La mort de Kadhafi, retour à la Barbarie ?

Il est indécent de se réjouir autour d’un cadavre, fut-il celui de votre pire ennemi. Mais cette exécution sommaire, aux allures d’assassinat, appelle bien des interrogations.
Certes, le personnage n’était guère sympathique. Rappelons la cruelle affaire des infirmières bulgares qui a longuement traîné de 1999 à 2007, les attentats de Lockerbie de décembre 1988 et du vol de l’UTA l’année suivante et de bien d’autres encore. Mais Kadhafi, terroriste repenti, avait quand même fait acte de repentance, versé des réparations et des compensations, de façon à redevenir respectable et même fréquentable aux yeux de la communauté internationale. La Libye, Etat souverain, était représentée à l’ONU et Nicolas Sarkozy n’avait pas hésité à recevoir le colonel Kadhafi à l’Elysée en visite officielle en décembre 2007.

Et c’est le moment choisi par Nicolas Sarkozy, en prenant prétexte d’une révolte intertribale inspirée par le fameux printemps arabe, pour prendre la tête, pour des raisons toujours obscures, d’une croisade improvisée contre la Libye.


Sur le plan du droit international, notre position est difficilement défendable. La résolution 1973 arrachée à grand peine à l’ONU par Alain Juppé, souvent mieux inspiré, accordait strictement l’autorisation de procéder à des frappes aériennes, pour protéger les populations civiles, soi disant menacées de génocide par le forces libyennes. Elle ne permettait nullement d’envahir indirectement ce pays, de l’écraser sous les bombes, d’armer, de financer et de former les rebelles, afin de renverser le gouvernement du colonel Kadhafi, de le faire prisonnier et encore moins de provoquer sa mort et celle de sa famille.

A part l’exécution de Ceaucescu par les maquisards roumains en décembre 1989, de Mussolini et de sa maîtresse par les résistants communistes en 1945, l’histoire récente ne présente guère d’épisodes aussi sordides et sanglants. Même Saddam Husseim, capturé, a eu droit à un procès en bonne et due forme devant un tribunal normalement constitué avant d’être régulièrement jugé et condamné. Du point de vue du droit, cet épisode est clairement une mascarade juridique.

Sur le plan militaire, cette médiocre affaire n’a rien de bien glorieux non plus. Car il aura fallu 8 longs mois pour que les forces de l’Otan, coalisées contre la minuscule Libye, parviennent péniblement à en venir à bout. Et encore a-t-il fallu que l’armée française, exsangue et sous équipée, soit obligée, au bout de quinze jours, d’emprunter de l’essence et des munitions à l’Oncle Sam lequel, toujours obligeant, s‘est empressé au surplus de détruire les défenses anti ariennes des forces libyennes. Faute de quoi, ni les avions ni les hélicoptères de l’OTAN n’auraient pu se promener impunément dans le ciel libyen.

Notons enfin qu’à peine installées au pouvoir, les forces rebelles n’ont pas manqué de s’entre déchirer avec ardeur, ce qui promet assurément de fort mauvaises surprises dans la suite des évènements avec, en fond de toile, la perspective d’une main mise d’ Al Quaïda ou quelque autre ramification islamiste. Dans quelque temps, nous risquons fort de nous demander si nous n’avons pas sottement joué les apprentis sorciers.

Mais le pire est ailleurs. Cette exécution sommaire, commanditée, qu’on le veuille ou non, par l’occident, ne manque pas de provoquer un profond malaise, sur le plan moral cette fois. Car voilà les justiciers que nous prétendons être yeux du monde, armés du droit d’ingérence et du droit humanitaire, grands défenseurs des droits de l’homme et de la justice, abondamment pourvus de tribunaux internationaux chargés d’appliquer la justice, qui foulent impudemment aux pieds les principes moraux mêmes qu’ils prétendent imposer, par la force si besoin est, aux autres nations. La leçon ne sera pas sans doute perdue pour tout le monde.

L’honneur de la France, tant invoqué en la circonstance, n’est-il pas quelque peu écorné ?? Faut-il réintroduire l’assassinat comme instrument de la politique étrangère et la barbarie serait-elle de retour dans les relations internationales ? Comment l’histoire va-t-elle juger ce triste épisode et ne risque-t-elle pas de se venger tôt ou tard, à notre détriment et de la pire manière.

4 réflexions au sujet de « La mort de Kadhafi, retour à la Barbarie ? »

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  2. Monsieur, ayant vécu récemment deux ans à Alep (2007/2009) et bouleversée par ce qui se passe en Syrie et la position des médias français dont les analyses se basent sur des données partielles, fragmentaires et souvent erronnées pour ce qui concerne l’actualité, je désire vous adresser un exposé plus précis de la réalité de ce pays, cible d’enjeux politiques internationaux que notre Diplomatie désormais appuie, comme vous le relevez si bien dans votre lettre ouverte à M. Juppé. Puis-je vous demander une quelconque adresse mail dont bien entendu je n’abuserai pas? Très cordialement Maria Soci

  3. Monsieur, je viens de vous decouvrir dans un article sur les allocations familiales datant de 2009, tres interessant. J’aprecie beaucoup le fait que vous donniez votre avis sur un sujet tout en ouvrant systematiquement le sujet et laissant le lecteur à sa propre reflexion, vous ne le fermez pas dans une et unique direction, c’est tres apréciable..concernant la Lybie vous aviez raison et ça se verifie qqs mois seulement apres la mort de Kadhafi….je viens de regarder des video sur le net montrant des islamistes lybiens profaner des cimetires chrétiens en Lybie..je ne suis pas de religion chrétienne mais je n’ai pu m’empecher de me dire : voila ce que nous avons fait? Nous avons voulu itnervenir en Lybie pour la paix et finalement nous avons laissé la place à l’islamisation, que penser de la Tunisie, de l’Egypte etc…Vous ayant découvert ce jour, je vais continuer à prendre connaissance de vos reflexions. Tres cordialement. Nathalie

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