieure de Guerre, l’évolution comparée des courbes retraçant le budget de la défense et l’aide sociale en France. Les premières n’ont cessé de plonger alors que les secondes ont constamment  grimpé depuis 30 ans.

[18] C’est la version moderne du panem et circenses des Romains.

[19] C’est le schéma keynésien bien connu avec les mécanismes croisés du multiplicateur de l’investissement et de l’accélération de la demande familiers aux étudiants de première année de licence en économie.

[20] En fait, en schématisant, on pourrait avancer que le monde est aujourd’hui coupé en deux : d’une part les pays qui produisent et qui prêtent (Asie et  Moyen-Orient pour le pétrole) et les pays qui consomment et qui empruntent : Europe (sauf l’Allemagne) et (partiellement) les Etats-Unis. Ce déséquilibre des échanges commerciaux est à directement à l’origine des graves déséquilibres financiers dont nous souffrons aujourd’hui.

[21] Toutes les caisses, quelle qu’en soit la nature, sont en déficit permanent et la production autochtone est dérisoire. Les « danseuses de la République » (expression du général de  Gaulle) doivent coûter au moins, 1% du PNB par an. Le calcul n’en a jamais été fait (sauf par l’auteur alors au cabinet de Michel Debré).

[22] Il ne faut pas mésestimer les risques graves d’explosion politico sociale que recèle la paupérisation d’une fraction croissante des classes moyennes évincée de son statut social. C’est tout l’équilibre social de notre pays qui est menacé.

[23] Les Etats-Unis ont déjà montré la voie avec l’affaire des avions ravitailleurs où EADS et Northrop Grummam ont été proprement évincés de l’appel d’offre.

[24] Et baisse des coûts onéreux d’indemnisation des chômeurs, d’où des recettes supplémentaires pour l’Etat qui pourrait, par exemple, les consacrer à la famille.

[25] Qui permettrait en particulier de fournir des emplois à la main d’œuvre peu qualifiée issue de l’immigration.

[26] Ce qui évidemment n’ira pas sans mal.

[27] On pense ici à M. Soros, spéculateur le matin, humanitaire le soir.

[28] Sauf pour le « divin » Jacques Attali qui préconise, comme on sait, l ’euthanasie collective.

[29] Encore que quelques progrès en matière de voyages touristiques à l’étranger pourraient  être apportés

3 réflexions au sujet de « Sortir de l’euro : et après ? Crise structurelle, endettement et révolution copernicienne »

  1. lors que, jusqu’ici, la mesure était uniquement évoquée par les amateurs du métal jaune et par quelques députés allemands, il semblerait que cette éventualité soit de plus en plus prise au sérieux et apparaît comme la seule solution qui pourrait encore sauver des pays comme l’Italie. Il ne s’agirait pas de vendre de l’or pour financer le déficit public, mais plutôt de s’en servir comme garantie pour la vente d’obligations. L’OR POURRAIT DEVENIR UNE GARANTIE DE LA ZONE EURO

  2. Voilà une analyse très fine et pertinente de la situation.
    La solution proposée est vraisemblablement la bonne , mais quel candidat à la Présidence va oser présenter un tel programme ( d’ailleurs ce faisant il n’aurait aucune chance d’être élu !).
    Quel régime politique proposez vous pour appliquer cette solution ? et comment le mettre en place ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *