Chine : de l’Empire du Milieu à l’Empire du monde (un essai d’interprétation démographique)

La Chine aspire-t-elle à dominer le monde ? Cela paraît évident. Et cela pour au moins deux raisons. Parce qu’elle le veut et parce qu’elle le peut. Ou, plus exactement, parce qu’elle le pourra bientôt[2].

I Elle le peut : les racines de la volonté de domination mondiale  de la Chine.

A Un passé glorieux

La Chine est très consciente, c’est bien connu, d’avoir une civilisation qui compte parmi les plus anciennes au monde. C’est une civilisation profondément imbue de sa supériorité.  La culture chinoise fleurissait quand les autres nations, aujourd’hui  brillamment développées, croupissaient encore dans les ténèbres de la barbarie. Les Chinois en sont pénétrés. D’où leur attachement viscéral à un passé glorieux.

En  témoigne entre autres leur répugnance à renoncer à une écriture peu compatible avec le monde moderne (47 037 caractères répertoriés dont 3 500 d’usage courant),  mais qui incarne précisément ce passé vénéré. Les Chinois se savent et se veulent un peuple à part[3].

Ils n’ont jamais accepté leur marginalisation à la fin du 19ème siècle, à la fin de la dynastie mandchoue des Qing, période qu’ils ont vécu comme une insupportable humiliation aux mains de peuples inférieurs (les « diables étrangers »)[4] . Cette humiliation  appelle naturellement une éclatante revanche aujourd’hui et plus encore, demain.

B  Une vocation impérialiste de toujours.

Cette vocation ne date pas d’hier. En témoignent,  autrefois leurs incursions au Tibet, aujourd’hui l’annexion pure et simple (en 1949) de ce pays, également ancien et fier  et surtout l’appropriation de son immense territoire. Mais il en va de même de la Mongolie intérieure, du Xinjiang des Ouïgours, de la Mandchourie etc. Il ne fait pas toujours bon d’être voisin de la Chine.

II Elle le peut. Les fondements de la puissance chinoise

Les Chinois sont intimement convaincus qu’ils ont vocation à dominer le monde comme ils avaient dominé le monde connu au 13ème siècle du temps de Marco Polo. A cet égard, la dénomination d’ « Empire du Milieu » est, à elle seule,  tout un programme[5]. La  vocation de la puissance chinoise repose sur trois atouts : le nombre, la race, le temps.

A Le nombre

Le socle de la puissance chinoise est, bien entendu, le nombre. Avec une population de un milliard et 300 millions de Chinois, la Chine domine, –Inde comprise-, n’importe quel autre peuple au monde de la tête et des épaules. Ce n’est pas nouveau. Au 18 ème siècle, alors que l’Europe toute entière, Russie comprise,  comptait moins de 200 millions d’habitants, la population de la Chine représentait déjà plus de 300 millions de personnes. Cette énorme masse démographique la mettait à l’abri de n’importe quelle velléité de domination durable par n’importe quelle puissance voisine (les Mongols, les Tibétains, les Mandchous)  ou étrangère (les Anglais, Américains et  autres Européens au 19° siècle). L’Inde, divisée, a été dominée pour plus d’un siècle par une poignée d’Anglais, la Chine n’a jamais été  véritablement conquise. Parce que cela était démographiquement impossible. Tel le boa sa proie, l’empire chinois a toujours fini pas digérer lentement, mais surement, ses conquérants d’un moment, comme les Mandchous et  tant d’autres en ont fait l’expérience.

B Les Hans

En second lieu, la puissance chinoise repose sur l’ethnie dominante des Hans. Celle-ci, par sa prolificité passée[6], ses  qualités intrinsèques reconnues[7], son homogénéité ethnique porteuse de solidarité et de discipline,  lui assure une puissance démographique sans égale dans le monde, hier comme aujourd’hui. Dans le territoire de la République chinoise,   les minorités tibétaines ou ouïgours  sont vraiment minoritaires[8] et ne posent aucun défi à la domination sans partage des Hans[9]. En cas de troubles, une  poignée de représentants de l’innombrable armée chinoise suffira à rétablir l’ordre sans coup férir.[10]

C Le temps

Le troisième facteur de la puissance stratégique chinoise est la maîtrise du temps long. Un peuple qui dispose d’un passé plusieurs fois millénaire n’est pas sujet aux crises d’impatience qui saisissent parfois les nations moins enracinées dans le temps. Celles-ci ont la prétention d’accomplir leur destin national dans l’espace de la vie d’un seul homme, au risque de le ruiner par précipitation excessive[11]. Les Chinois ne se pressent pas. Ils savent que le temps joue pour eux. Ils sont capables de patienter jusqu’au moment propice où ils pourront accomplir leur desseins sans prendre de risques excessifs. Après Hong Kong, on songe ici naturellement à Taiwan, qui l’on sait appelée à tomber dans l’escarcelle de  la Chine, le moment venu,  comme une poire mûre, sans risque de voir la   7° Flotte américaine  venir s’interposer entre les ambitions chinoises.

D Le territoire

On pourrait sans doute y ajouter, dernier  facteur, et non des moindres, l’immensité du territoire chinois. Avec l’acquisition du Tibet[12] et de la Mongolie intérieure, la Chine (9 596 960 km2) dispose désormais d’un « hinterland » qui rivalise avec celui des pays les plus étendus au monde, Etats-Unis, Canada, Brésil (à l’exception de la gigantesque Fédération de  Russie).  L’Inde (3 287 590 km2) fait pâle figure à côté. Or, sur le plan géostratégique, -ce que l’on a quelque peu eu tendance à oublier avec les progrès des transports rapides et de la communication à distance-, la maîtrise d’un territoire immense reste  un des éléments essentiels de la puissance. Même de nos jours[13].

E Le PCC et l’armée.

Faut-il, pour en terminer, rappeler que le  Parti communiste Chinois, dans sa    version moderne, dispose d’un  bras séculier efficace avec  l’armée chinoise, nombreuse, entrainée, disciplinée et soumise au pouvoir civil. C’est un instrument incomparable pour la maîtrise de la dissidence et la mobilisation des ressources humaines en faveur d’objectifs simples et clairs faisant l’objet d’un consensus collectif, comme la croissance économique .

III La manifestation de la puissance chinoise de nos jours.

Elle s’étale au grand jour sur un triple plan : la puissance démographique, la puissance économique, la puissance militaire.

A La problématique démographique de la Chine.

La Chine a devant elle 20 années de «bonheur démographique ». Pendant cette  période heureuse, elle aura à sa disposition une population encore jeune,  nombreuse, disciplinée et qualifiée. Ces caractéristiques forment l’équation  quasi parfaite de la croissance économique.

Il est vrai qu’au-delà, ce tableau idyllique risque de s’assombrir fortement avec l’arrivée en masse à l’âge de la retraite des « seniors »  nés de la politique de l’enfant unique inaugurée au  début des années 80  et appliquée sans restriction depuis. Or la Chine n’a  encore  pour l’instant mis en place qu’un d’un dispositif social fort rudimentaire et lacunaire en matière de retraites et de dépenses de santé. [14]Il s’agit là d’un facteur de déséquilibre social et financier d’une grande ampleur.

Mais, en attendant, la Chine dispose d’un base démographique sans équivalent dans le monde, face à une Russie exsangue, une Europe vieillissante, et des Etats-Unis, eux aussi rattrapés par la montée inexorable  des « seniors ». La Chine a donc deux décennies devant elle pour s’affirmer au monde comme la puissance dominante. Il est clair qu’elle s’y prépare.

B L’incroyable, la stupéfiante  croissance économique de la Chine.

Elle est sans exemple dans l’histoire du monde. Quel est donc le pays capable de maintenir un taux de croissance de 10 % l’an pendant près de 30 ans ? Or rappelons, si nécessaire,  qu’une économie qui croît  à un  taux cumulé de 10 % double en 7 ans.[15] Si la base de départ était faible -cas de la Chine de Deng Xiao Ping en 1978-, la croissance volumétrique sera lente et faible. Mais si le PNB atteint déjà un volume tout à fait respectable,-c’est le cas aujourd’hui-, la croissance économique devient massive. C’est la raison pour laquelle la Chine  se prépare –qui l’aurait cru il y a quelques années -à dépasser l’infortuné Japon, (autrefois champion de la croissance mais  qui n’a pas su tenir la distance)- en attendant de coiffer sur le poteau  les Etats-Unis eux-mêmes dans peu d’années[16]. Si l’on tient présent à l’esprit que les Chinois, avec une population de 1,3 milliards de personnes, n’ont encore qu’un PNB par tête de 2 000 dollars, le dixième de celui des Américains[17], on imagine sans peine le prodigieux potentiel de croissance de la Chine, dès lors qu’elle orientera son effort économique vers la satisfaction des besoins de  son marché intérieur.

Il est vrai qu’un obstacle -et de taille- se dresse sur le chemin de la super puissance chinoise, (nous y reviendrons) : l’accès aux ressources naturelles non renouvelables. Sans compter les gigantesques problèmes de pollution nés d’une hyper industrialisation  accélérée.

Ceci étant, et cela qui nous intéresse à ce stade, il est clair que  l’économie chinoise représente d’ores et déjà une énorme machine productive qui peut être utilisée :

-soit à des fins pacifiques, la conquête des marchés extérieurs (et l’asservissement économique des économies captives)[18] ,

-soit, éventuellement, à des fins purement militaires, pour la construction d’une  machine  de guerre d’une puissance incomparable en fort peu de temps[19].

Quoi qu’il en soit, si d’aventure, la Chine envisageait quelque jour de se tourner vers des activités à finalité guerrière, ce n’est  certes pas le problème des ressources qui pourrait y faire obstacle.

C La puissance militaire chinoise.

La toute récente parade militaire chinoise, le 1° octobre 2009, à l’occasion de la commémoration du 60° anniversaire de la création du régime, a donné l’occasion aux responsables chinois d’envoyer un avertissement sans frais  aux puissances rivales, Etats-Unis en tête, en leur donnant un  aperçu des capacités militaires chinoises. Elles sont d’ores et déjà très impressionnantes à la suite d’un gros effort de modernisation,  tant en ce qui concerne le nombre d’hommes sous les armes : plus de 2 millions de soldats sous les armes ; un arsenal conventionnel imposant: tanks, artillerie, avions  et navires de combats ; les têtes nucléaires officiellement déclarées (entre180 et 240)  et les missiles destinés à les servir en cas de besoin[20]. Il ne ferait pas bon de se frotter à la Chine.[21]

D’ailleurs,  faut-il le rappeler, bien avant la situation présente, les rares fois où l’Occident a cru bon de se mesurer directement ou indirectement à la Chine, en Corée en 1962, au Vietnam  pendant la longue guerre du même nom, cette confrontation n’a guère tourné à son avantage.  Maigre consolation, l’Inde n’a guère été plus heureuse en 1962 à propos de l’Aksaï Chin ni le Vietnam indépendant, malgré une résistance opiniâtre, en 1979. La Chine a été hier un adversaire redoutable. Qu’en serait-il demain ?

IV Les Chinois à la conquête du monde par la stratégie indirecte

Les Chinois sont des maîtres de la stratégie indirecte inspirée directement du grand stratège Sun Tzu[22] . Cette stratégie n’a pas bougé depuis des siècles. Les Chinois non plus. Quelle est donc la problématique de la Chine face à ses rivaux ?

A Les forces en présence.

A ce stade, il n’est pas sans doute superflu de jeter un coup d’œil rapide  sur l’équilibre géostratégique du monde. Force est de reconnaître que, dans l’état actuel des choses, il n‘y a guère de pays qui soient en mesure de porter sérieusement ombrage à l’émergence de la Chine comme puissance mondiale dominante, à l’exception, bien sûr, pour l’instant,  des Etats-Unis.

Europe, Russie et Japon sont, ce n’est pas un hasard, trois puissances frappées, à des degrés divers, par le même mal, le déclin démographique. Europe et Russie, à la démographie anémiée, ont une croissance économique ralentie et des capacités militaires des plus réduites, armement nucléaire compris. Il en va de même, de l’autre côté du globe, pour le Japon.  Ce pays, avec une population vieillissante et une économie qui ne parvient pas  à se désembourber de la stagnation, a bien perdu de sa superbe depuis quelques décennies.

Il est d’ailleurs probable  que, dans l’esprit des Chinois, le Japon et toute l’Asie du Sud-est ont vocation à devenir à terme en quelque sorte des protectorats de la Chine.

L’Inde représente une « noix plus résistante à casser ». Mais ce pays, au potentiel remarquable, est néanmoins freiné dans son ascension par le conflit latent avec le Pakistan à ses portes, et la montée en puissance de l’islamisme domestique, sans compter maintenant une résurgence du maoïsme. On y ajoutera les tribulations de la gestion d’une démocratie turbulente et divisée. Il suffira pour la Chine de tenir l’Inde en respect de loin sans trop devoir se préoccuper d’une rivalité virtuelle encore bien lointaine.

L’Amérique latine ne pèsera guère sur le plan géopolitique avant longtemps, sinon jamais. On en dirait de même de l’Afrique,  certes, prodigieux et précieux réservoir de matières premières au profit d’autrui, dont le perpétuel chaos politique ne posera guère de problème à une puissance conquérante comme la Chine.

Restent les Etats-Unis. Mais l’Amérique d’Obama a d’ores et déjà renoncé à la prétention d’exercer une hégémonie mondiale. Ce n’est pas un hasard, mais la prise de conscience réaliste des limites géopolitique d’une grande puissance empêtrée dans deux conflits extérieurs inextricables et minée de l’intérieur par une crise économique et financière qui est loin d’être résolue (combinée à une crise latente du capitalisme)[23].

En bref, libre de tout rival sérieux à l’horizon, le terrain est pour longtemps dégagé pour la Chine.

C’est bien pour cela qu’après avoir fasciné,  la Chine intimide aujourd’hui avant d’inspirer, demain, une crainte salutaire. On a bien vu tout récemment le président Obama renoncer à rencontrer le Daï Lama, infatigable pèlerin d’un Tibet opprimé, de crainte d’indisposer les responsables chinois. Il en est allé de même  en Europe. Tout plutôt que de provoquer un froncement de sourcil de Pékin. Et si l’on tient  compte des inépuisables promesses du marché chinois pour l’exportation et de l’immensité du trésor de guerre en devises de la Chine, il en faudrait beaucoup pour s’aviser de contrarier la Chine.

Les vingt prochaines années devraient donc être logiquement l’âge  d’Or de la Chine.[24] Comment la Chine pourrait-elle s’y prendre pour accéder à l’empire du monde ?

B Une stratégie indirecte.

Il est bien connu que la stratégie chinoise traditionnelle répugne à l’affrontement direct, s’il est possible de faire autrement. D’ailleurs les enseignements de Sun Tzu vont exactement dans  ce sens. C’est donc à une subtile stratégie de contournement qu’il faut s’attendre.

Si l’on accepte le postulat que l’objectif majeur de la Chine est de viser  à devenir la principale puissance hégémonique mondiale, il en  découle naturellement que le maintien d’une croissance économique à des taux voisins de 10 % l’an est devenu un impératif catégorique. D’autant  plus que seule une croissance à ce rythme permettra de contenir les fortes poussées centrifuges et dissidentes que provoque déjà et provoquera plus encore l’inévitable creusement des inégalités[25]. Les interventions musclées de l’armée chinoise n’y suffiront pas toujours.

Mais un obstacle majeur se présente sur cette voie royale qui pourrait bien étouffer, voire étrangler la croissance chinoise : c’est la pénurie de matières premières. Et cela la Chine ne peut se le permettre à aucun prix.

Il est exact que l’on annonce périodiquement, en vain, la fin du pétrole, puis celle des métaux rares, puis celle des terres cultivables, etc.etc. Mais il faut quand même voir que dans les 20 prochaines années,   une augmentation de la population mondiale de 50 %[26] combinée à l’entreprise de rattrapage forcené lancée par la Chine, (et l’Inde juste derrière), ne vont pas  manquer de provoquer  des goulots d’étranglement sévères porteurs de risques majeurs de conflits dans l’approvisionnement en ressources rares.[27]

Compter allègrement sur les progrès d’une technologie de substitution pour y faire face est faire bon marché des contingences de l’invention et de la  créativité.

Mais, pour mettre l’Occident à genoux,  point ne serait  besoin d’entrer en guerre. Il suffirait dans un premier temps d’attiser subtilement les rivalités internes de la partie adverse, Russie contre Europe, Europe contre les Etats-Unis, lorsque la faim de pétrole associée à une forte montée des prix se fera plus durement sentir.

Dans un tel contexte de pénurie,  la vieille règle du « chacun pour soi » risque fort de s’imposer au plus grand profit de la Chine qui serait la mieux placée pour tirer les marrons du feu grâce à sa mainmise sur l’Afrique et une présence renforcé au Moyen-Orient.

Mais il y a  bien mieux. C’est d’agir indirectement  par « joker » interposé, en l’occurrence l’Iran, qui aspire à l’arme nucléaire (ou la Corée du Nord qui la possède déjà).

Il va sans dire que l’acquisition programmée de la bombe atomique par l’Iran va considérablement renforcer la vulnérabilité psychologique de l’Occident et notamment celle de l’Europe. La seule perspective d’un conflit nucléaire à ses portes suffira instantanément à déclencher un mouvement de panique irrésistible du public qui contraindra immanquablement  les gouvernements démocratiques à consentir  à toutes les reculades, à toutes  les concessions. [28]C’est la cruelle loi des démocraties hautement médiatisées d’aujourd’hui dont les régimes  autoritaires sont largement exempts.

Si donc l’Iran obtient ce qu’il désire si ardemment, l’arme nucléaire, et si derrière lui, dans le cadre d’une prolifération généralisée, d’autres pays  en font autant, la Chine, qui s’estime  sans doute à l’abri d’un conflit nucléaire par la taille  de sa population,  de son  territoire et de son armement propre,  disposera donc d’un merveilleux moyen de pression. Il lui permettra d’  évincer progressivement  l’Occident de ce marché stratégique, celui des matières premières non renouvelables,  et ménager à elle-même  un accès privilégié à ces mêmes ressources devenues rares. Dans un régime mondial de rationnement généralisé, la Chine sera en mesure de s’octroyer royalement la part du lion. La prolifération nucléaire en sera l’instrument[29].

Cette stratégie du « joker » nucléaire,  interposé  à des fins d’appropriation des ressources naturelles mondiales, pourrait donc expliquer tout  naturellement l’inexplicable indulgence de la Chine vis-à-vis de la Corée du Nord à ses portes, et de l’Iran aux  antipodes[30].

Conclusion.

Comment l’Occident pourrait-il se dégager de l’étranglement lent qui le menace ? Contrer cette stratégie ne serait  pas commode. La seule parade concevable serait sans doute de reprendre, dans le cadre d’une coopération occidentale renforcée[31], Russie comprise, la politique du « containment » inaugurée par  George F. Kennan aux beaux jours de la Guerre Froide et appliqué  avec succès à une  URSS devenue envahissante. Mais l’Occident, obnubilé par le mirage du marché chinois,  n’en prend guère le chemin, pour  l’instant.

Yves-marie Laulan

Président

Institut de Géopolitique des Populations

 

 

 



[1] Publié dans le Revue universelle de ja/ma 2010 N° 19

[2]Le fameux « péril jaune » est une hantise ancienne. C’est ici le lieu de rappeler le célèbre livre d’Alain Peyreffitte « Quand la Chine se réveillera… », ouvrage prémonitoire s’il en fût, à ceci près que, si le titre était prophétique, la démonstration l’était moins. Car ce n’est pas le maoïsme qui a  réveillé la Chine, mais son inverse, le retour triomphant d’un capitalisme effréné. Mais ce qui était une simple probabilité est devenu une certitude bien visible.

[3] Parmi tant d’autres peuples qui se sont crus choisis et prédestinés, citons, bien sûr, le peuple juif, mais aussi les Anglais, les Américains, les Allemands  qui d’autre encore ….

[4] D’où la révolte des Boxers

[5] Milieu du monde évidemment.

[6] Il faut en parler au passé car depuis, la politique de l’enfant unique est passée par là. Ce qui ne manquera pas de poser de sérieux problèmes à la Chine d’ici 20 ans.

[7] Peuple porté à l’épargne, industrieux, actif, et habile entre tous depuis toujours. En témoignent les admirables bronzes antiques (2000 av .J.C.) exposés au Musée de Shanghai.

[8] Ces minorités ne représentent guère chacune que 6 à 8 millions de personnes.

[9] Les Hans forment 92 % de la population totale. Faut-il le rappeler, les Chinois sont passés maîtres de la colonisation démographique  comme au Tibet ou au Xinjiang.  Les responsables chinois sont à même de déplacer des larges segments de la population sur un trait de plume. Depuis la disparition  de Staline, quel gouvernement au monde peut se permettre un tel luxe?

[10] Comme  les centurions et leurs légionnaires à l’apogée de la « Pax romana », l’armée chinoise est largement une force de maintien de l’ordre.

[11] On songe ici à Hitler voulant fonder le « Reich de Mille ans » en quelques années seulement.

[12] 2 5000 000 de km2

[13] En cas de conflit nucléaire, « horresco referens », ce facteur pourrait même jouer un rôle capital pour la sécurité d’une nation.

[14] Le gouvernement chinois s’en préoccupe d’ailleurs. Mais il faudra du temps et de l’argent

[15] C’est la loi des taux d’intérêt cumulés qui nous l’apprend.

[16] Certains estiment que la Chine rattrapera les Etats-Unis en 2035.L’auteur de ces lignes avait, quant à lui, avait calculé en 2003 que ce rattrapage interviendrait dès la fin des années 2020 :« Les nations suicidaires »,FX de Guibert.

[17] La Banque mondiale va plus loin. Elle estime que le PNB par tête chinois  n’est que le 1/20° de celui des Américains. Voire.

[18] C’est bien déjà le cas des Etats-Unis pris au piège de l’exportation chinoise.

[19] Rappelons- nous. C’est bien ce qu’a fait Hitler entre 1934 et 1938 avec le succès que l’on sait.

[20] Certains missiles ont une portée de 8 000 kms. Le Chine dispose de sous-marins à propulsion nucléaire. Ce pays  a récemment réussi à détruire un de ses satellites météorologiques obsolète avec un tir anti-missile.

[21] Depuis 1990, le budget de la défense de la Chine augmente de 15 à 20% l’an. C’est le deuxième budget militaire au monde (après celui des Etats-Unis).

[22] L’Art de la guerre : l’objectif est de contraindre l’adversaire à l’abandon par la ruse et non l’usage de la force. Cette stratégie aurait inspiré Mao Tsé Toung

[23] Sans compter des conflits sociaux à caractère raciste latent. Le « mixing bowl » devenu par l’immigration le « salad bowl »  n’a plus les mêmes vertus   que naguère. L’Amérique n’est pas au bout de  ses peines.

[24] Ce genre de prophéties comporte, il est vrai, une part d’incertitude qui appelle à la plus grande prudence. Car la Chine, dans le passé, a montré une certaine prédisposition plus d’une fois à se « tirer une balle dans le pied ». On  l’a vu avec la mésaventure de l’Amiral Cheng Ho en 1433 contraint de s’arrêter aux portes d’une Europe prête à se soumettre. L’histoire se répètera-telle ?cf « Les Découvreurs », Daniel Boorstin, Robert Laffont,1986.

[25] La Chine peine à contenir les quelques 100 à 200 millions de sa population « flottante » qui erre à la recherche d’un emploi et d’un logement.

[26] Les Nations Unies parlent d’une population mondiale de 9 à 10 milliards dans les 30 prochaines années.

[27] Ce ne serait pas, loin de là,  la première fois dans l’histoire de l’humanité. L’on se souviendra  que c’est la pénurie de pétrole qui a provoqué l’entrée en guerre du Japon contre les Etats-Unis,  sans compter celle d’Hitler contre l’URSS  pour le pétrole de Bakou. Voir mon article « Les ressources naturelles devenues rares vont-elles conduire à la guerre ? », Cahiers de l’IPSE, 2°semestre 2008,N° 92

[28] Il est loin le temps où un de Gaulle pouvait se permettre de lancer à un Khrouchtchev le menaçant de la foudre nucléaire : « Eh, bien Monsieur le Président, nous mourrons ensemble ».

[29] N’oublions pas que, bien que signataire du Traité de Non Prolifération nucléaire, la Chine a largement contribué à la diffusion de la technologie nucléaire,  notamment au bénéfice de la Corée du Nord.

[30] La Russie pourrait-elle jouer les « troubles- fêtes » dans ce jeu stratégique mondial ? Cela est peu probable. Son déclin démographique et économique programmés la mettent hors jeu et cantonnée dans un rôle purement passif quel que soit le nombre de têtes nucléaires dont elle dispose.

[31] Le principal pilier de cette nouvelle « Entente cordiale » autour des Etats-Unis serait, dans le Pacifique, l’Inde, avec le Japon et la Corée du Sud ; sur le Vieux continent,  elle réunirait une  Russie enfin réconciliée à l’Europe.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *