En fin de mandat, un bilan globalement négatif

Le tintamarre médiatique savamment orchestré à l’été et à l’automne autour de Nicolas Sarkozy, triomphe en solo à Tripoli, triomphe en duo avec Angéla Merkel à Bruxelles, triomphe encore, en trio cette fois, à Cannes avec Barak Obama, ne doit pas dissimuler le bilan « globalement » négatif, -comme aurait dit Valéry Giscard d’Estaing en d’autres temps-, de ce mandat qui s’achève. Apothéose grandiose ou triomphes sans lendemain ? L’électeur tranchera dans quelques mois et l’historien dans quelques années.

I Des réformes en trompe l’oeil ou inachevées.
De façon générale, Nicolas Sarkozy a déployé un art consommé pour se concentrer sur l’accessoire et négliger l’essentiel. Il va, sans doute, se targuer d’avoir activement mené une politique de réformes « tous azimuts ». Le malheur veut que cette activité fébrile s’est largement dissipée dans les vapeurs d’une énergie de friction stérile.

L’exemple type en est la fameuse réforme de la carte judiciaire qui a fait la gloire, fugace, de Rachita Dati. Cette réforme a obtenu si peu de résultats, -une poignée d’emplois supprimés-, et mécontenté tant de monde, -avocats, magistrats et justiciables exilés loin des lieux de justice-, que l’on peut à bon droit se demander si cela en valait vraiment la peine. Et cela alors que les problèmes majeurs d’une justice toujours en quête d’une réforme en profondeur ont été laissés de côté.

Autre exemple connu : la réforme de l’université. Certes, le renforcement de l’autorité des présidents d’université est, en soi, une bonne chose. Mais le vrai problème de l’université est ailleurs. Il n’a même pas été effleuré. C’est celui du recrutement et de la formation des enseignants, dans l’ensemble, fort médiocres, en regard de l’étranger. « Donnez-moi de bons maîtres et je vous vous donnerai de bons élèves » dit l’adage. Et on n’évoquera pas ici le naufrage de l’éducation nationale qui ne cesse de sombrer pavillon haut.

Dernier cas, la réforme des retraites certes, arrachée aux forceps. Mais elle aura fait gagner 5 années tout au plus. Il faudra la remettre en chantier dans quelques années pour enfin remettre le dossier des retraites sur les rails.

En regard de ces efforts menés dans le désordre et en l’absence de réflexion stratégique, trois cas criants de mauvaise gouvernance affectant trois secteurs clefs de la vie nationale ne manquent pas de sauter aux yeux. Il s‘agit de la défense nationale, de l’endettement et de l’euro et de l’immigration.

II Une mauvaise gouvernance

A. La défense nationale, secteur névralgique s’il en est de notre société. Etait-il vraiment nécessaire, pour « payer le retour à l’Otan », d’envoyer plus de 4000 soldats à l’autre bout du monde alors qu’après tant de sacrifices et de pertes, un retrait de ce champ de bataille paraît inévitable à bref délai ? Etait-il si urgent de renverser le régime libyen, aussi détestable qu’il fut, à grand renfort de bombes larguées du haut des cieux avec un coût significatif en termes de vies humaines et de ravages matériels, et tout cela, en fin de compte, pour installer, par la force des armes françaises, la Charia dans ce malheureux pays? Alors que l’effort de défense de notre pays, qui pourrait s’avérer bientôt infiniment précieux face aux nouvelles menaces qui montent de tous côtés, -on songe à la bombe iranienne et aux bombes pakistanaises- plafonne à un niveau tragiquement insuffisant, 1,6 % du PNB, tout juste de quoi entretenir une armée-croupion, valeureuse certes, mais équipée d’armements insuffisants en nombre et en qualité.

B. L’immigration. Ici , point n’est besoin d’un long discours. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Etait-il honnête de proclamer urbi et orbi, le choix d’une immigration « choisie » ramenée à des niveaux décents, pour laisser, par la suite, flotter négligemment les flux migratoires, largement composés d’inactifs et d’assistés, autour de 200 000 personnes par an, ( 250 000 avec les clandestins), et cela pour un coût annuel proche du déficit budgétaire ? Financer l’immigration par l’endettement supporté par nos enfants, il fallait le faire. Mais voilà quand même une façon bien insolite de préparer l’avenir de la France.

C. L’euro et l’endettement. Mais le clou du spectacle est sans conteste le drame de l’endettement français et de l’interminable crise de l’euro qui, comme le serpent de mer de la légende, a inlassablement, de réunions de crise en réunions de crise, déroulé ses anneaux tout au long de l’été, dramatisation hautement médiatisée à la clef.

Pour l’euro , à tout seigneur tout honneur, fallait-il être grand clerc pour percevoir que, mettre en piste un char à 17 roues, toutes de calibres différents, était encore le plus sûr moyen « d’aller dans le mur » ? Fallait-il si longtemps pour se laisser berner par un politicien grec matois et rusé, rompu à toutes les ficelles des fraudes politiciennes et comptables ? Comment ne pas voir que ces bouffonneries grecques puis italiennes, transforment l’Europe en cirque ambulant. Comment enfin s’extirper péniblement du piège de l’euro que l’on a soi-même savamment tressé autour de soi ? Faudra-t-il sauver l’euro au prix de la perte de l’Europe ?

Mais surtout, après avoir fait la leçon aux Grecs, puis aux Italiens, fallait-il vraiment attendre la fin de ce mandat , à quelques mois des échéances électorales, pour prendre brutalement conscience que la France était proche de la faillite et s’empresser de sonner le tocsin ? La dette publique de la France représentait 64,2 % du PNB et atteint aujourd’hui 85 % du PNB, soit un pourcentage supplémentaire de 20% en 5 ans. Certes, la crise est passée par là. Mais la crise passée, il fallait sur le champ reprendre les choses en main. Force est de constater que le gouvernement s’en est bien gardé et il a fallu la menace de la perte du triple AAA pour que le gouvernement se décide enfin à agir, sans garantie de succès d’ailleurs.

Et pourtant les avertissements n’avaient pas manqué. Sans mentionner les modestes écrits d’obscurs économistes (comme ceux de votre serviteur rappelés en annexe), n’y avait-il pas eu des voix autrement autorisées pour pousser le cri d’alarme ? C’est Michel Pébereau qui publiait, en effet, voici plus de 5 ans, un volumineux rapport documenté attirant l’attention sur l’état critique de la dette française. Tout cela a été sereinement ignoré par le pouvoir en place avec le mépris dédaigneux des politiques excessivement contents d’eux mêmes pour la race des technocrates besogneux.

La politique de la France ne doit pas se faire à la corbeille disait, en son temps, le général de Gaulle. On a fait mieux depuis. Elle se fait dans les bureaux des agences de notation devenues la véritable conscience des dirigeants insouciants. Ce sont elles qui dictent, en direct, la politique de nos responsables politiques, lesquels, en désespoir de cause, en viennent à envisager de se vendre à la Chine ou aux producteurs de pétrole. Quel progrès dans la marche, à pas de géant, de la France (et de l’Europe) vers l’indépendance et la grandeur !

On est ici clairement en présence d’une inexcusable négligence d’un pouvoir irresponsable qui s’est amusé, au fil du temps, à « effeuiller la marguerite » avec de petits jeux de pouvoir, nomination à la Culture d’une personnalité sulfureuse au nom ronflant, remaniements ministériels en chaine reconduisant les mêmes, ou encore ouverture des avenues du pouvoir à une gauche indifférente ou cynique, dont le fameux DSK au FMI. Ces amusettes ont occupé le devant de la scène alors que les graves problèmes de notre temps étaient pieusement laissés en jachères

A la veille des présidentielles, le bilan est lourd. Mais le salut pour l’actuelle majorité viendra, peut-être, de l’extraordinaire médiocrité des « gens d’en face », ceux de gauche bien sûr. Car la Providence accorde parfois la victoire, comme dans un combat de boxe entre deux tocards où le moins mauvais finit tout de même par gagner, par défaut.

Cet article, décrivant un cas typique de gestion à courte vue, a été écrit voici plus de 18 mois. Et voilà où on en est aujourd’hui !

2 réflexions au sujet de « En fin de mandat, un bilan globalement négatif »

  1. L’analyse est bonne mais quelle est le remède? D’avoir la gauche au pouvoir, certainement pas, la situation s’aggraverait vu leur incompétance.
    Je pense M. LAULAN que vous feriez un bon conseiller à l’Elysée.

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