Justes guerres et métier de soldat

La réflexion sur le métier de président des Etats-Unis,  commandant en chef des forces armées américaines, et la notion de guerre « juste », qui figurent dans   le  discours de Barak OBAMA à Oslo, digne d’Abraham Lincoln, mérite d’être poursuivie. Il faut le lire.  Tout y est.

Il en ressort que les guerres justes ne sont pas forcément nécessaires

Que les guerres nécessaires ne sont pas forcément justes.

Ceci étant, rappelons, en guise d’exorde, une constatation d’une affligeante banalité, à savoir que la notion de ce qui est juste ou non varie du tout au tout selon les époques et les sociétés humaines. Ce qui était justifié hier ne n’est plus aujourd’hui et le sera moins encore demain. Dont acte.

Par ailleurs, les guerres d’aujourd’hui ne sont pas celles d’hier, ni celles de demain. Comment va-ton réagir demain dans l’hypothèse d’une guerre nucléaire ? Allons plus loin. Une guerre nucléaire peut-elle être juste ?

En fait, aucune guerre n’est jamais juste dans la mesure où elle provoque forcément la mort de civils d’innocents, surtout pour ce qui concerne les guerres contemporaines.

Certes, c’était déjà largement le cas dans le passé. Songeons aux bombardements  dévastateurs de Coventry, d’Hambourg, d’Hiroshima et de Nagasaki.

Mais c’est encore plus vrai depuis la dernière guerre mondiale. Les conflits « modernes », dans leur majorité (sauf la guerre de Corée et celle du golfe) ne mettent plus aux prises des armées régulières agissant en corps constitués. Ce sont  des guerres de type post colonial, entendons par là le fait qu’elles mettent en présence des forces régulières qui affrontent le plus souvent des guérillas noyées dans la masse de la population civile (guerre d’Israël au Liban et dans la bande Gaza, guerre d’Algérie, guerre d’Indochine, puis du Vietnam, guerre d’Irak après la chute de Saddam Hussein, innombrables guerres civiles africaines, terrorisme au Liban, en Somalie, en Afghanistan,  que sais-je encore ?).

Ces guerres comportent forcément des « bavures » ou des « dégâts collatéraux » largement imprévisibles, pour ne pas dire  inévitables, qu’elles que soient les bonnes intentions des acteurs.

Notons au passage que ce sont des guerres pratiquement « ingagnables » (no-win wars comme le disent nos amis américains). Car les forces régulières ne sont pas armées sur le plan moral pour les affronter sans dommages moraux ou psychologiques démesurés, et souvent irréversibles,  ni équipées sur le plan opérationnel pour l’emporter définitivement sur le terrain et aussi que nos opinions publique se lassent vite d’une guerre prolongée.  Comment, en effet,  se faire aimer des populations locales tout en les bombardant régulièrement de jour comme de nuit (c’est le cas en Afghanistan avec les « drones ») ? Personne n’a encore trouvé la recette.

C’est donc la raison pour laquelle l’Occident -qui ne comprend jamais les leçons de son propre passé -est condamné à perdre régulièrement ce genre de guerre. C’est bien ce qui risque fort de se passer tôt ou tard en Afghanistan (les récits publiés dans la presse par d’anciens soldats américains revenus de ce pays sont éloquents à ce sujet).

En fait, le soldat, ou l’homme politique du temps de guerre, sont confrontés à des choix quasi insolubles : fallait-il renoncer au bombardement nucléaire d’Hiroshima au risque de condamner à mort un million supplémentaire de soldats américains ? Fallait-il renoncer à faire pleuvoir sur Hambourg  d’innombrables bombes incendiaires et retarder d’autant la délivrance des déportés agonisant dans les camps de concentration nazis ? Faut-il renoncer à extirper d’un prisonnier  suspecté de terrorisme,  par des moyens « que la morale réprouve », les renseignements qui permettront  de sauver les enfants de l’école voisine ? (rappelons  à ce sujet le beau film « L’honneur d’un capitaine » de Pierre Schoendoerffer). Combien de  morts, combien de souffrances peuvent-elles justifier d’autres morts, d’autres souffrances plus nombreuses ou plus terribles encore ?

En réalité, les choix de ce genre sont largement dictés par de considérations  d’opportunité qui s’imposent dans l’instant et sur le terrain. Qu’on le veuille ou non, les savantes exégèses des  textes  philosophiques ne peuvent guère éclairer le soldat dans l’action du  combat.

Ce n’est que  dans le calme de leur bureau, et rétroactivement, que censeurs et moralistes  peuvent tranquillement se prononcer   selon les principes de leur conscience et s’ériger en juges d’un passé qu’ils n’ont pas vécu.

Au final, toutes les  guerres, notamment celles de notre temps,  comportent nécessairement une fraction  d’injustice plus ou moins étendue. C’est la malédiction de  notre condition humaine, hier comme aujourd’hui. Mais le Droit et la morale sont heureusement là pour limiter et réduire au minimum, la plupart du temps a posteriori, cette part d’injustice inhérente à la guerre.

Yves-Marie Laulan

Président

Institut de Géopolitique des Populations

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