Comment la France a traversé la crise

Il est permis de considérer que, somme toute, la France s’en est assez bien tirée (en comparaison des Etats-Unis, de l’Espagne, la Grèce, l’Italie, et même de l’Allemagne).

Comment cela a-t-il été rendu possible ?

1°Il faut saluer une assez bonne gestion de la crise par le gouvernement lequel a, très tôt, compris la gravité du problème et pris un certain nombre de mesures opportunes (soutien de l’Etat aux banques, nomination d’un « médiateur » du crédit aux entreprises, lequel  aurait « sauvé » 150 000 emplois, plan de relance du 5 décembre 2009 de 26 milliards d’euros sur deux ans, généreuse augmentation du déficit public pour soutenir la demande, le logement et l’emploi, etc.)

2°Mais il faut aussi bien voir que la France a été protégée de la crise par la structure même de son économie :

-étant moins dépendante des exportations, elle  a moins souffert que l’Allemagne des fluctuations des marchés extérieurs,

-à l’inverse de l’Espagne et de l’Irlande, son économie est moins liée à la construction et au tourisme,

-au contraire de la Grande Bretagne,  elle n’a pas tout misé sur les services financiers.

3°Au surplus, la France a tiré avantage  de ses faiblesses : avec 54 % du PNB pour la dépense publique (les fonctionnaires représentent 25% de l’emploi ; à cela s’ajoute le secteur social : retraites,  santé et indemnisation du chômage), la France a pleinement  bénéficié de ce que les économistes  appellent,  dans leur jargon, les « amortisseurs  automatiques », même en l’absence de toute intervention de l’Etat.

La France est-elle pour autant tirée d’affaire ? Hélas non, et il est trop tôt pour se réjouir. Car l’économie française est en état de faux équilibre. Voilà que resurgissent les vieux démons du passé que sont un déficit public devenu quasi chronique, un endettement « à l’ italienne », et peut-être , pour plus tard, le grand retour de l’inflation. Sans compter un chômage qui ne se résorbe pas.

En effet, comment ne pas se préoccuper de ce que :

-le déficit public sera, sans doute, à 8,2 % du PNB en 2010 (il devrait être  à 3,5 % selon les normes européennes)

-l’endettement public était de 22 % du PNB sous François Mitterrand en 1981 ; il était passé à 64 % en 2007 ; il est prévu à 81,5 % en 1010.

L’inquiétant est que la moitié au moins de ce déficit n’est pas conjoncturel mais structurel : insuffisance de l’effort fiscal[1], déficit chronique de la Sécu, pensions et retraites. Or ces dépenses sont quasiment incompressibles sans de profondes réformes (politiquement insupportables, comme on le voit en Grèce).

En conséquence, deux conclusions s’imposent : depuis 30 ans, c’est l’endettement public qui a nourri la croissance et l’économie sociale. La France a vécu au dessus de ses moyens (productivité trop faible,  investissements inadéquats, durée du travail insuffisante[2], etc. etc.)

S’il n’y est pas promptement remédié, la France risque de se retrouver bientôt dans la même catégorie que la Grèce, l’Italie, le Portugal, bref , les « mauvais élèves de la classe européenne ». Or  l’Allemagne ne pourra (et ne voudra surement pas) porter seule, tel Atlas, le poids d’une Europe défaillante (dont la France au premier chef).[3]

Conclusions. Elles ne sont pas forcément réjouissantes.

La France ne pourra pas faire l’économie d’un effort fiscal considérable associé au relèvement des impôts et  des charges sociales, ce qui va inévitablement provoquer une stagnation (ou la baisse ) du  niveau de vie, un vif mécontentement de la population et des troubles sociaux plus ou moins accentués. Dans un deuxième temps, l’Etat devra, sous contrainte, réformer le système des prestations de retraites et des dépenses de santé  qui pèsent lourdement sur les finances publiques.

C’est que le secteur social -qui fait l’admiration de Paul Krugman-[4], a largement rongé de l’intérieur, et cela depuis des années, la substance économique de la France (et l’effort de défense !). Si bien que, si rien n’y est porté remède,  il est fortement à craindre que, avec le vieillissement de la population dans les prochaines années, l’Etat n’en soit réduit à se contenter de financer au jour le jour les dépenses de fonctionnement de l’économie française Il risque même d’être contraint, faute de ressources,  de renoncer à tout programme public de grande envergure, ceux  qui avaient fait  la  modernisation, -et la force-,  de notre  économie dans le passé (programme nucléaire ; plan téléphone ; autoroutes ; TGV etc.)[5].


[1] Le produit de l’impôt est tombé d’environ 46  milliards d’euros, le tiers du déficit actuel.

[2] Avec une pensée émue pour Madame Aubry qui a plus fait pour augmenter les inégalités en France que 100 ans de libéralisme « sauvage ».

[3] Il faut se rappeler l’épisode oublié du gouvernement Juppé frappé, déjà, de suspicion légitime par les  marchés en juillet 1995, et contraint de virer de bord à toute allure pour éviter la débâcle. Mais, à l’époque, la France n’était pas dans l’euro.

[4] Economiste américain prix Nobel d’économie

[5] On notera, sans joie, que les Etats-Unis sont logés à la même enseigne avec le renoncement par l’Administration Obama du grand programme spatial vers la Lune ou Mars.

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